COVID-19

Québec-Floride au mépris des restrictions

Les voyageurs n’ont aucun mal à franchir la frontière canado-américaine

Même si le Canada recommande d’éviter tout voyage non essentiel et que la frontière canado-américaine a mis en place des restrictions jusqu’au 21 septembre, des Québécois continuent de se rendre en Floride, et ce, sans difficulté.

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, plus précisément le 21 mars dernier, la frontière canado-américaine est censée être fermée aux déplacements non essentiels. « Les autorités américaines, canadiennes et mexicaines ont annoncé la restriction temporaire de tous les voyages non essentiels », lit-on sur le site du gouvernement du Canada.

Or, des Québécois n’ont eu aucun problème à se rendre en Floride pour retrouver leur demeure ou simplement pour prendre des vacances sous les palmiers.

Alexandra Lamontagne vient tout juste de revenir d’un voyage de 18 jours en Floride.

« Avant de partir, j’avais peur, car je n’arrêtais pas de me faire dire que les douaniers allaient me refuser ! Les gens me disaient n’importe quoi, c’était comme si je m’en allais sur une nouvelle planète », lance en rigolant la résidante de Québec, qui est maintenant en quarantaine comme l’exige le gouvernement canadien.

Mais à son arrivée en Floride sur les ailes d’Air Canada, à son grand étonnement et à son grand soulagement, le douanier américain ne lui a posé qu’une seule question, soit la raison de son voyage : « J’ai dit que j’allais chercher des choses dans mon condo. » La justification a passé comme une lettre à la poste.

Par ailleurs, aucune quarantaine n’est imposée dans cet État américain, si bien qu’elle a pu se déplacer à sa guise dès son arrivée sous les palmiers.

La visite d'une amie

Son expérience s’est si bien passée, en fait, qu’une de ses amies est allée la rejoindre pour elle aussi profiter du beau temps du sud des États-Unis, qui enregistre toutefois un nombre important d’infections à la COVID-19. Une fois arrivée à la douane de l’aéroport, elle a été tout à fait sincère : elle a dit être en Floride pour des vacances.

« On nous a dit que par voie terrestre, ce n’était pas possible de passer la frontière. Mais en avion, nous n’avons eu aucun problème », se réjouit Mme Lamontagne.

Même expérience positive du côté d’Andrée Jetté et d’une de ses amies. Elles n’ont eu aucune difficulté, lundi dernier, à sortir de l’aéroport de Fort Lauderdale pour se rendre à la résidence de Mme Jetté. « J’ai dit au douanier que je revenais voir mes propriétés. Un Québécois qui était [à bord du] même vol a aussi donné cette raison. Mon amie et un autre monsieur n’ont même pas été questionnés par leur douanier. Pas une seule question ! »

« Je ne connais personne qui s’est fait refuser l’entrée en Floride par avion. »

— Andrée Jetté, Québécoise qui possède des propriétés en Floride

Selon un sondage de CAA-Québec publié jeudi, 54 % des snowbirds estiment probables les chances qu’ils voyagent l’hiver prochain. « Ceux qui ont une propriété sous le soleil sont encore plus enclins à partir », lit-on dans le communiqué de l’organisme à but non lucratif.

« Mais ils restent tout de même réalistes », selon CAA-Québec. Seulement un répondant sur cinq dit avoir pris sa décision, suivant avec attention l’évolution de la pandémie et les décisions des autorités.

En témoigne d’ailleurs le fait qu’au parc immobilier où réside Andrée Jetté, il n’y a pas plus de 15 Québécois, alors qu’en temps normal, ils sont plus de 3000 à y vivre en hiver.

« Plein de snowbirds sont paniqués en ce moment, plusieurs parlent de vendre leur condo. Je trouve ça malheureux », dit la conférencière de profession.

La porte-parole aux Affaires mondiales Canada, Angela Savard, réitère qu’il faut éviter les voyages non essentiels à l’extérieur du pays. « Il est fortement recommandé à tous les voyageurs de suivre les conseils officiels du gouvernement du Canada en matière de voyage pour assurer leur sécurité personnelle », a-t-elle répondu par écrit.

Et si des personnes décident de voyager « malgré l’avertissement global en vigueur », Mme Savard leur suggère fortement de s’informer auprès des autorités américaines des restrictions et exigences en vigueur

Questionné au sujet des allées et venues entre le Canada et les États-Unis, un porte-parole des services frontaliers américains a refusé de répondre directement. Il nous a simplement renvoyée à l’entente entre les deux pays.

Et au Canada ?

À l’Agence des services frontaliers du Canada, Ashley Lemire affirme que s’ils ne veulent pas se voir refuser l’entrée au pays, les gens qui veulent venir au Canada doivent fournir des détails sur la raison de leur voyage, « ainsi que toute autre information qui pourrait être pertinente pour justifier la raison pour laquelle leur voyage est non discrétionnaire », explique la porte-parole par écrit.

Les voyages pour des raisons discrétionnaires concernent le tourisme, les loisirs ou les divertissements.

« Du 22 mars au 2 septembre, un total de 18 431 ressortissants étrangers se sont vu refuser l’entrée au Canada en provenance des États-Unis parce que l’objet de leur voyage était considéré comme discrétionnaire (non essentiel) par un agent des services frontaliers au moment du traitement », a évoqué Mme Lemire. Ces refus se sont faits autant par voie aérienne que terrestre, ferroviaire ou maritime.

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