Justice

Les avocats d’Harvey Weinstein réclament son acquittement

Les avocats d’Harvey Weinstein ont appelé jeudi les jurés à acquitter l’ex-magnat d’Hollywood accusé d’agressions sexuelles, même si c’est « impopulaire », après trois semaines de procès durant lesquelles se sont posées les questions de la contrainte et du consentement de ses deux accusatrices.

Dans sa plaidoirie finale, Donna Rotunno, principale avocate du producteur, a accusé les procureurs d’avoir créé « un univers alternatif » dans lequel le producteur aux plus de 80 Oscars s’attaquait à de jeunes actrices, sans fournir les preuves de la culpabilité de celui qui est à l’origine de l’émergence du mouvement #metoo.

« Il était innocent quand il a franchi cette porte. Il était innocent quand les témoins ont commencé à déposer. Et il est innocent, assis devant vous maintenant », a-t-elle lancé aux 12 jurés du tribunal de Manhattan.

« Les médias ont fait du zèle, l’accusation a fait du zèle […]. Vous êtes appelés à prendre une décision impopulaire » et à « ignorer l’agitation » médiatique autour de ce dossier, a souligné l’avocate, qui a jusqu’ici obtenu l’acquittement de la quasi-totalité des hommes accusés d’agression sexuelle qu’elle a défendus.

« Ne laissez jamais vos émotions brouiller votre réflexion. Utilisez votre bon sens new-yorkais, il vous mènera à la bonne réponse », a-t-elle ajouté.

Le producteur de 67 ans, qui a « découvert » le talent de Quentin Tarantino et produit des succès comme The Artist, risque la perpétuité en cas de condamnation.

Six femmes ont, depuis le 22 janvier, témoigné pour l’accusation, affirmant que l’ex-magnat d’Hollywood, devenu un paria pour l’opinion publique, les avait sexuellement agressées.

« La vérité laisse des traces »

Si M. Weinstein a été accusé de harcèlement ou d’agression sexuelle par plus de 80 femmes depuis octobre 2017, son avocate Donna Rotunno a cependant rappelé aux jurés qu’il n’était jugé à New York que pour deux agressions présumées : un viol supposé sur une aspirante actrice, Jessica Mann, en 2013, et un cunnilingus forcé sur une ex-assistante de production, Mimi Haleyi, en 2006.

Or, dans ces deux cas, la notion clé de consentement s’avère plus floue que dans la plupart des procès pour agression sexuelle.

Les deux femmes ont en effet reconnu au cours du procès avoir eu avec M. Weinstein au moins un rapport sexuel consenti après l’agression supposée.

La défense a présenté de nombreux courriels semblant montrer que les accusatrices étaient restées en bons termes avec le producteur après leur agression présumée.

« La vérité laisse des traces », a affirmé Mme Rotunno.

Elle a aussi rappelé aux jurés qu’ils ne pouvaient le condamner que s’ils étaient certains de sa culpabilité « au-delà d’un doute raisonnable ».

Les jurés doivent arriver à un verdict à l’unanimité. En cas de désaccord, le procès serait annulé, et l’accusation pourrait alors décider de tenter un nouveau procès – comme ce fut le cas pour la vedette de la télévision Bill Cosby, aussi accusée d’agression sexuelle – ou non.

S’il était acquitté à New York, ou si le procès était annulé, M. Weinstein aurait à faire face à d’autres inculpations pour deux agressions sexuelles à Los Angeles, annoncées début janvier.

Après la défense, la procureure Joan Illuzzi-Orbon doit prononcer sa plaidoirie finale ce vendredi, avant le début des délibérations prévu mardi.

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