Sommet du G7

Trump baisse le ton

Alors que la rencontre entre Donald Trump et Justin Trudeau s’annonçait tendue, hier à La Malbaie, les deux dirigeants affirment avoir réalisé des « progrès » sur la question des tarifs, et se sont permis quelques blagues au détour. La relation entre les États-Unis et le Canada est « aussi bonne ou meilleure qu’elle ne l’a jamais été », a même lancé le président des États-Unis, qui ne cesse de souffler le chaud et le froid.

SOMMET DU G7

« Nous avons fait beaucoup de progrès »

LA MALBAIE — On attendait des flammèches, voire une confrontation directe, entre Donald Trump et Justin Trudeau, hier à La Malbaie. Les deux dirigeants affirment plutôt avoir réalisé des « progrès » sur la question des tarifs, au point que le président des États-Unis a qualifié leur relation d’« aussi bonne ou meilleure qu’elle ne l’a jamais été ».

Les deux hommes se sont adressés à un petit groupe de journalistes pendant quelques minutes vers 17 h avant d’entamer une rencontre bilatérale en privé, dans le cadre du Sommet du G7. Donald Trump, qui avait publié la veille une salve de messages acrimonieux contre Justin Trudeau, a lancé quelques blagues pour tenter de détendre l’atmosphère.

« Justin a accepté de supprimer tous les tarifs, toutes les barrières au commerce entre le Canada et les États-Unis, et j’en suis très heureux », a-t-il badiné.

Sur un ton plus sérieux, le président a affirmé que des avancées réelles avaient été réalisées pendant la première des deux journées du sommet, qui se déroule dans le décor champêtre du Manoir Richelieu, en bordure du Saint-Laurent.

« Nous travaillons vraiment pour réduire les tarifs et rendre cela très équitable pour les deux pays. Nous avons fait beaucoup de progrès aujourd’hui et nous verrons comment cela va fonctionner. »

— Donald Trump, président des États-Unis

Le contentieux entre le Canada et les États-Unis a pris une ampleur inhabituelle depuis que Washington a imposé des surtaxes de 10 % et 25 % sur les importations d’aluminium et d’acier canadiens à la fin de mai. Ottawa a qualifié ces mesures d’« illégales » et a répliqué avec ses propres surtaxes totalisant 16,6 milliards de dollars sur divers produits américains.

Trump en retard

Le suspense aura duré jusqu’à la toute dernière minute sur la tenue d’un tête-à-tête avec Justin Trudeau, et même sur la participation de Donald Trump au G7. Il faut dire que ses alliés traditionnels l’attendaient de pied ferme, eux qui ont été soumis comme le Canada à une série de surtaxes « unilatérales » sur les métaux.

Le président des États-Unis est arrivé avec une heure de retard à la base militaire de Bagotville en fin de matinée à bord d’Air Force One. Les dissensions sont restées nombreuses au premier jour du sommet. Les positions américaines dans plusieurs dossiers, dont les changements climatiques et le nucléaire iranien, restent diamétralement opposées à celles des autres membres du G7.

ALENA à deux ?

Malgré ses messages hargneux des derniers jours à l’endroit de Justin Trudeau sur Twitter, Donald Trump a soutenu que la relation canado-américaine était « aussi bonne ou meilleure qu’elle ne l’a jamais été ». Il a dit avoir bon espoir d’en arriver « à quelque chose de très favorable pour le Canada et les États-Unis » dans le dossier du commerce.

Il a réitéré son désir de modifier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) – un de ses principaux chevaux de bataille.

« L’ALENA pourrait prendre une autre forme : ça pourrait être avec le Canada, avec le Mexique, une entente bilatérale, beaucoup plus simple et facile à faire et qui fonctionne beaucoup mieux pour les deux pays, a-t-il avancé devant les journalistes. Nous parlons entre autres de ça. »

Donald Trump a rencontré Emmanuel Macron tout juste après son tête-à-tête avec Trudeau, et a réitéré à ce moment les très nets progrès accomplis – selon lui – avec son partenaire canadien. « Cette journée est en train de devenir intéressante. […] Nous avons eu une très, très bonne rencontre sur l’ALENA avec Justin et ses représentants », a-t-il déclaré.

Version canadienne

Des hauts fonctionnaires du gouvernement canadien, qui ont parlé sous le couvert de l’anonymat, ont donné leur version des faits sur le tête-à-tête Trump-Trudeau. Ils affirment que la rencontre a été « très productive » et qu’elle a duré plus longtemps que prévu – un peu moins d’une heure.

