CARNET D’ENDORPHINES

Les #@*?!#* de calories… et autres sujets explosifs de l’été

La scène se passe en ville, par une journée chaude du début de l’été, sur la terrasse d’un glacier qui s’adonne (voyez comme la vie est bien faite) à fabriquer le meilleur gelato chocolat-noisette du monde entier. T’arrives tout droit de ton entraînement, les endorphines dans le tapis, et tu commandes un cornet, parfait contrepoint à ce 15 km exécuté dans les règles de l’art.

Au moment où tu goûtes enfin à l’extase, il y a une voix qui te balance : « Tu sais que tu annules toutes les calories perdues pendant ton entraînement avec ça. »

Tu te retournes pour voir qui est le casseux de party qui ose remettre en question le droit constitutionnel (damn right) de manger de la crème glacée, et tu découvres un parfait inconnu qui agite un doigt sentencieux face à ton gelato.

Monsieur. Est-ce que ça vous ferait plaisir que je vous donne mon avis sur vos implants capillaires à la teinture ratée ?

C’est bien ce qui me semblait.

Outre la propension de certaines personnes à donner leur opinion sur ce qui ne les regarde pas, abordons un sujet explosif : le mythe qui veut qu’une fille fasse du sport obligatoirement pour « brûler des calories » et obtenir ce fameux beach body.

Oui, mais non.

Au départ, tout ce qu’on nous inculque – surtout à nous, les filles –, c’est l’aspect maléfique de la calorie, celle qui se met en travers de ton chemin pour t’empêcher d’accéder au satané beach body

La calorie, c’est Darth Vader, Voldemort, Meryl Streep en diable qui s’habille en Prada. La calorie, c’est le Maaaaaaaal.

Combien de calories dans un avocat ? Dans un taco ? Dans une cuisse de poulet ? Comme si on n’avait pas assez de nos mots de passe à retenir. Et après avoir usé de précieuses cellules grises à compter les calories, il faut ensuite les traquer et les combattre, jusqu’à l’annihilation totale, kill baby kill.

Cet incessant calcul qui monopolise trop d’espace mental est épuisant.

Et puis, un jour, tu vas courir, ou nager, ou pédaler, plus longtemps que d’habitude. Tu entres dans cet espace mental unique aux sports d’endurance… celui de l’objectif.

C’est dur. Ça fait mal. Ça exige le meilleur de tout, tes jambes, ta concentration, ton souffle. T’as quitté le connu réconfortant pour le grand inconnu sans garanties. Comme Jacques Cartier, quand il s’est retrouvé au milieu de l’Atlantique et qu’il s’est dit : « Bon, trop tard pour faire demi-tour, espérons qu’il y ait les Indes au bout. »

Et là, quand tu mets le pied à terre au bout de la destination, tu découvres trois choses.

1. T’as encore compté. Mais cette fois-ci, c’était des kilomètres.

2. T’es tellement fière des merveilles que ton petit corps est capable d’accomplir, tu le trouves tellement fort, tellement vaillant, tellement intrépide, que pas une seconde tu penses à lui trouver des défauts. Ton disque dur est trop plein d’éblouissement pour qu’il reste le moindre espace pour le dénigrement.

3. T’as faim. Une faim de loup à manger le petit chaperon rouge, la grand-mère et le chasseur. La cuisse de poulet, ah, pis les deux, le taco, la salade, l’avocat, le pain. Avec du beurre. Et pour topper ça, une expédition au glacier du coin. Celui qui vend cette gelato chocolat-noisette dont on dit des merveilles.

Ce jour-là, tu comprends quelque chose qui change tout.

Rectification, ton corps comprend quelque chose qui change tout : tu ne cours pas pour brûler les calories, tu ingères des calories pour pouvoir courir. Loin.

Ce n’est pas une nuance, c’est une révélation, le Grand Canyon de la révélation.

Les calories sont bonnes, elles sont bénéfiques, c’est le fuel de ton VUS, et non seulement cette merveille biologique « boit » en masse, elle a besoin d’essence de première qualité, celle en or qui te donne beaucoup de points et qui t’aide à rouler longtemps.

Ça fait que le comptage de calories pis le beach body ? Tu t’en tapes. T’as découvert l’Amérique.

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