Chronique

Bergevin a gagné du temps

La nomination de Julien BriseBois au poste de directeur général du Lightning de Tampa Bay est une bonne nouvelle pour Marc Bergevin. Le nom le plus en vue dans la liste de ses successeurs potentiels est ainsi éliminé.

Au printemps dernier, après la désastreuse saison du Canadien, BriseBois aurait été le candidat idéal pour prendre la direction de l’équipe si Geoff Molson avait rompu les liens avec Bergevin. Son arrivée aux commandes aurait suscité de l’enthousiasme et redonné espoir aux partisans.

Le nom de BriseBois aurait de nouveau fait surface au printemps prochain en cas de mauvaise saison du Canadien en 2018-2019. La nouvelle d’hier fait en sorte que ce ne sera pas le cas.

Diplômé en droit de l’Université de Montréal et titulaire d’un MBA de l’Université Concordia, BriseBois s’est bâti un impressionnant curriculum vitae au fil des années. Il a débuté dans l’organisation du Canadien en 2001 avant d’être embauché par le Lightning neuf ans plus tard. En secondant Steve Yzerman à Tampa Bay, il a appris d’un des meilleurs du métier. Du recrutement à la gestion du plafond salarial, cette organisation est un modèle dans la LNH.

Cela dit, peu importe le parcours professionnel de BriseBois, on doit maintenant se poser cette question : même si Bergevin ne jouit pas de la confiance de la majorité des fans, demeure-t-il plausible que Molson le remplace d’ici un an ou deux ?

Rien n’est impossible, mais ce scénario ne me semble pas dans les cartes. Le DG a lancé la « phase 2 » de son mandat avec l’approbation de son patron. Dans ce contexte, celui-ci lui accordera sans doute un délai suffisant afin de voir si les espoirs de l’équipe redonneront au CH une culture gagnante.

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Molson avait l’occasion de porter un grand coup en avril dernier. Remplacer Bergevin aurait été une décision applaudie. Malgré sa déception face au travail de son DG, il lui a réitéré sa confiance.

Faut-il s’étonner ? Pas vraiment, si on croit au proverbe « Tel père, tel fils ». Laisser les coudées franches au principal gestionnaire de l’entreprise, malgré un rendement insuffisant, s’inscrit dans l’histoire familiale des Molson. C’est la conclusion qu’on peut tirer de l’excellente biographie consacrée au père de Geoff, Eric Molson.

Publié au printemps dernier, l’ouvrage a été écrit par Helen Antoniou. Même si elle est la belle-fille d’Eric Molson, elle dresse un portrait nuancé de sa carrière. Elle écrit notamment ceci à son propos : « Il a également le courage de prendre des décisions ardues et d’y donner suite, mais peut-être pas toujours aussi rapidement que le voudraient certains. »

N’est-ce pas exactement ce que bien des observateurs et des fans reprochent aujourd’hui à son fils Geoff ? A-t-il commis une erreur en prolongeant le séjour de Bergevin au poste de DG ?

On peut, comme moi, croire que oui. Mais une fois qu’on a dit ça, reconnaissons que les décisions de Bergevin au cours de l’été lui donnent un répit. Il a misé sur l’avenir, ce qui lui permet de gagner du temps. 

Si Bergevin avait fait le plein de vétérans dans l’espoir de relancer l’équipe à très brève échéance, s’il avait troqué des choix au repêchage contre un jeune joueur avec un peu d’expérience dans la LNH, le débat ne serait pas le même. Mais cette fois, contrairement à juin 2016, il n’a pas cédé deux choix de deuxième tour pour obtenir un Andrew Shaw des Blackhawks de Chicago. Il a évité les raccourcis.

Aujourd’hui, peu importe notre opinion sur le Canadien, un élément remporte l’adhésion : l’avenir de la concession passe par des espoirs n’ayant pas encore disputé un seul match dans la LNH – Jesperi Kotkaniemi, Ryan Poehling et Nick Suzuki. Le CH compte aussi sur d’autres jeunes prometteurs dont le parcours est plus avancé, comme le défenseur Victor Mete.

