GOURMAND Critique resto

une classe à part

Beau Mont

Pour une soirée entre adultes qui aiment les bons produits d’ici proposés avec classe

La question, quand on essaie d’évaluer les restaurants de Normand Laprise et Christine Lamarche, revient souvent à la même chose : est-ce, cher lecteur, ce dont vous avez envie ? Parce que ne me demandez pas si le produit est impeccable, il l’est quasi tout le temps. 

Un tartare, une roulade de lapin, un steak d’agneau… Présentation, cuisson. Tout est si soigné.

La question devient alors plutôt : est-ce ce qui répond à votre projet pour la soirée, le lunch ? Est-ce ce qui vous plaît ?

Parce que le Beau Mont n’est pas comme bien des tables qui ouvrent par les temps qui courent. Pas de meubles recyclés. Pas de musique à tue-tête. Pas de comptoir donnant directement sur une cuisine ouverte enfumée, mais plutôt un bar classique avec un miroir pour refléter la lumière.

On est dans un univers classique, où l’espace permet à l’air de circuler, aux conversations de ne pas se chevaucher. Et à table, on est à mi-chemin entre l’écrin raffiné du Toqué !, la grande table de Laprise et Lamarche, et la simplicité façon bistrot de leurs Brasseries T !. 

Nouvel univers urbain

Beau Mont, la plus récente table du tandem, est installée rue Beaumont, dans Parc-Extension, à deux pas d’Outremont et de Mont-Royal. Dans ce lieu très vaste, qui fait partie d’un tout nouvel univers urbain, ce n’est pas uniquement un restaurant que l’on a posé, mais ce sera bientôt aussi un comptoir boutique et, déjà, on voit dans de grandes vitrines les pièces de bœuf en train de vieillir doucement qui seront servies dans les restaurants du groupe. Parce que c’est rue Beaumont aussi que les cuisines de production sont rassemblées pour les différentes Brasseries T ! du centre-ville, du DIX30 et les futures de Laval ou d’ailleurs.

Mais rassurez-vous, la partie restaurant de tout cet espace est clairement définie. 

Aménagé par Sid Lee Architecture, le lieu n’a pas les nappes blanches de bien des étoilés, mais il en a les fauteuils confortables et le chic posé que rechercheront, c’est sûr, les clients des quartiers cossus avoisinants. 

À table, à part pour le café, le menu est tout à fait dans l’esprit que Normand Laprise a su cultiver depuis maintenant quelque trois décennies en cuisine, du Citrus au Toqué !. On met le produit en avant, ce qui se trouve de mieux.

Plusieurs coups de cœur

Le soir où j’y suis passée, j’ai pu goûter à deux déclinaisons d’un thon rouge d’ici, pêché à la ligne : en tartare et grillé. Un grand succès dans les deux cas. Le tartare est conçu de façon originale, avec des haricots verts bien croquants, mais aussi du riz sauvage soufflé et de petits morceaux de concombre, un œuf de caille discret. L’équilibre est là et la créativité aussi, sans que le plat perde son sens.

La longe, à peine saisie comme il se doit, arrive de son côté accompagnée de melon, mais de melon grillé qui prend alors un tout autre sens, moins sucré, plus robuste. Là encore un joyeux contraste inattendu. Et dans les deux cas, la finesse presque sucrée, fondante, de la chair du poisson frais trouve sa place.

L’entrée de concombre m’a aussi ravie par sa simplicité : un long morceau de cucurbitacée frais et craquant déposé tout doucement sous une mousse de fromage de chèvre et salé par quelques cuillerées d’œufs de hareng. Une entrée légère, mais sans le moindre moment ennuyeux.

Pour les plus affamés, on recommande les bourgots-escargots de mer charnus à la texture bien musclée. On les sert gratinés dans un plat de fonte et le tout évoque des souvenirs des années 70 très beurrés. Ils sont accompagnés de fins croûtons et de persil plat. 

Seule déception dans tout ce menu, une pintade avec girolles, maïs, sauce au cassis, qui n’a pas réussi à défaire la réputation de manque de moelleux de cette volaille d’ici.

Et un dernier grand coup de cœur : la poêlée de coprins chevelus, des champignons sauvages, d’une grande délicatesse parfumée. Et mention spéciale pour le pain maison à la farine de kamut, servi à peine sorti du four et irrésistible.

Au dessert, on nous a apporté un pudding chômeur classique, presque onctueux, avec chantilly au mélilot, dont la maison semble être bien fière. Mais ce dessert extrêmement sucré n’est pas celui qui m’a le plus ravie. C’est plutôt le millefeuille, avec crème glacée au rhum épicé, compote de pommes et crémeux au beurre noisette, sorte de tarte aux pommes déconstruite puis réapparue sous la forme d’un « trois feuilles » délicat, juste assez friable, facile à manger, parfaitement composé grâce, notamment, à l’acidité de la pomme, en saison. Bravo aussi pour la tartelette aux framboises coiffée d’une grosse poignée de baies très fraîches, sans nappage. On a l’impression, encore une fois, de manger ainsi directement ce que la terre d’ici nous propose de mieux. Et c’est délicieux.

NOTRE VERDICT

On paie : De 12 $ à 19 $ pour les entrées, de 24 $ à 48 $ pour les plats. 

On boit : Presque uniquement des vins nature ou biologiques, choisis avec grand soin par une équipe qui a fait ses preuves depuis longtemps. 

On se sent : Accueillie avec tact dans un lieu raffiné, calme, aménagé par Sid Lee Architecture. 

On aime : La qualité des produits et le raffinement du lieu.

On aime moins : Le café Nespresso en finale, un produit industriel, de qualité très moyenne, suremballé, ce qui va à l’encontre des principes prônés par tout le restaurant. Pourquoi ne pas travailler avec des torréfacteurs d’ici, qui choisissent soigneusement leurs grains pour leur qualité, chez des producteurs équitables et écologiques ? 

On y retourne ? Oui. (Mais on ne prendra pas de café, c’est sûr.)

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