Les deux hommes se seraient entendus pour accélérer les discussions sur le renouvellement de l’ALENA, qui font du surplace. Justin Trudeau s’est notamment montré ouvert à laisser entrer davantage de produits laitiers américains au Canada.

Un haut fonctionnaire canadien soutient que le premier ministre est resté « ferme » dans sa défense des mesures de représailles adoptées par le Canada sur les tarifs. L’ampleur réelle des progrès réalisés hier est toutefois incertaine, à en juger par le vocabulaire flou employé par ce haut fonctionnaire.

Les deux leaders ont pris « l’engagement » de « parler davantage » de leurs différends commerciaux, a déclaré un haut fonctionnaire canadien. « On va voir à la fin ce qui va être identifié comme solution. »

Outre sa rencontre fort attendue avec Donald Trump, Justin Trudeau s’est aussi entretenu en privé avec les autres chefs d’État et de gouvernement du G7. Des prestations d’artistes en lien avec Charlevoix, comme le Cirque du Soleil, ont également été offertes aux dirigeants du G7 hier soir.

Une série de réunions de travail est prévue aujourd’hui, notamment sur l’égalité des sexes, sur les changements climatiques et sur la protection des océans.

Sommet du G7

Une salve de l’Europe

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a estimé hier que « le G7 triomphera[it], malgré les turbulences saisonnières ». Pendant un point de presse à La Malbaie, l’ancien premier ministre de Pologne, qui préside le Conseil européen depuis 2014, a dénoncé les tarifs douaniers imposés par l’administration Trump aux pays européens sur l’acier et l’aluminium, ainsi que le retrait de l’accord de Paris. « Nous continuons à croire à un ordre mondial basé sur le respect des règles établies. En ce moment, l’ordre mondial est mis au défi. Cette fois, ce n’est pas par les suspects habituels, mais par l’architecte et le gardien de cet ordre mondial, les États-Unis », a dit M. Tusk dans une envolée, soutenant que le Groupe des sept jouait un rôle crucial dans la défense des démocraties libérales. — Laura-Julie Perreault, La Presse

Un G7 sans communiqué final possible

Il apparaît de plus en plus probable que le Sommet de Charlevoix se conclura aujourd’hui sans le traditionnel communiqué final, sorte de déclaration d’unité des sept pays alliés. Les dissensions entre les États-Unis et les six autres membres dans plusieurs dossiers, comme les tarifs douaniers et les changements climatiques, risquent d’entraîner la publication d’un document moins rassembleur. Les Américains s’opposeraient à ce que le texte inclue certaines expressions classiques comme « ordre international fondé sur des règles », rapporte le New York Times. Les « sherpas » de chaque pays, qui servent d’éclaireurs aux membres du G7, devraient travailler jusqu’à la toute dernière minute sur ces documents. Celui du Canada, Peter Boehm, a dormi moins de quatre heures dans la nuit de jeudi à hier, a souligné la ministre Chrystia Freeland. — Maxime Bergeron, La Presse

Réintégrer la Russie dans le G7 ?

Lors d’un point de presse improvisé avant de s’envoler pour Charlevoix, Donald Trump a suggéré de réintégrer la Russie dans le club sélect des démocraties industrialisées. Membre du G8 après 1997, la Russie en a été expulsée en 2014 après avoir annexé la Crimée. Depuis, les leaders du G7 ont imposé des sanctions et rappelé maintes fois à l’ordre le pays de Vladimir Poutine pour son soutien au dictateur syrien Bachar al-Assad. Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères du Canada, s’est formellement opposée hier à un retour. Les actions de la Russie en Crimée et en Ukraine constituaient des actes « illégaux » et « c’était absolument correct pour le G7 d’exclure la Russie », a-t-elle dit en conférence de presse.

— Laura-Julie Perreault et Maxime Bergeron, La Presse

Trump esquive le comité d’accueil

Arrivé à La Malbaie avec une heure de retard hier, Donald Trump s’est abstenu de rencontrer le comité d’accueil. Depuis jeudi, ce comité, composé notamment du maire de La Malbaie Michel Couturier, du grand chef huron-wendat Konrad Sioui et de l’Innu Gérald Hervieux, accueillait au Manoir Richelieu chacun des chefs d’État et de gouvernement qui arrivaient au G7. Tous leur ont serré la main, sauf Donald Trump. Une représentante des Hurons-Wendat a néanmoins pu remettre des tresses de foin d’odeur au président à son arrivée à Bagotville, selon la tradition d’accueil de sa nation.

