Coup de cœur francophone

Désordre organisé

FouKi et son collectif Les Fourmis avaient pour mission de lancer Coup de cœur francophone, jeudi. Si le festival cherchait à amorcer sa saison dans l’ambiance la plus festive possible, c’est réussi. Quant au mandat de Coup de cœur visant à faire place à la découverte, c’est également chose faite pour cette première soirée.

France D’Amour s’occupait de divertir le Quai des Brumes. Sunny Duval était au Verre Bouteille. Au même moment au Club Soda, jeudi, c’était la soirée de FouKi. C’est à lui qu’on a donné carte blanche afin qu’il réunisse des artistes francophones dans un spectacle d’ouverture. Alors FouKi a rassemblé ses Fourmis, ancienne Fourmilière, collectif formé d’artistes (plus ou moins) émergents du hip-hop.

En toute logique, une gigantesque fourmi noire pendait du plafond, au-dessus de la scène et des premières rangées. La reine, nous apprendra plus tard un FouKi digne de la fougue qu’on lui connaît.

Devant les platines où se sont succédé les faiseurs de sons des membres du collectif, on annonçait en jaune sur rouge le nom du clan. Devant la scène, des adolescents et de jeunes adultes (surtout), mais aussi un public plus vieux prêt à se laisser aller sur les beats de FouKi et sa bande.

Après la quinzaine de minutes de retard traditionnelle, la scène déserte a été envahie par une dizaine de personnes. De jeunes hommes et une fille, avec des ressorts sous les pieds et des micros dans les mains. Les Fourmis ont débarqué.

En réponse, dans la salle, d’abord calme et pas encore tout à fait remplie, le niveau d’énergie a grimpé en flèche. Le coup d’envoi a été donné et l’ambiance s’est réchauffée instantanément.

Après la pièce d’entrée Hold Up, les Fourmis se sont réunies pour l’interprétation de L’hymne national du ghetto. Puis il n’y avait plus que FouKi pour chanter sa Positif, accompagné de son fidèle producteur QuietMike.

C’est bien son nom qu’on a mis en haut de l’affiche pour ce spectacle d’ouverture de Coup de cœur francophone. Et on sait pourquoi. Depuis quelque temps, FouKi est de ces rappeurs en vue dont le public raffole. Mais jeudi, il a invité ses « boys » et a permis un concert éclaté, diversifié et franchement agréable. Vendou, Astralophithèque, Catboot, KONE & Beau Geste, LaF, Don Bruce, L’Amalgame, Kirouac & Kodakludo ont suivi durant cette soirée de près de deux heures.

Et chacun a amené sur scène ses meilleures tounes, pendant la courte tranche de spectacle qui lui a été allouée. Pas de temps morts, puisque ça défilait sans arrêt. Et à chaque instant, on pouvait être surpris par une poignée de Fourmis venues sauter frénétiquement sur scène sur les rythmes de leurs collègues, avant de s’éclipser aussi vite.

Le nom de chaque Fourmi s’affichait chaque fois sur les écrans latéraux de la scène, comme lorsque Vendou a interprété Par chez nous, soutenu par FouKi, en début de spectacle.

Les membres d’Astralophitèque et leur funky Rappeur planète sont ensuite venus complètement changer l’ambiance. Avec eux, la voix féminine de Xela Edna a adouci le ton. Astralopithèque est un exemple de ces nouveaux rappeurs qui défient cette image qu’on a pu se faire des artistes hip-hop. L’un est habillé comme un papa du Plateau, l’autre évoque les droogies d’Orange mécanique dans sa salopette blanche.

Kirouac & Kodakludo, qui sont montés sur scène plus tard en soirée, donnent la même impression, avec leurs habits de hipsters et leur rap nouveau. Mais qu’importe l’image. L’important, c’est la musique, et si le rap évolue, c’est apparemment pour le mieux. Nombreux sont ceux qui ont pu faire de nouvelles découvertes jeudi.

Au nombre qu’ils sont, il serait difficile de mentionner toutes les Fourmis qui sont montées sur scène. Toutes n’ont pas le même niveau artistique, mais l’énergie n’a jamais manqué.

La plupart des spectateurs connaissaient surtout FouKi. Du moins, c’est lorsqu’il montait sur scène que l’énergie dans la foule était à son comble – il fallait entendre le Club Soda hurler Spaghetti pain à l’ail. Mais c’était aussi l’occasion de faire connaissance avec plusieurs talentueux jeunes rappeurs bien de chez nous. Des rappeurs qui ont fait la fête sur scène. Plus même que la majorité des gens sur le parterre.

Les Montréalais de LaF n’ont pas déçu. Les gagnants des Francouvertes 2018 étaient de ceux qui avaient droit à un peu plus de temps sur scène. Et ils ont mis à profit chaque minute de leur présence.

Juste après, le rythme a ralenti avec L’Amalgame, avant un complet changement de style à l’arrivée de Kirouac & Kodakludo. Leur chanson Jeanne-Mance a obtenu un écho dans le public. On était moins dans les sons « banger » hip-hop, plutôt dans le house bien manipulé.

Entre les performances de son clan, FouKi est revenu interpréter les favorites Zaybae et Makeup. Toutes les Fourmis se sont finalement rassemblées pour la dernière partie de ce spectacle-party. D’abord pour entonner l’hymne au cannabis (un autre) Purp. C’était le bordel, mais un bordel organisé. Un des gars prend les devants, les autres font office de chanteurs de soutien, des hype men de qualité. Et ça a roulé pour quatre chansons.

Le timide moshpit dans la foule en fin de soirée est parti en vrille quand Fok le système a embarqué. Sur scène : la folie. C’est finalement FouKi qui a eu le dernier mot. Avec Gayé, comme il se doit.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.