CONGRÈS DE LA COMMISSION-JEUNESSE DU PLQ

Anglade promet une loi sur l’interculturalisme

QUÉBEC — L’aspirante chef libérale Dominique Anglade a profité du congrès de l’aile jeunesse du parti pour prendre son premier engagement hier. Elle promet une loi sur l’interculturalisme, une idée que venaient d’adopter les jeunes militants à l’issue d’un long débat.

Cette mesure sera comprise dans sa plateforme qu’elle compte déposer plus tard, a-t-elle annoncé lors d’un point de presse, abattant ainsi une première carte depuis l’annonce de sa candidature au début de l’été.

La course à la direction du parti débutera officiellement en novembre, et les membres du Parti libéral du Québec (PLQ) éliront leur prochain chef au printemps.

Samedi, Dominique Anglade disait que la proposition des jeunes libéraux était « très intéressante », sans prendre position. Elle est allée plus loin hier au terme du congrès.

« Il va y avoir dans notre plateforme, lorsqu’on va la lancer, une proposition directe concernant un projet de loi sur l’interculturalisme […]. C’est mon premier engagement formel », a déclaré la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne. À ses yeux, « en mettant une loi de l’avant, ça va vraiment enchâsser de manière plus claire » que le Québec est une « société distincte ».

« L’interculturalisme, c’est la manière pour nous d’intégrer les gens à la société québécoise. Il y a l’appartenance francophone qui est fondamentale, et c’est ce qui nous distingue du reste du Canada », a ajouté Mme Anglade, entourée de quelques-uns de ses partisans, dont un ancien président de la Commission-Jeunesse, Jonathan Marleau, qui était le modérateur des débats au congrès hier.

Au cours de sa tournée des régions cet été, elle dit avoir entendu un appel des militants pour « affirmer la place de la nation québécoise ». Elle compte y répondre.

« On veut un Québec qui s’affirme, un Québec fort, francophone et un Québec inclusif. Tous ces éléments vont se retrouver dans la plateforme. »

— Dominique Anglade, candidate à la direction du Parti libéral du Québec

Rizqy en faveur de l’interculturalisme

Sa collègue Marwah Rizqy, qui doit annoncer officiellement sa candidature plus tard, s’était prononcée en faveur de la proposition de l’aile jeunesse samedi, sans en faire une promesse formelle.

Les jeunes libéraux ont appuyé dans une proportion de 68 % cette idée d’une loi sur l’interculturalisme, qui se distingue du multiculturalisme canadien (voir capsule).

C’était l’une des recommandations de la commission Bouchard-Taylor. Dans son rapport rendu public il y a plus de 10 ans, elle rappelait que l’interculturalisme est le modèle appliqué au Québec depuis des années pour gérer les rapports entre les communautés, sans toutefois que ce soit inscrit explicitement dans un texte officiel.

Le président de la Commission-Jeunesse, Stéphane Stril, a pris la parole dès le début du débat pour convaincre les militants d’appuyer la proposition. « On ne peut pas nier le fait que, pour beaucoup de Québécois, on se soit éloignés d’une certaine façon de voir le Québec, a-t-il soutenu. Il va falloir qu’on pose des gestes concrets en faveur de la majorité francophone. »

« Il faut, comme libéraux, qu’on sorte parfois de notre bulle, de notre zone de confort. Avec cette proposition, on ne vient absolument pas remettre en question les libertés des minorités. »

— Stéphane Stril, président de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec

Des militants ont toutefois exprimé leur opposition au cours du long débat. Certains ont vanté le multiculturalisme canadien, par exemple. « Oui, on a perdu des voix parce qu’on n’a pas assez parlé de notre culture, de la langue française, mais il ne faut pas… comment dire… On est en train de faire un peu ce que la CAQ fait. Parler d’interculturalisme, tout ce que ça va faire, ça va faire éloigner des partisans fidèles au Parti libéral et faire éloigner des immigrants », a ajouté une militante se présentant comme une Québécoise d’origine marocaine. Un jeune anglophone a affirmé que le parti doit résister à la tentation de se rapprocher des positions de la Coalition avenir Québec (CAQ), accusant cette formation d’avoir des tendances xénophobes.

Une autre proposition, celle-là visant à doter le Québec d’une Constitution, a été adoptée par une courte majorité – un recomptage des votes a été nécessaire dans ce cas aussi.

Pas un virage simple, selon Arcand

Entreprendre un virage plus nationaliste comme veut le faire le PLQ, « ce n’est jamais simple », a reconnu le chef intérimaire Pierre Arcand, à l’issue du congrès.

« Sur des questions aussi sensibles, il y aura toujours des discussions vives, il y aura toujours des gens qui se sentiront peut-être d’une certaine façon un peu menacés. […] Je ne suis pas surpris de ça. »

— Pierre Arcand, chef intérimaire du Parti libéral du Québec

Il est possible pour une province de se doter d’une Constitution ; la Colombie-Britannique en a une. C’est une mesure susceptible de « répondre aux préoccupations identitaires des Québécois », a fait valoir la militante Béatrice Limoges.

Rédiger une Constitution du Québec et adopter une loi sur l’interculturalisme font partie des idées pour relancer le PLQ que suggérait le fils de l’ex-premier ministre libéral Jean Charest, Antoine Dionne Charest, dans une lettre publiée dans La Presse l’automne dernier, après la défaite du gouvernement Couillard. La Commission-Jeunesse a d’ailleurs consulté ce militant trentenaire, doctorant en philosophie à l’Université de Montréal, pour élaborer ses propositions.

Le congrès des jeunes libéraux avait lieu à l’Université Laval, à Québec, dans la circonscription de Jean-Talon, détenue par le seul élu libéral à l’est de l’île de Montréal, Sébastien Proulx. Le député brillait toutefois par son absence en fin de semaine. Il est en vacances, a-t-on indiqué au parti.

La Commission-Jeunesse a déclaré que 350 militants étaient inscrits au congrès. Or, une centaine d’entre eux étaient présents hier. M. Stril passe le flambeau à Jonathan Lavoie, ex-candidat du parti dans René-Lévesque (Côte-Nord), comme président des jeunes libéraux.

La proposition en faveur d’une loi sur l’interculturalisme adoptée par les jeunes libéraux : 

« Une Loi sur l’interculturalisme précisera les objectifs du gouvernement du Québec en matière d’aménagement de la diversité culturelle.

Cette loi devra : 

— Offrir une définition officielle et complète de l’interculturalisme ;

— Établir des principes clairs en matière d’intégration et d’aménagement de la diversité ethnoculturelle. Ces principes doivent inclure : le français comme langue des rapports interculturels ; la reconnaissance de la présence, au Québec, d’un groupe majoritaire francophone ; le respect des droits et libertés fondamentales ; la promotion des échanges et du dialogue interculturels ; la reconnaissance de la nation québécoise qui reflète toutes les composantes du Québec, notamment la majorité francophone, les minorités culturelles et linguistiques et les autochtones ;

— Mettre l’accent sur l’insertion économique, sociale, culturelle et civile des personnes immigrantes à la société québécoise ;

— Assurer le respect de la diversité ethnoculturelle en promouvant la reconnaissance et le renforcement de la culture québécoise comme source de cohésion sociale ;

— Faire de la lutte contre toutes les formes de discrimination un objectif constant. »

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