mission de Fabienne Colas aux États-Unis

À la découverte du leadership féminin

Au lendemain du budget fédéral dévoilé la semaine dernière, la femme d’affaires et actrice Fabienne Colas nous avait exprimé son ravissement face aux mesures féministes qu’il contient. Certaines, notait-elle, se rapprochent de ce qui se fait aux États-Unis, comme elle a pu le constater en représentant le Canada lors d’un programme de trois semaines visant à découvrir les meilleures pratiques américaines en matière de leadership féminin.

Quel est ce programme au juste ?

Chaque année, le département d’État américain invite 5000 personnes aux États-Unis qui viennent d’un peu partout dans le monde pour participer à l’International Visitor Leadership Program (IVLP) [Programme des Visiteurs Internationaux, en français]. J’y suis allée pendant trois semaines, en octobre dernier, pour le volet sur le leadership au féminin. On était 47 femmes de 47 pays et je représentais le Canada. Le but était de voir les bonnes pratiques aux États-Unis pour les femmes entrepreneures et en affaires. Donc, l’expérience est double, car on découvre ce qui se fait aux États-Unis, mais aussi dans tous les pays des autres femmes.

Comment avez-vous été sélectionnée ?

La sélection se fait par les ambassades et les consulats américains dans tous les pays. Moi, c’est le consulat qui m’a approchée. Je travaille avec eux pour deux de mes festivals, à Toronto et Montréal, car on diffuse de nombreux films américains.

C’est une expérience qui vous a été offerte gratuitement ?

Oui. Mais ça demande beaucoup de temps. C’est trois semaines à temps plein, car on fait la tournée de plusieurs États. On est logés, nourris et tous les déplacements sont fournis.

Concrètement, comment ça se passe ?

On est toutes arrivées à Washington D.C. On a rencontré des fonctionnaires qui nous ont expliqué le fonctionnement de leurs différents programmes pour les femmes afin qu’on comprenne ce que le gouvernement fait. On a visité le Capitole et d’autres lieux. Ensuite, on a été divisées en sous-groupes de cinq à sept personnes pour partir en tournée. J’étais avec des femmes de l’Afrique du Sud, de l’Équateur, de la Nouvelle-Zélande, du Népal et de la Malaisie. On est allées au Colorado, dans le Maine et au Minnesota. On a visité des entreprises et des OBNL, on a assisté à des conférences, etc. Certains soirs, on était reçues à souper chez l’habitant. C’était majoritairement des démocrates et ils s’excusaient pour Trump ! Tout le monde était honteux de ce qui se passe à la Maison-Blanche.

Donc, les communautés où vous alliez étaient impliquées…

Ils ont impliqué des OBNL dans la gestion. J’ai trouvé que c’était inusité et très rafraîchissant ! C’était des OBNL qui géraient la logistique dans chaque État, pas seulement des fonctionnaires. Les bénévoles organisaient l’agenda. C’est bien, car ils sont les mieux placés pour savoir ce qui se passe sur le terrain et ce qui est le plus intéressant à montrer. Je pense que le Canada devrait instaurer quelque chose de similaire. C’est une bonne façon de vanter ses bonnes pratiques à l’étranger. Peut-être que 5000 personnes, c’est beaucoup, mais on pourrait le faire à moindre échelle. Avec la conférence C2 Montréal et tous nos festivals, il y a bien des choses à montrer à Montréal.

Qu’avez-vous pensé des mesures féministes du dernier budget Trudeau ?

Je trouve que c’est un pas dans la bonne direction. Pendant l’IVLP, on a rencontré le Small Business Administration [un organisme indépendant du gouvernement fédéral] qui s’assure que les autres s’approvisionnent auprès d’entreprises dirigées par des femmes et atteignent certains quotas. En revenant, je m’étais dit que ce serait bien que le Canada fasse la même chose et Trudeau a justement annoncé une mesure en ce sens. C’est une très bonne nouvelle. Maintenant, il faut que les femmes aient l’esprit de compétition pour en profiter. Cela est particulièrement vrai dans la communauté noire. Je suis très contente aussi de l’aide à l’exportation. Nous, on le fait dans le domaine de la culture. Je me sens donc encouragée en tant que femme. Ça me donne des ailes.

L’IVLP

L’International Visitor Leadership Program (IVLP) existe depuis 1940. Plus de 200 000 personnes y ont participé, dont plus de 500 chefs d’État ou de gouvernement, actuels ou précédents, et d’autres leaders dans les secteurs public et privé, en provenance du monde entier.

Qui est Fabienne Colas ?

Femme d’affaires, consultante, actrice, réalisatrice, productrice, conférencière, Fabienne Colas est souvent surnommée la « Reine des festivals ». Elle a créé et organise sept festivals à Montréal, Toronto, Halifax, New York et Port-au-Prince. Elle a aussi mis sur pied l’Académie du succès Fabienne Colas, un programme de formation en ligne pour les entrepreneurs.

Mission de fabienne Colas aux États-Unis

Quatre coups de cœur

Erin Brockovich et la Nawdo

À Minneapolis, on a assisté à une conférence Nawdo [La National Association of Women Business Owners regroupe 10,1 millions de femmes propriétaires d’entreprises aux États-Unis]. Ça mobilise plein de femmes d’affaires qui ont des façons innovantes de faire augmenter leur membership et de recueillir des dons, avec un gros compteur bien visible. C’est le genre de chose qu’on ne voit pas ici. Erin Brockovich est venue expliquer son concept de Stick to itness. Elle n’abandonne jamais et n’accepte pas non comme réponse.

Mentorat au féminin

Dans le Maine, on a rencontré le conseil d’administration de l’OBNL Score, qui regroupe des femmes bénévoles qui font du mentorat. L’organisation est présente dans tous les États. Et il y a juste un employé qui fait rouler tout ça. Toutes les autres personnes sont bénévoles. C’est très lean comme organisation et c’est ce que j’ai aimé. Ce sont des femmes gestionnaires, retraitées ou employées de grosses corporations qui offrent ce service gratuit. Elles rencontrent les femmes dans des cafés. Si vous voulez vous lancer en affaires, l’organisation vous matche avec une mentor qui correspond bien à votre profil.

Manufacture collaborative

On a visité TechPlace, au Maine. C’est un OBNL qui donne de l’espace à des entrepreneurs qui en ont besoin pour assembler des choses, fabriquer des prototypes, les tester. C’était gigantesque, vraiment énorme ! J’ai demandé combien ils étaient pour gérer ça et la femme m’a répondu : « Il y a moi, mon boss et la personne qui fait le ménage. » Avec très peu de ressources, ils font des miracles. C’est bien d’embaucher des gens, c’est bon pour l’économie, mais ça peut aussi avoir l’effet de limiter.

À la recherche d’anges féminins

Nous sommes allées rencontrer Maine Angels. C’est une organisation qui pousse les femmes à devenir des anges financiers. Il y a aussi des hommes, mais ils veulent recruter plus de femmes. Ils nous ont expliqué que celles qui ont de l’argent préfèrent généralement faire de la philanthropie. Ils nous ont raconté comment ils recrutent, quel est leur pitch de vente et quels sont les différents types d’investisseurs. Ça m’a fascinée de voir ces femmes qui prennent les choses en main.

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