— Gabriel Béland, La Presse

24 h top chrono

Selon les informations fournies hier, Donald Trump quittera le Québec en fin de matinée aujourd’hui, si bien que son séjour sur le sol canadien – le premier depuis son élection – aura duré à peine 24 heures. Il ratera ainsi les derniers ateliers du G7, qui touchent notamment la protection des océans. Le président doit mettre le cap directement vers Singapour afin de préparer sa rencontre historique avec le leader nord-coréen Kim Jong-un. Donald Trump s’est permis une boutade lorsqu’un journaliste a demandé à Justin Trudeau s’il était déçu de voir le président quitter La Malbaie plus tôt que prévu. « Il est content ! », a lancé le président américain, ce qui a provoqué l’hilarité dans la salle.

— Maxime Bergeron, La Presse

Dans les coulisses médiatiques

Distance, soupe aux pois et autocars nolisés

Venir au Canada pour couvrir un événement qui se passe à 140 km du centre de presse mis sur pied pour l’occasion : voilà le défi que doivent relever les 1400 journalistes qui sont accrédités au Sommet du G7 de Charlevoix. Comment travaille-t-on dans de telles conditions ? Incursion dans les coulisses de l’un des événements médiatiques les plus courus de la planète.

Loin de Charlevoix

Aucun des journalistes affectés à la couverture du G7 ne pourra tester les lits douillets du Manoir Richelieu, l’hôtel cinq étoiles où Donald Trump, Justin Trudeau, Emmanuel Macron ont eu des conversations musclées hier à huis clos. C’est dans les hôtels et les Airbnb de Québec que les représentants des médias sont hébergés. C’est aussi dans la Vieille Capitale, au Centre des congrès, que le principal Centre international des médias a été aménagé. Pour y entrer, il faut être muni d’une accréditation, obtenue avant la mi-mai, et passer la sécurité.

Rares chanceux

Chaque pays du G7 dispose d’un nombre limité de laissez-passer qui ont été distribués à une poignée de membres des médias qui peuvent se rendre à La Malbaie. Les heureux titulaires – un seul par média – doivent faire la route aller-retour tous les jours entre Québec et La Malbaie pour atterrir au Centre intermédiaire des médias, une deuxième salle de presse aménagée dans le Casino de Charlevoix. Hier, pour assister au point de presse des présidents de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe, qui avait lieu à 10 h à La Malbaie, il fallait se présenter au Centre des congrès de Québec à quatre heures du matin pour les vérifications de sécurité et le départ en autocar.

Du jamais vu

Plusieurs journalistes croisés à Québec remarquaient hier que la difficulté d’accéder au site du Sommet leur avait donné de sérieux maux de tête. « Je ne me suis jamais senti aussi loin d’un événement que je couvre. C’est vraiment terrible », a dit à La Presse Kai Küstner, le correspondant à Bruxelles de la radio allemande WDR. Depuis jeudi, il doit enregistrer ses reportages dans un cubicule blanc du Centre des congrès de Québec. « Quand on est plus près physiquement, on sent l’endroit, on peut décrire l’atmosphère et on a un meilleur accès à l’entourage des leaders, disait-il. J’ai couvert plusieurs événements de cette envergure, des sommets de l’OTAN, notamment. Ce n’est jamais facile, mais les journalistes n’étaient pas aussi loin. »

Le Canada en premier

Sans grande surprise, les médias canadiens sont les plus nombreux à couvrir le G7, suivis des journalistes américains, japonais et allemands, selon des représentants canadiens qui n’ont pu fournir de statistiques exactes. « Le Sommet intéresse les Européens. Il n’y a pas eu un tel fossé entre les États-Unis et l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Tout ce qui démontre que ce fossé s’agrandit ou se referme est d’intérêt public », expose Kai Küstner pour expliquer la présence accrue de journalistes allemands pour couvrir le Sommet. Les journalistes américains faisaient bande à part, disposant d’un espace fermé qui leur était réservé.

La Russie en filigrane

Bien que leur pays ne soit pas membre du G7 ou invité au Sommet, des journalistes ukrainiens ont aussi fait le voyage jusqu’à Québec. « C’est un des grands événements politiques de l’année. C’est important pour nous de savoir ce que les dirigeants du G7 disent sur l’Ukraine et sur les agressions de la Russie en Ukraine », notait hier Anne Reshetniak, journaliste de la chaîne Oukraïna, dépêchée sur les lieux. Hier, après que Trump eut affirmé qu’il souhaitait le retour de la Russie au G7, la jeune reporter a passé la journée à faire des interventions en direct à la télévision ukrainienne. En 2014, le club des démocraties les plus industrialisées du monde a expulsé la Russie de ses rangs, après l’annexion de la Crimée.

