Maison Côté jardin

La folie des semis

Les semis du jardinier paresseux
Larry Hogdson
Éditions Broquet
225 pages

Les avantages et vertus du jardinage sont connus depuis longtemps, mais plus que jamais, mettre ses mains à la terre et en récolter ses fruits, légumes et autres petits trésors fait du bien.

L’engouement pour le jardinage et les semences est exceptionnel cette année, observe l’horticulteur et chroniqueur Larry Hodgson, qui publie ce printemps une version plus étoffée de son livre Les semis du jardinier paresseux, 25 ans après sa première édition. Si vous pensiez avoir manqué le bateau pour les germinations, sachez qu’au contraire, le moment est venu de semer la plupart des végétaux en pleine terre, assure l’auteur. Il nous livre ses conseils et coups de cœur pour jardiner sans trop d’efforts.

Vous jardinez depuis 40 ans. Qu’avez-vous observé comme changements depuis vos débuts ?

Les printemps sont plus frais, mais les automnes, plus longs. On gagne donc d’un côté ce qu’on perd de l’autre. Par conséquent, je retarde tous mes semis de deux semaines par rapport à ce que je faisais il y a 20 ans. Il y a aussi un plus grand choix de semences et de variétés adaptées à différents climats et qui sont aussi résistantes aux maladies, en catalogue principalement, que ce soit sur papier ou en ligne. Tout est alors plus facile. Je constate également que l’intérêt pour le jardinage a basculé d’une génération et demie. Les baby-boomers jardinent encore, mais les plus jeunes se sont mis de la partie et ils sont plus intéressés par les plantes comestibles que par les fleurs.

D’où vient cet intérêt, selon vous ?

D’un désir de se rapprocher de la nature, je crois. Beaucoup de jeunes vivent en ville, entourés de béton. Ils veulent avoir un peu de verdure autour d’eux. Il y a aussi une méfiance pour les produits vendus en magasins. On veut du biologique, mais c’est plus cher, à moins de le produire soi-même. Par ailleurs, l’idée qu’on puisse jardiner dans un petit espace n’était pas tellement présente chez les baby-boomers qui avaient plus d’espace pour le faire. Maintenant, on voit apparaître des jardins un peu partout. Et ça fonctionne.

Les circonstances actuelles, avec la pandémie, favorisent-elles le jardinage ?

La tendance était déjà lancée, mais l’engouement est énorme cette année. Je participe à certains Cercles de semences et tout le monde dit la même chose : la vente de semences a augmenté de 30 à 40 %. Le confinement et le fait de rester à la maison cet été, combinés à la crainte de ne pas avoir accès à des légumes frais de qualité en magasin, font en sorte que les gens ont réagi. Si l’idée germait déjà, ç’a été le coup d’envoi pour dire : cette année, je me lance et je cultive mes propres légumes. C’est du jamais-vu.

Pourquoi acheter des semis plutôt que des plants ?

On ne peut pas tout avoir sous forme de plants. L’exemple classique, c’est la carotte. Évidemment, il y a la question de l’économie. Des semences, c’est beaucoup moins cher que des plants. Pour le prix d’un seul plant de tomates, on peut avoir un sachet de 30 semences qui nous donnera 30 plants.

Il y a toujours cette peur de l’échec avec les semis. Quand on voit des plants de tomates qui font déjà 50 cm de hauteur dans les commerces, l’impression est qu’on part du bon pied et que la récolte sera meilleure. Est-ce le cas ?

Plus on garde ses semis longtemps à l’intérieur, ce qui n’est pas un milieu naturel, plus il y a un risque d’échec. Par contre, les plants qui sont achetés en pépinière et qui sont très avancés donnent moins de fruits que les plantes jeunes qu’on repique à l’extérieur. L’un des gros problèmes des débutants est de partir les semis trop tôt parce qu’ils pensent gagner ainsi du temps, mais ça fait des plantes qui ne sont pas fortes et qui ne donneront pas la même récolte. Si vos courges fleurissent déjà à l’intérieur, la meilleure chose à faire est de les ressemer en terre.

Que peut-on encore semer ?

C’est un nombre limité de plantes qui doivent germer à l’intérieur. Il est trop tard pour les tomates, poivrons et aubergines. Cette année, mieux vaut les acheter en plants. Par contre, c’est amplement le temps de semer en terre jusqu’au début de juin pour tout le reste. Si on sème plus tard, la récolte sera tout simplement plus tardive. On peut choisir des variétés plus rustiques qui ont de meilleures chances de réussir.

Plus de 350 légumes

Les « semeurs en herbe » découvriront un résumé complet de soins pour plus de 350 légumes, fines herbes et vivaces différents et assez communs, ainsi qu’une panoplie d’astuces pour réussir et simplifier la culture de semis. Larry Hodgson a l’art de rendre le jardinage moins intimidant, ce qu’on aime. Si vous en êtes à votre première expérience, il y a fort à parier que plus un printemps ne passera sans que vous ayez envie de produire vos propres plants. Parole de jardinier paresseux !

Les coups de cœur du jardinier paresseux pour le potager à semer directement en terre

L’arroche

Atriplex hortensis, aussi appelé belle ou bonne dame, ou faux épinard, était un légume populaire, jadis. On le consomme comme l’épinard, cuit ou en salade. « Son goût est excellent. C’est une plante ornementale qui produit tout l’été et dont le feuillage est d’un beau rouge », indique Larry Hodgson. Il vient aussi en vert ou en blond.

haricot à rame

(Phaseolus vulgaris communis)

« Il produit trois fois plus sur une longue saison que le haricot nain », souligne le jardinier non seulement paresseux, mais aussi gourmand. Les gousses longues de cette grimpante vigoureuse sont de couleur jaune, vert, pourpre ou bicolore. Elles se mangent fraîches lorsqu’encore immatures, mais peuvent être séchées à maturité.

Bette à carde et laitue romaine

(Beta vulgaris cicla et Lactuca sativa longifolia)

Elles produisent tout l’été à partir d’un seul semis et sont plus résistantes à la chaleur que les autres légumes feuilles. Leur production est continuelle jusqu’au gel lorsqu’on ne récolte que les feuilles extérieures.

Courgette « gold » ou jaune

(Cucurbita pepo)

Plusieurs variétés de courgettes (telles que la Goldy ou la Golden Glory) sont jaunes, ce qui est une caractéristique à la fois esthétique et pratique. « Elles sont faciles à récolter, car visibles, ce qui n’est pas le cas des courgettes vertes qui s’éclipsent dans le feuillage. Or, pour le goût, il est préférable de les récolter tôt. »

La betterave Bull’s Blood

(Beta vulgari Bull’s Blood)

« Côté goût, elle s’apparente à d’autres betteraves, mais son feuillage, quasiment noir, est spectaculaire. Moi, j’aime jardiner avec des plantes ornementales qui se mangent. » Son feuillage peut aussi être consommé en salade.

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