Puisque Geoff Molson a acheté ce plan de Marc Bergevin, pourquoi ne lui laisserait-il pas l’occasion de voir s’il portera ses fruits ?

Molson espère que son club participera aux séries dès cette saison, mais il sait bien que les chances de réussite sont minces. Le CH n’a tout simplement pas les armes pour lutter avec les meilleures équipes de sa division.

Alors mieux vaut penser à long terme. Au repêchage et par des transactions, Bergevin a obtenu de jeunes joueurs au cours des derniers mois. Il faudra du temps pour juger du résultat de ses actions.

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D’autres facteurs pourraient néanmoins inciter Molson à perdre patience malgré son flegme proverbial. Avant le tournoi de golf du Canadien, lundi, il a tenu des propos ayant l’apparence d’un ordre de mission à l’intention de son DG. Il a expliqué que les partisans désiraient une équipe animée par la soif de victoire et capable de « travailler fort » sur la patinoire. « C’est ça que nos partisans veulent, a-t-il ajouté. Et on va le livrer. »

En clair, Molson exige un club combatif et qui offre un bon spectacle, ce qui n’a pas été le cas la saison dernière. Cet objectif met aussi de la pression sur Claude Julien, dont le travail n’a pas été convaincant durant ces mois de petite misère. Lui aussi a avantage à être meilleur et à mieux communiquer son message.

Les attentes envers le CH ne sont pas élevées en vue du prochain calendrier. Mais si l’équipe montre de la détermination et progresse au fil de la saison, j’ai l’impression que Molson continuera de se fier à Bergevin. Et cela, même si Max Pacioretty et Alex Galchenyuk connaissent une excellente saison dans leur nouvel uniforme. Le propriétaire-président a soutenu ces transactions et ne les lui reprochera pas. Il regarde plutôt vers l’avenir, une excellente nouvelle pour son DG.

Bergevin a traversé la tempête du printemps dernier. Et même avant la nomination de BriseBois hier, il se sentait sûrement dans une situation beaucoup plus confortable. Reste maintenant à savoir si la patience de Molson sera récompensée.

Nick Suzuki

Des dilemmes à prévoir

Centre ou ailier ? Montréal ou Owen Sound ? Ces questions reviendront souvent au cours des prochains jours au camp du Canadien.

Au tournoi de golf du Canadien, lundi, Marc Bergevin a tenté d’en désamorcer un premier en rappelant qu’il y avait un vide à combler à l’aile avec le départ de Max Pacioretty, et que l’équipe espérait avoir trouvé ses deux centres d’avenir en Jesperi Kotkaniemi et Ryan Poehling. Soit.

À Owen Sound, là où il joue son hockey junior, Suzuki est également vu davantage comme un ailier que comme un centre. C’est à l’aile droite qu’il a disputé les deux dernières saisons.

« C’est une question de personnel à notre disposition, explique Todd Gill, ancienne gloire des Maple Leafs de Toronto et aujourd’hui entraîneur-chef de l’Attack d’Owen Sound. Quand je suis arrivé en poste [il y a un an], il formait un trio avec Kevin Hancock au centre et Jonah Gadjovich à gauche. Nick était le seul droitier du trio, donc c’était plus commode de le placer à l’aile droite. »

« Il a tous les outils et le sens du hockey pour jouer à toute position. Je l’aimais comme centre aussi, mais pour le bien du trio, on préférait l’employer à droite. »

— Todd Gill, entraîneur-chef de l’Attack d’Owen Sound

Voilà qui n’est pas bien convaincant comme explication. Le centre, après tout, est la position la plus cruciale des trois à l’attaque. Une équipe ne se prive pas d’un joueur qu’elle juge apte à dominer pour une simple question d’ailiers à employer de leur côté naturel.