Séduction par l’assiette

Tant à Québec qu’à La Malbaie, les organisateurs du Sommet ont déployé de grands efforts pour séduire les journalistes par le ventre : 5 à 7 gourmands, dégustation de bières et de vin du Québec, buffets de spécialités locales – les reporters ont l’embarras du choix et n’ont pas à débourser un sou. Au Casino de Charlevoix, qui abrite le centre secondaire des médias, soupe aux pois, smoked meat et poutine étaient à l’honneur à l’heure du déjeuner hier. « J’ai parlé avec les journalistes et ils sont vraiment contents. Charlevoix, c’est une région qui aime accueillir les gens, et c’est ce qu’on montre aujourd’hui, disait fièrement Raphaël Gauthier, un employé du casino qui était de service hier. On espère que les gens vont revenir après le 12 juin quand tout sera revenu à la normale. Il ne faut pas que les gens oublient Charlevoix. » 

D’autres leaders arrivent au Sommet

Pour la deuxième journée du Sommet, le Groupe des sept s’élargit. Conformément à la tradition, le premier ministre du Canada a invité 12 chefs d’État et de gouvernement des quatre coins du monde à participer à une discussion sur l’avenir des océans aujourd’hui. Parmi eux, on retrouve quatre présidents africains, Paul Kagame du Rwanda, Macky Sall du Sénégal, Uhuru Kenyatta du Kenya et Cyril Maraphosa d’Afrique du Sud. Le président de l’Argentine, Mauricio Macri, et celui d’Haïti, Jovenel Moïse, ainsi que les chefs d’État des îles Marshall et des Seychelles, des pays menacés par les changements climatiques, sont aussi du nombre. Les premières ministres du Bangladesh et de Norvège, Sheikh Hasina et Erna Solberg, seront aussi à table, tout comme les chefs de gouvernement de la Jamaïque et du Viêtnam. Cette liste d’invités ne fait pas l’unanimité. Des organismes québécois ont dénoncé les sombres bilans en matière des droits de la personne du président Kagame et du premier ministre du Viêtnam, Nguyên Xuân Phúc.

Policiers équipés d’armes d’assaut

« C’est extrêmement préoccupant »

Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés se disent « extrêmement préoccupés » par la présence de carabines semi-automatiques de type AR-15 entre les mains de policiers antiémeutes de la Sûreté du Québec (SQ) lors de la manifestation d’hier.

« Ce qui nous préoccupe le plus, c’est de voir que les policiers équipés de ces armes d’assaut ne sont pas vraiment en retrait des pelotons. Ils se trouvent avec les policiers qui portent d’autres armes de contrôle de foule. Quand tu es un citoyen et que tu viens manifester légitimement dans les rues, tu ne fais pas la différence, tu ne sais pas ce qui pourrait justifier leur utilisation », affirme Nicole Fillion, coordonnatrice de la mission d’observation conjointe de la Ligue des droits et libertés et d’Amnistie internationale.

La Presse révélait hier matin qu’au moins deux policiers antiémeutes de la SQ portant des masques à gaz et un habit de contrôle de foule étaient équipés d’armes de type AR-15 au sein de pelotons de contrôle de foule. Le corps policier refuse d’indiquer depuis quand de telles armes sont utilisées dans le cadre de manifestations, mais reconnaît que leur utilisation est « assez récente » dans ce contexte. « Ces policiers armés dans le positionnement du peloton ont pour but de protéger nos troupes et la population », a justifié le sergent Louis-Philippe Bibeau, de la SQ, lorsque La Presse a tenté d’avoir plus d’explications, jeudi soir.

Très forte vélocité

Selon différentes sources, les armes en question seraient des C8, une version militaire de l’AR-15 dont les Forces armées canadiennes ont cédé plus de 200 exemplaires à la SQ ces derniers mois, selon Radio-Canada. De nombreux corps policiers nord-américains ont fait l’acquisition d’armes de guerre tactiques semblables ces dernières années, en raison notamment des risques liés au terrorisme. 

Les AR-15 et autres carabines fabriquées autour du même modèle sont des armes de faible calibre, mais dont les projectiles ont une très forte vélocité. Elles ont une plus grande portée et sont beaucoup plus précises que les pistolets de service 9 mm que portent les policiers en tout temps, même lors des manifestations.

