Chronique

Le président-punk au Sommet de l’absurde

Déjà, pendant, il y avait quelque chose d’obscène dans cette orgie de dépenses sécuritaires.

Après, à la lumière des événements de cette diplomatie catastrophique, tout devient franchement absurde.

Une prison démontable érigée derrière un aréna. Huit mille policiers. La Garde côtière. Des gens des services d’urgences les plus raffinés prêts à intervenir 24/7. L’armée. Des systèmes de détection de tout ce qu’il peut y avoir de plus dangereux.

Conclusion ? Un communiqué « commun », aussitôt déchiré à distance par Donald Trump. Vedette sinistre et pathétique de ce sommet, il est arrivé en retard le vendredi, en retard au déjeuner le samedi et est reparti avant tout le monde le même jour.

Donald Trump est un président-punk. Il a repris la devise des « no future » : fuck the world.

Après tout ça, le dernier soir, pour remercier le bon peuple charlevoisien, un grand feu d’artifice…

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Il n’y a pas que le feu qui était d’artifice. Comment ne pas trouver comique cette « zone de libre expression » censée accueillir les manifestants ? Sorte d’enclos à vaches sur le bord de la route, encerclé de barbelés et de policiers.

Pour qu’ils ne manifestent pas en vain, on avait installé une caméra et on retransmettait dans le Manoir Richelieu, un kilomètre plus loin, les images des manifestants…

« Hé, Shinzo, viens voir, un moine japonais manifeste !

– Ah ben oui. Bon, on disait quoi déjà ? »

Un prof un peu dépité s’est retrouvé là tout fin seul avec sa pancarte qui disait : G7 : 605M $ ; Skype : 0 $. Bon point ! Il y eut un tondu (le moine) mais aucun pelé.

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Ce niveau de sécurité n’est sûrement pas une invitation à prendre la rue pour le manifestant-citoyen amateur. Ça annonce des perturbations majeures. En même temps, on sait depuis quelques sommets que les manifestants professionnels sont accompagnés de casseurs, qui génèrent la surenchère sécuritaire et la justifient pour les autorités, ici comme ailleurs.

Mais au fait, manifester contre quoi ? Au moment du Sommet des Amériques, les manifestants en avaient contre la mondialisation en forme d’impérialisme. Une mondialisation dirigée par les États-Unis comme la voie de l’avenir. 

Dans ce temps-là, les Américains étaient libre-échangistes, promettaient la prospérité aux nations émergentes par le commerce sans barrière.

Mais en 2018 ? C’est la confusion intellectuelle complète. Le président américain a souvent le langage des anti-mondialisation d’hier. Il est isolationniste. Il tourne le dos à ses alliés, leur impose des tarifs illégaux. Il fait éclater le G7, qui est la créature même des Américains, un des instruments de lubrification de l’économie capitaliste dans le monde.

Il y a bien des raisons de dénigrer le G7, de sa composition à sa pertinence. Mais à force d’affaiblir les organisations du « monde libre », celui-ci risque de perdre son influence et son pouvoir d’attraction.

Les États-Unis ne seront plus la première puissance économique mondiale encore longtemps. Tout ce que fait Trump en ce moment ne fera qu’accélérer ce déclin. Moins l’alliance américaine est attrayante, plus la concurrence de la Chine sera efficace.

Alors, à part d’en dénoncer le coût exorbitant, manifester contre le G7 pour quoi faire ? Contre qui ? Certainement pas contre Trump, qui n’en a rien à cirer. Trump, au fond, a été le plus efficace manifestant anti-G7.

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Il faut bien que les dirigeants des pays qui ont des intérêts communs se rencontrent pour nourrir leur alliance stratégique. On comprend aussi qu’il faut une sécurité à un niveau qui tienne compte des menaces plus grandes de l’époque. Mais si l’affaire tourne à la parodie et accouche d’une désunion, on n’en a vraiment pas besoin. Même sans la crise de nerfs à distance de Trump, tout ce déploiement était démesuré. Avec le gâchis qu’on connaît, ses accusations de « malhonnêteté » envers Justin Trudeau et sa diplomatie du tweet, on a le goût de dire : sautez donc quelques tours tant que le président-punk est là.

On ne peut pas lui laisser le plaisir de désintégrer le monde et ses institutions, comme il torpille les institutions les plus précieuses des États-Unis.

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