Là où tout ça devient intéressant, c’est toutefois lorsqu’on interroge Suzuki sur sa capacité à jouer au centre. D’abord, parce qu’il nomme Patrice Bergeron – probablement le centre le plus complet de sa génération, avec Jonathan Toews et Anze Kopitar – comme modèle. Ensuite, parce qu’après avoir dit qu’il joue « là où les entraîneurs ont besoin de [lui] », il rappelle qu’il a évolué au centre toute sa vie, sauf les deux dernières saisons.

« J’ai toujours voulu prouver que je peux jouer au centre, a expliqué Suzuki, en conférence téléphonique. Je sais que les équipes cherchent souvent de gros centres, mais je crois tout de même être capable de jouer à cette position [Suzuki mesure 5 pi 11 po et pèse 183 lb]. La taille et le poids importent peu. Je joue bien dans ma zone au centre, et c’est à cette position que je suis le plus à l'aise. »

Une autre année d’apprentissage ?

L’autre question, maintenant. Suzuki pourrait-il faire le saut dans la LNH dès cette année ?

À Vegas, George McPhee a déclaré lundi que Suzuki était « à un an ou deux » de jouer. Mais n’oublions pas que celui qui parlait est directeur général des finalistes de la Coupe Stanley, d’une équipe qui a lancé un message fort cet été en ajoutant Max Pacioretty et Paul Stastny à son groupe d’attaquants.

Suzuki débarque maintenant dans une organisation en pleine phase de rajeunissement, qui semble penser davantage à l’avenir qu’au présent. Le genre de situation qui favorise évidemment les jeunes.

Suzuki assure que malgré ses 19 ans, son objectif du camp est de se tailler une place à Montréal. Après tout, il vient de connaître une saison de 100 points, et en a amassé 96 la saison précédente.

« Si je retourne à Owen Sound, je veux continuer à travailler sur mon jeu d’ensemble, explique-t-il. Je le fais depuis deux ans. Dans le junior, je vais jouer beaucoup de minutes, je vais jouer en avantage numérique, en désavantage, et j’aurai la chance de m’améliorer aux deux extrémités de la patinoire. »

Gill, lui, assure qu’il peut encore s’améliorer, même si sur papier, on peut craindre qu’il plafonne en restant à un niveau où il est déjà dominant depuis deux ans.

« J’ai joué presque 20 ans dans la LNH et il y avait toujours moyen de s’améliorer, dit l’entraîneur-chef. Mon travail est de préparer ces joueurs pour la LNH. Ce serait égoïste de dire que je veux le revoir simplement parce qu’on aurait une meilleure équipe. Le but, c’est de les développer pour qu’ils fassent le saut dans la LNH.

« N’importe quel joueur de 19 ans a besoin de continuer à améliorer des choses. C’est un excellent patineur. Peut-il s’améliorer ? Oui. C’est un bon passeur, un bon tireur. Mais il peut encore s’améliorer. Jusqu’à la fin de ta carrière, tu peux t’améliorer. »

Voilà qui ressemble au message que Suzuki recevra s’il est retranché au camp du Canadien.

Le 88 et le 90

Le Canadien a annoncé que Suzuki portera le numéro 88, tandis que Tomas Tatar portera le 90. Suzuki sera le quatrième joueur du CH à porter le 88, après Brandon Davidson, Xavier Delisle et Roger Jenkins, un joueur qui a déjà été échangé contre Howie Morenz. À Owen Sound, Suzuki porte le 37, en l’honneur de Patrice Bergeron. Mais à Montréal, c’est le numéro du gardien Antti Niemi. Tatar, lui, va ressusciter le 90, un numéro hors circulation depuis la retraite de Joé Juneau. Selon le Canadien, personne d’autre n’a porté le nonante à Montréal.

Tatar veut marquer 30 buts

Tomas Tatar n’a jamais atteint la barre des 30 buts dans la Ligue nationale de hockey, mais il ne voit pas pourquoi il n’y arriverait pas cette saison.

