Critique Taverne du pélican

Un agréable oiseau rare dans le Mile End

Pour prendre un verre et une bouchée simple, en gang ou à deux, même seule au bar, à des heures improbables.

Quand j’étais ado, ce lieu s’appelait la Taverne Wilson. Et il n’était pas très fréquentable. Certes, c’était un lieu où l’on pouvait aisément trouver du pot, hautement illégal à l’époque, et on n’y scrutait pas minutieusement les cartes d’identité prouvant notre majorité. Mais ce n’était pas le genre de lieu respirant la joie et la liberté où l’on avait envie de passer ses soirées quand on était une jeune femme.

J’avais oublié tout cela, souvenirs glauques rangés bien loin dans tous mes souvenirs glauques d’ado. C’est une connaissance originaire du quartier, lui-même client de jadis, qui m’a rappelé l’existence de cette fameuse Taverne Wilson, fréquentée par les jeunes du Mile End et d’Outremont, quand je suis tombée sur lui, en y allant récemment en quête d’un verre de vin et de quelque chose à manger après un événement du FTA.

Parce qu’aujourd’hui ce lieu s’appelle Le Pélican. Et qu’il est super fréquentable.

C’est une équipe de plusieurs personnes, dont notamment les piliers du Club chasse et pêche Hubert Marsolais et Claude Pelletier, qui sont derrière sa transformation.

Y va-t-on pour manger à la chandelle ? Non.

Pour prendre une bouchée et une bière ou un verre de vin ? Oui. Et à des heures pas nécessairement traditionnelles. Bon à savoir, quand on aime le cinéma et le théâtre.

Le menu est court, mais chouette.

Et même si ce n’est pas un bar à vins comme La Buvette Chez Simone, pas loin – ce qui veut dire que la carte n’est pas hyper longue et n’essayez pas de demander du vin nature, il n’y en a pas –, la liste de crus montée par Ray Manus, le sommelier du Club chasse et pêche et copropriétaire, est néanmoins impeccable, composée de valeurs sûres chez les petits producteurs.

La prochaine fois que je chercherai un endroit pour regarder du sport à la télé, en gang, autour d’une bière – une finale de Coupe du monde de hockey féminin ? –, c’est sûr que je m’y installe.

Parce que Le Pélican est vraiment une taverne avec tout ce qu’il faut : l’écran géant, les petites tables, le bar, les banquettes en cuirette, bref, un aménagement chouette, interprétation ironique de la taverne de jadis, avec autant de références éclectiques à la passion d’un des proprios pour la lutte qu’à l’appréciation du kitsch des années 70 d’un autre. Le requin géant en bois qui trône sur un des murs aurait très bien pu être dans un sous-sol de bungalow il y a 40 ans…

Et qu’ai-je mangé pour accompagner un verre de petit Chablis Chevallier sympathique ?

Des bourgots en escabèche, servis dans un pot de verre avec des croûtons, donc doucement enrobés d’une sauce à base d’huile, d’oignon et de vinaigre, gentiment caoutchouteux comme le sont un peu toujours ces mollusques de la famille du bigorneau, méconnus ici même si nos eaux en sont pleines. On les mange à la cuillère.

Une terrine de saumon fumé à chaud, donc du saumon cuit à la fumée, qui n’est plus rose du tout, mais qui a bien absorbé ses notes torréfiées. On tartine le tout sur des croûtons de baguette grillée maison.

Une assiette de charcuteries façon « TV Dinner » (je vous avais dit qu’ils aimaient les années 70…). Donc les charcuteries artisanales – jambon cuit, salami – sont servies ensemble dans un plat de plastique à côté d’antipasti : artichauts, tomates confites, poivron, aubergine… Ce n’est pas d’une grande élégance. On comprend le clin d’œil culturel. On saisit aussi que tout est cuisiné ailleurs dans une des cuisines du groupe qui possède aussi Le Serpent et Le Filet, et que la nourriture est ensuite transportée, quasi prête à être servie, au Pélican.

Des boulettes de veau. Adoré ce plat tout simple, mais les boulettes, quand elles sont moelleuses et juste bien accompagnées d’une vraie sauce tomate, c’est exactement ce qu’il faut pour combler un appétit sans prétention. J’en aurais repris, mais je ne voulais pas avoir l’air d’une gloutonne (faux, je me gardais de la place pour le dessert).

Et le dessert fut un tiramisu, aussi servi en pot, mais pas très sucré, ce qui permet à la personnalité fromagée du mascarpone de se faire entendre, avec son petit côté terroir en contrepoint à la douceur à la fois crémeuse et à peine amère des doigts de dame imbibés de café. Réussi.

NOTRE VERDICT

Prix : plats entre 3,25 $ et 10,50 $

Carte de vins : courte, mais chouette, montée par le sommelier du Club chasse et pêche, qui est aussi copropriétaire de cette taverne.

Service : courtois, efficace, comme il se doit dans une taverne.

Aménagement : déco éclectique et ironique, où se mélangent les références éclatées aux années 70 – avec d’anciens tableaux, des bancs en cuirette, du papier peint d’allure floridienne, un requin en bois au mur, comme ces anciens trophées de pêche – et aux vieux univers très masculins – affiches de lutte – de ces tavernes jadis interdites aux femmes.

Plus : la combinaison conviviale de cette déco juste assez ironique et recherchée avec des prix abordables.

Moins : la carte pourrait être juste un tout petit peu plus longue. Et pas certaine du plat en plastique pour les charcuteries…

On y retourne ? Oui.

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