Portfolio Femmes en finance

Des progrès qui se font attendre

Tout n’est pas rose pour les femmes en finance. Les conseils d’administration leur laissent peu de place, elles accèdent moins aux postes supérieurs que leurs collègues masculins et l’image de la profession en rebute plusieurs. Malgré tout, les choses progressent. Lentement.

Pour la présidente du conseil d’administration de l’Association des femmes en finance du Québec (AFFQ), Françoise E. Lyon, si on parle toujours de la sous-représentation des femmes en finance aujourd’hui, ce n’est pas par manque de candidates. « C’est un problème de diversité. Notre société, ce n’est pas un homme blanc de 55 ans. Pour servir nos clients et comprendre leurs besoins, il faut diversifier nos équipes. »

Françoise E. Lyon souligne que la question touche surtout les entreprises cotées en Bourse, puisque les OBNL et les instances gouvernementales ont fait beaucoup de chemin dans les dernières années.

Elle déplore que la finance soit une industrie où il est difficile de gravir les échelons et où l’équilibre travail-famille demeure plus un rêve qu’une réalité. « Le concept de 9 à 5 ne s’applique pas quand les marchés ne ferment pratiquement jamais. Les attentes envers les travailleurs sont démesurées. Heureusement, c’est en train de changer. La nouvelle génération veut une certaine qualité de vie. »

Une image nuisible

La première vice-présidente et chef de la direction financière et des opérations de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Maarika Paul, dresse le même constat. « Quand on regarde les bassins de talent, les femmes représentent de 20 à 30 % des candidats. Pourtant, il y a plus de femmes que d’hommes dans les facultés d’administration. »

La dirigeante attribue en partie l’image de la profession à cette réalité. « L’industrie est vue comme un monde masculin et très technique, qui traite plutôt des chiffres que des relations. Il faut changer les perceptions », croit Maarika Paul.

Des programmes concrets

La plupart des sociétés ont mis en place des programmes pour promouvoir une place accrue pour les femmes. C’est le cas de Deloitte, qui a créé Deloitte au féminin. Le groupe permet à ses membres de participer à des évènements de réseautage et de formation. La firme appuie aussi l’initiative #Parrainonslesfemmes.

« Les femmes ne manquent pas de mentors, mais elles ont besoin de gens qui vont leur donner des occasions de briller et d’accéder à des projets différents. »

— Annie-Marie Sicard, associée, Transformation de la fonction finance, chez Deloitte

La CDPQ s’associera pour sa part davantage avec les universités pour éduquer les étudiants sur les possibilités en finance. Elle offrira également des stages et des bourses. « On travaille aussi sur nos biais, comme celui de croire qu’un leader est indépendant alors qu’une femme préfère collaborer. Des experts ont rencontré notre équipe de direction pour les sensibiliser. On revoit jusqu’à nos descriptions de poste lorsqu’on recrute, pour s’assurer qu’elles ne parlent pas qu’aux hommes. »

La Caisse a en outre lancé l’an dernier Cheffes de file pour propulser la croissance des entreprises à propriété féminine qui ont au moins trois ans d’existence et un chiffre d’affaires de 5 à 20 millions. Les entrepreneures peuvent échanger et ont accès à des experts de la CDPQ, de même qu’à des économistes.

L’impact de #moiaussi

Le mouvement #moiaussi n’a pas épargné le milieu de la finance. La présidente de l’AFFQ n’y voit que du bon. « L’abcès est crevé et ça a lancé la discussion, dit Françoise E. Lyon. Ce n’est plus un sujet qu’on peut balayer du revers de la main. Le désir de faire bouger les choses s’est accéléré depuis. Il n’y a plus de tolérance. »

« Je pense que ça nous a ouvert les yeux, estime de son côté Anne-Marie Sicard. On essaie de créer un environnement où les femmes se sentent incluses et à l’aise de s’exprimer si une situation survient. »

Les finalistes et lauréates du gala « Notre valeur ajoutée »

L’Association des femmes en finance du Québec tiendra son 14e gala annuel intitulé « Notre valeur ajoutée » le 18 avril prochain au Palais des congrès de Montréal. Voici les noms des finalistes et lauréates.

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