« J’ai essayé de travailler fort à Las Vegas et de prouver aux gens ici que je peux jouer sur les premiers trios, a expliqué le nouvel attaquant du Canadien, hier, en téléconférence. Alors je veux maintenant montrer aux fans montréalais que je peux jouer sur le premier trio et peut-être aussi marquer 30 buts. »

Sur la planète LNH, tout le monde est toujours très confiant au mois de septembre, et Tatar ne fait pas exception à cette réalité, de toute évidence.

Le joueur slovaque de 27 ans, l’un des deux joueurs obtenus par le Canadien dans le cadre de la transaction Max Pacioretty – un choix de deuxième tour au repêchage de 2019 sera ajouté –, ne semble pas du tout ébranlé par sa fin de saison difficile dans le chandail des Golden Knights.

C’est que Tatar, après avoir été obtenu à fort prix par les Golden Knights (rien de moins que trois choix au repêchage ont été donnés aux Red Wings de Detroit afin de l’obtenir, le 26 février), ne s’est pas avéré le joueur espéré en fin de saison.

Après avoir obtenu seulement 6 points en 20 matchs chez les Golden Knights en fin de calendrier, l’entraîneur Gerard Gallant l’a essentiellement écarté de sa formation en séries, et ne l’a employé que lors de 8 des 20 matchs éliminatoires du club au printemps.

Divorce inévitable

Tout comme Pacioretty avec le Canadien, le divorce était donc inévitable, et Tatar, qui portera le chandail no 90 au Centre Bell, n’a pas hésité à lever sa clause de non-échange quand il a su que son nom était mêlé aux discussions entourant Pacioretty.

« Je veux évidemment aider une équipe de mon mieux, a-t-il répondu. Je veux faire un retour en force. J’ai vraiment hâte de me rapporter au Canadien, c’est une équipe avec un riche passé, l’une des équipes originales de la LNH. Ce sera un honneur immense et aussi une belle occasion pour moi. »

Et maintenant, la grande question, difficile mais inévitable : est-ce que le Canadien a obtenu le Tomas Tatar qui a jadis été un joueur d’importance à Detroit, un choix de deuxième tour en 2009, celui qui a récolté une saison de 29 buts et 56 points en 2014-2015 ? Ou bien le Canadien a-t-il mis la main sur un attaquant déjà en fin de carrière, qui n’a réussi que deux petits points à Vegas lors des séries ?

Les paris sont ouverts, mais le principal intéressé soutient qu’il n’est pas un joueur fini.

« J’ai eu plusieurs bonnes saisons à Detroit, a-t-il tenu à rappeler. J’essayais seulement d’aider l’équipe à Vegas… Mais je veux arriver à Montréal et être un joueur productif. J’ai 27 ans, je devrais être dans la fleur de l’âge. Je vais essayer d’apporter ma contribution. »

C’est probablement tout ce que la direction du Canadien souhaite : un peu de contribution offensive. Et peut-être aussi une saison de 30 buts. Ça ne nuirait certes pas.

Huit joueurs retranchés

Le Canadien a annoncé avoir retranché huit joueurs de son camp des recrues. Ces huit joueurs retournent donc dans les rangs juniors et ne participeront pas au camp principal, qui se tient à compter de demain. Ces huit joueurs sont les attaquants Cole Fonstad, Brandon Hagel, Cameron Hillis, Samuel Houde, Alexander Katerinakis et Allan McShane, de même que le défenseur Aleksi Anttalainen et le gardien Stephen Dhillon. Quatre de ces huit joueurs (Fonstad, Hillis, Houde et McShane) sont des choix du dernier repêchage. Le seul joueur issu du repêchage de 2018 qui est toujours au camp est l’attaquant Jesperi Kotkaniemi, premier choix de l’équipe. Les quatre autres joueurs retranchés détenaient simplement un contrat d’essai. C’est donc dire que deux des six joueurs qui en avaient un auront la chance de poursuivre leur camp. Il s’agit de l’attaquant Joël Teasdale et du gardien Samuel Harvey. Le camp des recrues se poursuit aujourd’hui, et les vétérans doivent se rapporter demain pour les examens médicaux.

— Guillaume Lefrançois, La Presse

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