Mads Mikkelsen

En lien avec sa propre humanité

Dans ce premier long métrage de Joe Penna, Mads Mikkelsen incarne un homme devant apprendre à survivre seul dans une région polaire isolée, où seule une carcasse d’avion peut lui servir de refuge. Le Danois, qu’on peut voir tant dans des productions hollywoodiennes que dans des films d’auteur, a dû relever un défi d’acteur, mais il a surtout vécu une expérience humaine inédite. Entretien.

Comment ce projet – un peu inhabituel – vous a-t-il été présenté ? Et pourquoi avez-vous accepté d’en être ?

C’était à l’époque de la série Hannibal, que nous tournions notamment à Toronto. La productrice Martha De Laurentiis, qui travaillait sur la série et qui produit aussi Arctic, m’a conseillé de jeter un coup d’œil sur un scénario qui se trouvait peut-être en dessous d’une pile, mais qui, pensait-elle, pouvait m’intéresser. Dès que j’ai commencé à lire, j’ai compris la suggestion. Il y a dans cette histoire quelque chose de très pur, de très radical et de poétique à la fois. Et on évitait les pièges hollywoodiens dans lesquels ce genre d’histoire tombe trop souvent. Évidemment, jouer pratiquement seul constitue un défi d’acteur intéressant. Mais pas que. J’aimais surtout l’idée qu’au-delà de l’histoire de survie, Arctic repose avant tout sur l’histoire d’un homme qui retrouve sa propre humanité.

Ce film, tourné en Islande, est réalisé par Joe Penna. Ce jeune cinéaste brésilien s’est fait connaître sur YouTube et il avait signé jusqu’ici quelques courts métrages. Lui avez-vous accordé votre confiance d’emblée, étant donné qu’Arctic est son premier long ?

Je ne connaissais strictement rien de Joe au départ ! Je l’ai écouté me raconter ce qu’il voulait faire avec ce film et il m’a convaincu. Je me suis aussi dit que si les producteurs voulaient l’embaucher pour porter à l’écran un aussi beau scénario, c’est qu’ils avaient confiance en lui et qu’ils savaient que sa vision du film pouvait coller à la mienne. Évidemment, j’ai d’abord hésité, mais le fait qu’il s’agisse d’un tout premier long métrage peut parfois être aussi un avantage. Dans un projet comme celui-là, il est extrêmement important d’établir un bon lien de confiance. On peut être en désaccord à certains moments, mais on peut toujours discuter. Entre nous, le dialogue était constant.

Pour un acteur, est-ce qu’un tournage de cette nature est plus difficile ?

Sans doute, oui. Ne serait-ce que pour les exigences physiques qu’il requiert. À l’évidence, il y a les conditions météo, très brutales. Mon personnage ne peut pas porter devant la caméra les mêmes vêtements que les gens de l’équipe technique ! Au fil du tournage, tout cela commence à peser. Il en résulte une accumulation faisant en sorte qu’on devient encore plus vulnérable sur le plan émotif. Le tournage des dernières scènes du film a été vraiment dur, car il s’est déroulé au tout dernier jour. J’étais complètement vidé, je n’avais plus aucune énergie et les émotions étaient à fleur de peau. La moindre chose peut alors nous casser. J’ai eu du mal à passer à travers !

Vous avez été révélé au cinéma il y a plus de 20 ans grâce à Pusher, un film de votre compatriote Nicolas Winding Refn. Auparavant, vous avez été gymnaste et danseur. Qu’est-ce qui vous a poussé vers l’art dramatique ?

Je me suis un jour retrouvé acrobate dans un décor de comédie musicale ! On m’a demandé si ça m’intéressait d’apprendre à jouer, et comme j’aimais ce que les collègues acteurs faisaient, j’ai décidé de m’inscrire dans une école d’art dramatique. J’ai toujours été amoureux du cinéma. Je le préférais à la scène, car le cinéma permet de jouer davantage en retenue, avec plus de subtilité. J’espère être resté le même. D’ailleurs, ma vie est toujours à Copenhague. L’expérience est sans contredit un atout, mais on ne peut pas seulement s’appuyer là-dessus. On doit garder les yeux ouverts, rester alerte, être ouvert à tout. Si j’ai le sentiment que je peux apprendre quelque chose à travers un projet, j’y vais, même si je ne sais pas tout à fait ce que c’est.

Parlant de projets, comment les choisissez-vous ?

Tout dépend. En Europe, je joue beaucoup de drames, et dans une autre partie du monde, on m’offre des films d’action et des superproductions. J’ai un penchant naturel pour les films dramatiques, mais en même temps, étant un enfant des années 60 et 70, j’ai aussi été nourri par les films de kung-fu ou d’action américains. Si on me donne la chance de faire des films de ce style de temps à autre, je la saisis avec plaisir, d’autant que ça me permet ensuite de choisir des films plus dramatiques qui disposent de moins de moyens. Mais avant tout, il faut que l’histoire m’intéresse et que celui ou celle qui réalise le film m’intéresse aussi !

Arctic (Arctique en version française) prendra l’affiche le 15 février.

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