Plein air

Bon en camping comme dans l’espace

L’eau dans la casserole commence enfin à bouillir. Youpi ! Le campeur ferme le réchaud et fait délicatement couler l’eau bouillante dans le sachet de papier brun imperméabilisé. D’ici quelques minutes, le pad thaï sera prêt. Ce que le campeur ne sait peut-être pas, c’est que d’ici quelques mois, un astronaute devrait déguster le même pad thaï à bord de la Station spatiale internationale.

« Nous avons travaillé avec l’Agence spatiale canadienne pendant près de 18 mois, indique Guy Dubuc, vice-président et cofondateur des Aliments ACTIV, qui prépare les repas lyophilisés Happy Yak. Nos mets vont aller dans la Station spatiale internationale avec le prochain astronaute canadien. »

Il admet que le projet a été « ben le fun à faire ». « Nous avons appris des choses », raconte-t-il.

« Nous avons adapté une des recettes de sa femme pour qu’il puisse l’avoir pendant les six mois où il sera à bord de la station spatiale. »

— Guy Dubuc

Le projet s’est terminé il y a environ deux mois, et les mets ont été envoyés à la NASA pour qu’ils soient réemballés de façon à ce qu’ils soient utilisables dans la station spatiale. On devine que les astronautes n’utilisent pas de réchauds Dragonfly ou PocketRocket dans l’espace.

L’échéancier de l’épopée spatiale du pad thaï et du curry aux crevettes Happy Yak a été devancé en raison du décollage raté de la fusée Soyouz en octobre dernier, avec un astronaute américain et un astronaute russe à bord.

Aux dernières nouvelles, l’astronaute canadien David Saint-Jacques devrait s’envoler vers la station spatiale vers le 3 décembre.

Viser de nouveaux marchés

Évidemment, les consommateurs potentiels sont relativement peu nombreux dans l’espace, et Happy Yak se concentre sur le marché terrestre. Pour l’instant, l’entreprise est limitée au Canada, mais elle prend les moyens pour élargir sa portée.

« C’est un marché de niche que nous avons, rappelle Guy Dubuc. Il y a peut-être encore 20 % de marché que nous pouvons aller chercher au Québec, mais ça n’ira pas plus loin. »

Il faut aller voir au-delà des frontières, mais c’est impossible à l’heure actuelle : Happy Yak ne détient pas encore les certifications nécessaires à l’exportation, notamment de la part de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Pour les obtenir, il faut quitter les locaux actuels, situés dans un incubateur d’entreprise de Saint-Hyacinthe.

« On ne peut pas obtenir la certification parce qu’on ne contrôle pas tout l’environnement, explique M. Dubuc.

« La seule place que nous contrôlons, c’est notre mini-usine à l’intérieur du gros bâtiment. »

— Guy Dubuc

Et puis, Happy Yak commence à être à l’étroit. L’entreprise prévoit donc déménager dans de nouveaux locaux à Bromont, d’ici la fin de mars si possible.

Une plus grande capacité de production lui permettrait, si tout va bien, de mettre la main sur un gros contrat avec un client canadien.

« Ça quadruplerait pratiquement notre chiffre d’affaires », affirme M. Dubuc, se gardant bien d’identifier le client potentiel pour ne pas alerter la compétition.

La précieuse certification d’exportation lui permettra de regarder plus loin. Du côté des États-Unis, notamment.

« Viser ce marché, c’est le réflexe que nous avons tous en tant qu’entrepreneurs canadiens. Mais la France, c’est intéressant. »

Clientèle à l'étranger

Quelques équipes participant à la course de voile Transat Québec–Saint-Malo ont acheté des produits Happy Yak, et la réputation de ceux-ci s’est rendue jusqu’aux oreilles d’un détaillant français.

« Nous travaillons avec lui et dès que nous serons capables, nous allons lui envoyer de nos produits. »

Happy Yak regarde aussi au sud de l’équateur.

« C’est légèrement saisonnier, notre entreprise, souligne M. Dubuc. Nous travaillons avec un consultant en exportation pour trouver quelque chose en bas de l’équateur, là où c’est l’été quand c’est l’hiver chez nous. On regarde l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou encore le Chili : il y a là un accord de libre-échange avec le Canada qui est intéressant. »

Happy Yak a une arme secrète pour la pénétration des marchés étrangers : les adeptes québécois de plein air.

« Les gens achètent nos produits au Québec et les consomment partout ailleurs, aux États-Unis, à l’étranger, et les font connaître. Il y a un Espagnol qui nous a écrit parce qu’il avait goûté à nos repas alors qu’il était en Islande et qu’il voulait en acheter. »

Suggestion vidéo

À l’affût

Sur l’île de Vancouver, un puma est à l’affût. Seul ennui, celui qu’il traque, c’est le caméraman (qui va finir par s’en sortir). On pardonne l’image parfois vacillante.

le Chiffre de la semaine 

44 741 km2

Superficie du plus gros parc au Canada, Wood Buffalo, qui chevauche la frontière entre les Territoires du Nord-Ouest et l’Alberta.

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