« Les policiers nous disent qu’il ne faut pas être surpris, que ces armes sont là pour protéger les policiers et la foule s’il y avait une attaque terroriste ou un tireur fou, mais ils refusent de nous donner les règles d’utilisation. »

— Nicole Fillion

La Sûreté du Québec reconnaît que certains policiers étaient équipés d’armes longues lors de la manifestation d’hier, mais refuse d’en dire davantage. « Ils n’ont pas voulu nous dire le nombre de fusils d’assaut qu’ils ont déployés. Ils refusent aussi de donner les règles d’engagement et ça, c’est parfaitement troublant », ajoute Mme Fillion.

La mission d’observation de la Ligue des droits et libertés et d’Amnistie internationale compte des dizaines d’observateurs neutres sur le terrain à Québec et dans Charlevoix dans le cadre du Sommet du G7. Les rapports qu’ils rédigent seront colligés et serviront à la rédaction d’un rapport sur l’intervention policière.

La Presse a demandé plus d’explications à Marie-Eve Pelletier, attachée de presse du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, mais elle nous a adressé à la SQ puisqu’il s’agit d’une question « opérationnelle ».

Sommet du G7

Cinq clôtures pour un manifestant

LA MALBAIE — Le gouvernement a déployé des milliers de policiers à La Malbaie, érigé une clôture de deux kilomètres et construit un centre de détention en prévision d’éventuels débordements. Mais hier, dans la petite ville au bord du fleuve, une quinzaine de manifestants seulement ont osé se montrer le bout du nez.

La « zone de libre expression », ce stationnement ceinturé de 70 clôtures, legs de la Formule E, transportées expressément de Montréal, était vide vers 15 h. Vide, à part un manifestant qui brandissait sa pancarte.

« La zone n’est pas invitante, elle est traumatisante. Tu viens ici, on dirait que tu étouffes », a déploré Guillaume Lespérance, un enseignant de 30 ans qui habite La Malbaie.

M. Lespérance est venu à vélo, a traversé le barrage de police pour se rendre à la zone et il a eu la mauvaise surprise de la trouver pratiquement vide.

« On est loin de 2012… Je me doutais qu’on ne serait pas beaucoup, mais je ne pensais pas être seul. »

— Le manifestant Guillaume Lespérance, venu dénoncer une dépense de fonds publics « scandaleuse »

Le gouvernement de Justin Trudeau a dépensé 600 millions pour la tenue du G7 dans Charlevoix.

Au fil de la journée, une quinzaine de manifestants au total a investi la zone. Il y a eu ce couple de retraités des Éboulements, un petit groupe de Coréens venus déplorer le rapprochement entre les États-Unis et la Corée du Nord et quelques Lévisiens d’origine ukrainienne qui voulaient dénoncer la Russie.

Une ville devenue forteresse

Une caméra est accrochée à une clôture pour filmer la « zone de libre expression ». Les manifestants sont invités à se planter devant pour énoncer leurs revendications. Une pancarte explique que les images sont retransmises à l’intérieur du Manoir Richelieu, où les chefs d’État peuvent les regarder, ou simplement les ignorer.

« Je trouvais ça important de sortir parce que s’il n’y avait personne ici, peut-être qu’ils se diraient dans le Manoir que tout ce qu’ils font, c’est beau », a noté M. Lespérance, qui portait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Skype = 0 $, G7 = 605 millions ».

En conférence de presse, le maire de La Malbaie s’est réjoui de la tournure des événements. « Le niveau de risque est très, très bas », a dit Michel Couturier, dont la ville a été transformée en forteresse.

De 8000 à 9000 

Nombre de policiers qui sont déployés entre La Malbaie et Québec pour le G7

La Presse a voulu connaître le nombre de policiers postés spécifiquement dans Charlevoix, mais une porte-parole de la Gendarmerie royale du Canada a dit ne pas avoir le chiffre.

Le Manoir Richelieu est protégé par une clôture de 1,4 kilomètre, sans compter la clôture de la « zone de libre expression ». À La Malbaie, les policiers sont partout, et on a même installé des points de contrôle dans des villages environnants.

Le nombre famélique de manifestants à La Malbaie ne surprend pas la militante Angela Giles, du Conseil des Canadiens. Selon elle, la répression et les arrestations de masse au G20 de Toronto en 2010 ont créé un climat « d’intimidation » au pays.

« Ici, ils ont utilisé des millions et des millions en sécurité et jeudi à La Malbaie, on était quatre dans la zone de libre expression, dit-elle. C’est absolument exagéré. »

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