Critique resto

Chaleur et saveurs à Sainte-Thérèse

Pour un repas savoureux et costaud, entre amis, dans la couronne nord

Il y a des repas où on peut dire que le coup de cœur est survenu quand le poisson est arrivé. Ou l’entrée ou le pain. Ou encore, on se dit que c’est le sommelier qui a transformé l’expérience ou que le décor était d’entrée de jeu transcendant. 

À L’Ardoise, ce sentiment d’être bien dans ce lieu est arrivé subtilement, doucement, par une suite de détails qui ont fait leur chemin. Pourtant, les plantes en plastique sur la terrasse m’avaient agacée, tout comme le menu très viande, sans grand légumes frais et croquants en plein été. Ce sont les gens, je crois, qui m’ont touchée.

Les serveurs, gentils, chaleureux, mais aussi beaucoup la foule disparate, de tous les âges, souriante, dont on découvre au fil du repas qu’elle a l’air franchement heureuse d’avoir ce lieu, sur un boulevard de banlieue, entre une boutique érotique et une autre d’équipement de plomberie. Loin du centre-ville et des quartiers courus de la métropole, il y avait dans cet établissement une sorte de sentiment général anti-m’as-tu-vu, anti-chichi. 

L’Ardoise, c’est le restaurant de Mélanie Coulombe et de son chum Luc Laplante, un jeune chef de Blainville qui a décidé de s’installer à une quarantaine de kilomètres de Montréal pour cuisiner. L’espace nouvellement réaménagé – le restaurant a brûlé à la fin de 2017 – est dans un style qui est devenu presque une nouvelle marque québécoise. Beaucoup de bois et aucune nappe, des lampes de métal post-industrielles, une cuisine ouverte.

Bref, le grand concept néo-rustique appliqué à la lettre. Et le menu est dans le même esprit.

Ailes de canard, pogo de merguez, tartare, et extra foie gras poêlé pour ceux qui en veulent. On est de toute évidence chez un des fils spirituels de Martin Picard et son Pied de cochon, qui a marqué une génération entière de jeunes restaurateurs. (La maison a aussi une cantine roulante dans cet esprit, le Plan A.)

Sauf qu’ici, cette cuisine néo-québécoise est ouverte pour intégrer d’autres favoris de notre époque. Pensez tartare de saumon à la coriandre, quinoa avec le carpaccio de bison ou gel de lime avec les calmars frits, en plus de beaucoup de plats au bacon. 

Qu’ai-je essayé ? 

Les crevettes « corn flakes », c’est-à-dire frites dans la chapelure de céréales, des snacks incroyablement croquants. C’est gras, c’est salé, ça se mange tout seul, trempé dans une sauce relevée à la tomate, tequila, coriandre, citron et sambal oelek, un condiment indonésien pimenté. C’est sûr que j’en reprends si j’y retourne. 

Au menu ce jour-là, il y avait aussi un sandwich de type BLT – bacon, laitue, tomates – aux crevettes, frites là encore. Le tour ressemblait un peu à une guédille, avec du pain très moelleux, des crevettes encore très croquantes, chaudes, et un petit peu de fraîcheur grâce à trois morceaux de tomate et deux feuilles de laitue. Et ça, c’était censé être une entrée… 

J’ai aussi commandé des gnocchis au porcelet de la ferme Gaspor en plat principal. Résultat : c’était trop, mais réellement costaud et réconfortant. Parce que l’assiette de gnocchi, en plus de la sauce crémeuse et de ses morceaux de boudin, compte une bonne pièce de porc bien tendre sous sa croûte caramélisée. Ce ne sont pas les quelques feuilles de roquette qui allègent le tout, bien qu’elles apportent un peu de fraîcheur poivrée.

Comme on était deux, on a aussi choisi un plat de poisson, le « fish tao », la version poisson du plat américano-chinois sucré, un peu craquant, bien relevé qu’on prépare généralement avec du poulet. On le sert avec des légumes sautés, des arachides, de la sauce « wafu », c’est-à-dire une mayonnaise au soja, sésame et gingembre.

La composition est très riche et très copieuse, un peu à l’américaine, justement. On pourrait aisément le partager ou encore en rapporter une partie à la maison, bien qu’on puisse alors perdre le côté croustillant du poisson enrobé, où repose tout le charme du plat. À ne pas choisir si on a envie de subtilité. 

Au dessert, l’éclair aux fraises de la région avec rhubarbe, morceaux et crème au chocolat blanc, pistaches concassées et sumac était vraiment très joliment présenté, mais avait quelque chose de trop compliqué, pas assez précis techniquement. 

Il y avait par contre au menu à ce moment-là – il a été enlevé depuis – un « sticky pudding » à la britannique fort sympathique, avec tuiles caramélisées au café, de la glace à la banane et au café, un gâteau moelleux aux noix, le tout terminé avec du caramel au whisky. Encore là, un plat solide qui réconforte et remplit. On ne vient pas à L’Ardoise pour faire dans la dentelle culinaire. Et personne n’avait l’air de s’en plaindre.

Notre verdict

Prix : entrées entre 13 $ et 14 $, plats entre 24 $ et 29 $, plateaux à partager entre 26 $ et 39 $, plats divers du « menu pub » – crevettes frites, poutines, mini-burgers, etc. – entre 5 $ et 26 $. Desserts entre 6 $ et 9 $.

Carte des vins : sa caractéristique principale est la variété. Quelques jolis vins canadiens et une bonne part d’importations privées.

Service : c’est une des anciennes copropriétaires du Bistro Cocagne, à Montréal, qui nous a servies. L’équipe de L’Ardoise est ainsi composée de gens qui savent ce qu’ils font et sont franchement accueillants.

Aménagement et ambiance : cuisine ouverte, beaucoup de bois, on est dans un esprit « néo-rustique ». Grande terrasse à l’avant. Tout ce lieu est rempli d’une foule éclectique.

Le plus : l’accueil, l’atmosphère et une grande terrasse à l’avant, qui permet de profiter de cet été qui ne se termine jamais.

Le moins : peu de légumes frais.

On y retourne ? Oui.

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