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les autorités redoutent une « très grande violence »

Forte mobilisation des forces de l’ordre, musées, tour Eiffel et boutiques des Champs-Élysées fermés : les autorités se préparaient hier à l’éventualité d’une « très grande violence » demain à Paris, où est attendue une nouvelle manifestation de gilets jaunes pour l’instant sourds aux appels au calme.

Colère contagieuse

Poubelles et voitures incendiées, mobilier urbain dégradé, échauffourées avec la police, plusieurs manifestations de lycéens, dont plus de 700 ont été interpellés, ont ainsi dégénéré hier un peu partout en France, rappelant les images d’émeutes de samedi dernier dans la capitale qui ont fait le tour du monde. Au total, le fonctionnement de près de 7 % des établissements scolaires, soit 280 au total – dont 45 ont été bloqués –, a été perturbé. Étudiants, agriculteurs et routiers ont eux aussi profité ces derniers jours de la fronde des gilets jaunes, qui sont entrés en rébellion contre la politique fiscale et sociale actuellement suivie, pour faire valoir des revendications différentes. Illustration, la FNSEA, le premier syndicat agricole, a annoncé des actions pour la semaine prochaine et les syndicats CGT et FO du transport routier ont appelé à la grève à partir de dimanche soir.

« Nous avons des raisons de redouter une très grande violence »

S’exprimant dans la soirée d’hier sur la chaîne de télévision TF1, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé que 89 000 membres des forces de l’ordre (contre 65 000 le 1er décembre) seraient mobilisés demain en France, dont 8000 (contre 5000) rien qu’à Paris. Une douzaine de véhicules blindés à roues de la gendarmerie seront également déployés dans la capitale, une disposition inédite en milieu urbain depuis les émeutes dans les banlieues françaises en 2005. Un plan de sécurité « exceptionnel » destiné à éviter que Paris ne redevienne, comme samedi dernier, le théâtre de scènes de guérilla urbaine, des dizaines d’appels à retourner y manifester se concurrençant sur les réseaux sociaux, avec parfois une tournure très menaçante. « Nous avons des raisons de redouter une très grande violence », a à ce sujet averti mercredi la présidence française, le ministère de l’Intérieur mettant quant à lui en garde contre une « mobilisation de la part de l’ultradroite et de l’ultragauche ».

Villes fermées

À Paris, les commerçants de la célèbre avenue des Champs-Élysées, épicentre des violences survenues il y a presque une semaine, ont été priés de ne pas ouvrir demain. Des dizaines de musées (dont le Petit et le Grand Palais, la crypte archéologique de l’île de la Cité située sous le parvis de Notre-Dame, les Catacombes et le Jeu de paume) ainsi que la tour Eiffel seront eux aussi fermés. À Bordeaux, dans le Sud-Ouest, la mairie a annoncé la fermeture d’une dizaine d’espaces publics et culturels.

Comment calmer la colère ?

Politiquement fragilisé par la crise actuelle, Édouard Philippe a par ailleurs affirmé qu’il travaillait avec « la confiance du président » Emmanuel Macron, après les atermoiements de l’exécutif sur la gestion des annonces destinées à apaiser la colère des gilets jaunes. Mobilisés depuis trois semaines, ces derniers ont balayé les premières concessions du gouvernement, jugées insuffisantes, et nombre d’entre eux se disent déterminés à réinvestir le cœur de la capitale demain. La « colère est demeurée insaisissable et incontrôlable », a à cet égard reconnu le premier ministre, qui s’est aussi dit ouvert à des mesures de revalorisation des bas salaires. 

« On veut vivre »

Après la promesse d’un gel des tarifs de l’énergie pendant l’hiver et d’une vaste concertation sur les revendications des manifestants, le gouvernement a fait un nouveau geste en renonçant « pour l’année 2019 » aux augmentations de taxes sur les carburants – un manque à gagner de 4 milliards d’euros –, à l’origine la principale exigence des contestataires. Ce geste n’a toutefois pas semblé convaincre les manifestants. « J’ai 700 euros de retraite… On veut vivre, les gens veulent vivre de leur travail », a témoigné Joël, 66 ans, un retraité du bâtiment, qui n’avait plus manifesté depuis mai 1968. « Macron, il a donné un coup de pied dans la fourmilière. Les gens ont cru qu’il allait changer les choses et améliorer leur pouvoir d’achat, et c’est l’inverse qui s’est passé », a ajouté ce gilet jaune interrogé par l’AFP mercredi sur un rond-point près de Metz (Est).

Pas question de revenir sur l’ISF

La perspective d’un débat sur la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF) s’est éloignée après une fin de non-recevoir du président Macron. La cacophonie gouvernementale au sujet de l’ISF ainsi que les atermoiements sur la taxe sur les carburants, suspendue six mois avant d’être finalement annulée pour l’année prochaine, ont donné le sentiment d’une grande fébrilité des autorités face au risque d’aggravation de la crise. « Le président de la République n’est pas fébrile, il est inquiet », a nuancé le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume.

Appels au calme

Conspué par les manifestants qui réclament sa démission, Emmanuel Macron a solennellement demandé aux partis politiques, aux syndicats et au patronat de « lancer un appel clair et explicite au calme ». Dans un geste rare d’unité, sept syndicats ont répondu à l’appel, dénonçant hier « toutes formes de violences ». Des responsables de partis politiques – de droite et de gauche – ont fait de même.

« Le temps du dialogue est venu »

Par ailleurs, des maires tentent d’organiser le dialogue avec les citoyens en colère en leur ouvrant leurs mairies. « Le temps du dialogue et de l’échange est venu. Tout le monde doit y prendre part » : l’Association des maires de France (AMF) a demandé aux élus de relayer dans toutes les communes « un appel au calme, au dialogue et à l’arrêt des violences ». Faisant face au mécontentement des Français, en particulier dans les territoires ruraux et les petites communes, les élus veulent favoriser la concertation locale et participer à la prise de décisions. L’Association des maires ruraux (AMRF) et celle des petites villes de France (APVF) ont demandé à leurs élus d’ouvrir leurs mairies demain, pour permettre à chacun « d’exprimer verbalement » sa colère. Face à « la surdité » de ceux qui gouvernent, le rôle du maire et du conseil municipal sera demain « d’écouter, d’enregistrer et de faire remonter l’information, sans prendre parti, sans juger, sans contredire ».

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