Concert d’ouverture de l’OSM

Beethoven et Mozart en mode tonique

Comment rejouer de la musique en salle après six mois de quasi-silence ? L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et Bernard Labadie nous ont donné une éloquente réponse à cette question vendredi soir, lors du premier de quatre concerts tenus durant le week-end : avec plus de générosité et de concentration que jamais ! Ce don de soi des musiciens constituait un juste hommage aux près de 6000 disparus de la COVID-19, comme l’a souligné avec sobriété le président du conseil d’administration de l’orchestre, Lucien Bouchard, au début du concert.

La Maison symphonique permettant une distanciation physique importante, chaque spectateur avait presque l’impression d’avoir l’OSM à lui tout seul, un OSM en mode pandémie, s’entend, l’ensemble étant amputé de la moitié de ses effectifs, avec des vents formant quasi un ensemble séparé en fond de scène et des cordes tout de même assez compactes. Bernard Labadie, chef invité pour cette fin de semaine axée autour de Beethoven et de Mozart, était assis sur un podium faisant environ 70 cm de haut lui permettant d’embrasser du geste l’ensemble des musiciens.

Ceux qui pourraient craindre une perte de cohésion au sein de l’orchestre seront rassurés. Hormis quelques attaques un peu imprécises des cordes, la seule perte sonore se situait chez les bois, qui, en raison de la distance entre chaque instrumentiste, ne donnaient pas tant l’impression de former un tout que d’être une poignée de solistes.

La culture orchestrale du chef fondateur des Violons du Roy fait florès à la Maison symphonique. Les attaques sèches mais jamais agressives de l’orchestre se mariaient à merveille avec l’acoustique enveloppante de la salle. Loin d’être un postulat musicologique déconnecté, la grande économie du vibrato aux cordes, combinée à la légèreté des archets, créait une sonorité d’ensemble où, pour faire une analogie avec le langage parlé, les consonnes dominaient les voyelles. L’OSM de Bernard Labadie est un orchestre percussif, tonique, au sein duquel chaque ligne musicale a droit de cité.

Plat de résistance servi en fin de soirée, la Symphonie n1 de Beethoven a évidemment bénéficié de ces remarquables qualités. Les tempos adoptés par Bernard Labadie ont également contribué à donner à l’œuvre un relief particulier.

Son Beethoven penche beaucoup plus du côté de Haydn que de Berlioz ou de Brahms (qui n’étaient même pas nés au moment de la création de l’œuvre de toute façon !). C’est la symphonie d’un jeune homme qui n’a pas 30 ans et qui a la vie devant lui, pas celle d’un vieillard sourd happé par le destin.

Si l’introduction du premier mouvement, marquée adagio molto (très lent), était sans doute trop rapide pour bien faire sentir le climat d’indécision et d’expectative contenu dans la partition, l’indication con moto (avec mouvement) du deuxième mouvement a été prise au pied de la lettre par le chef, qui a imprimé au morceau un irrésistible allant qui, jumelé à la sonorité « minceur » de l’orchestre, donnait au tout un ravissant côté « boîte à musique ». Le troisième mouvement a quant à lui surpris par son tempo assez posé, le chef voulant sans doute garder ses munitions pour le finale.

L’ouverture Coriolan de Beethoven donnée en début de concert était du même acabit. On ne peut qu’admirer le sens de la variété de Bernard Labadie, qui ne dirige jamais un même thème de la même manière. Le thème lyrique en majeur, qui revient à quelques occasions, était tantôt détendu, tantôt lancé avec urgence. C’est pourtant à peu près la même musique qu’on entend.

Pour le reste du concert, c’est la contralto Marie-Nicole Lemieux et la soprano Karina Gauvin qui ont pris le devant de la scène. Dans les deux airs de La clémence de Titus de Mozart, la première nous a paru moins en forme qu’à l’accoutumée, la voix manquant d’égalité. L’alternance de passages doux très retenus où la voix semblait trop bridée et d’épisodes forte où le chant paraissait manquer de contrôle créait un étrange contraste.

Le Ah ! perfido de Beethoven par Karina Gauvin était cependant, à notre sens, le sommet de la soirée. La voix de la soprano, totalement maîtrisée, d’une sonorité cristalline, brillait comme un diamant aux mille reflets. Nous étions suspendus à ses lèvres. Avec une incarnation aussi habitée, des silences si chargés, l’émotion dans la salle était à fleur de peau.

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