Économie mondiale

Le FMI met en garde contre une « tempête » sur l’économie mondiale

La croissance de l’économie mondiale est « plus lente » que prévu, a averti hier la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, mettant en garde contre une éventuelle « tempête » économique. Le mois dernier, le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance de l’économie mondiale pour cette année de 0,2 %, à 3,5 %, en raison des tensions commerciales, notamment entre les États-Unis et la Chine. Mme Lagarde a évoqué ce qu’elle a appelé les « quatre nuages » qui planent selon elle sur l’économie mondiale et averti qu’une « tempête » pourrait la frapper. Elle a parlé à ce propos des tensions commerciales, notamment entre la Chine et les États-Unis, du resserrement des taux d’emprunt, des incertitudes liées au Brexit et d’un ralentissement de l’économie chinoise. — Agence France-Presse

La planète économique

L’inquiétude pour l’Italie ressurgit

La troisième économie de la zone euro est retombée en récession, ses banques craquent sous les mauvaises créances et les jeunes fuient le pays.

La Commission européenne (CE) a abaissé drastiquement jeudi les perspectives économiques de la zone euro, ce qui confirme le ralentissement appréhendé du Vieux Continent.

L’Allemagne est touchée. La France également. Mais c’est surtout l’Italie qui inquiète les marchés financiers.

Sur fond de tensions commerciales avec les États-Unis, Bruxelles table sur une croissance de seulement 1,3 % du PIB de la zone euro en 2019, contre 1,9 % précédemment.

Les problèmes de l’économie mondiale n’épargnent pas l’Allemagne, qui souffre notamment de la perte de vitesse du secteur automobile : de 1,8 %, la croissance prévue de la première économie européenne passe à 1,1 %.

Pour l’Italie, la révision à la baisse est dramatique : les experts de la CE tablent sur une contraction de 0,2 % de l’économie en 2019 au lieu d’une croissance de 1,2 % prévue l’automne dernier.

Le grand coupable de ce revirement ? Les « incertitudes » entourant les politiques du nouveau gouvernement populiste italien, selon Bruxelles.

Retour à la réalité

Ces sombres prédictions s’ajoutent à une série de mauvaises nouvelles qui déferlent ces temps-ci sur l’Italie. En commençant par son économie, déjà officiellement entrée en récession.

Alors que le gouvernement de coalition – formé de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (extrême gauche) – avait promis une politique économique axée sur la croissance, le retour à la réalité est brutal : le PIB italien s’est contracté deux trimestres de suite, vient-on d’apprendre.

Après s’être tassée de 0,1 % au troisième trimestre 2018, l’économie s’est encore contractée de 0,2 % au quatrième. Une troisième récession en 10 ans pour les Italiens.

« Quand la zone euro éternue, l’Italie s’enrhume », résume Lorenzo Codogno, ex-économiste en chef du Trésor italien, aujourd’hui professeur à la London School of Economics, dans une note financière.

Puis une autre tuile.

Le nombre de faillites d’entreprises italiennes repartirait en forte hausse cette année, révèlent les dernières prévisions de l’assureur-crédit Coface.

Après quatre années de recul, les défaillances dans la Péninsule bondiraient de 7 % en 2019. Très au-delà de la moyenne escomptée pour l’Europe de l’Ouest (+ 2,4 %).

Les banques craquent

« Récession » et « faillite ». Voilà les deux mots que les investisseurs n’aiment pas entendre au sujet de l’Italie, dont le système bancaire est très fragile.

Jamais remises de la crise financière de 2009, les banques italiennes ont accumulé 160 milliards d’euros (240 milliards CAN) de mauvaises créances, selon la Banque centrale européenne (BCE). Un sommet dans la zone euro.

Ces prêts, qui risquent de ne jamais être remboursés, sont une bombe à retardement pour les institutions en difficulté comme la Monte dei Paschi di Siena (MPS), sauvée de justesse par l’État en 2017.

Certes, les plus grandes institutions du pays, dont UniCredit, se portent mieux, note la firme Capital Economics. Certaines ont enregistré un bénéfice en 2018, mais plusieurs pourraient basculer en cas de récession prolongée.

L’Autorité bancaire européenne (ABE) vient d’ailleurs de demander aux banques de la zone euro de constituer des provisions additionnelles pour couvrir leurs mauvais prêts – une opération coûteuse que les banques italiennes « auront du mal à faire », notent des experts cités par l’agence Bloomberg. À preuve, les banques italiennes ont été fortement secouées en Bourse ces derniers temps.

Le maillon faible de l’Europe

Après la crise financière de 2009, on s’est inquiété pour la Grèce, l’Irlande et le Portugal. Or, il semble que l’Italie soit aujourd’hui le maillon faible de l’Europe.

Productivité trop faible, pertes de marchés à l’étranger, baisse de production (- 5,5 % sur un an)… l’industrie italienne, par exemple, affiche une baisse de régime inquiétante.

Autre point noir : l’Italie est lourdement endettée, avec des emprunts privés et publics excédant 130 % de la taille de son économie (PIB). Seule la Grèce a un plus mauvais bilan en Europe de l’Ouest.

Depuis le début de 2019, le reste de l’Europe est donc aux aguets puisque ses banques détiennent 425 milliards d’euros (640 milliards CAN) de dettes italiennes, indiquent les données de l’ABE.

En outre, c’est bien connu, l’Italie a une population vieillissante. Et voilà qu’on apprend que beaucoup de ses jeunes fuient à l’étranger. 

Quelque 156 000 diplômés ont quitté le pays depuis cinq ans pour s’installer surtout en Europe, montrent les derniers chiffres de l’ISTAT, l’agence statistique nationale.

Tout compte fait, l’Italie a vu sa population rétrécir de 100 000 habitants en un an (2017), soit l’équivalent des villes comme Alma et Drummondville… réunies.

Les jeunes Italiens ont des raisons de faire leurs valises, avec un taux de chômage (de 18 à 39 ans) de près de 33 %, le double de la moyenne européenne.

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