Éditorial COVID-19

Pour éviter une épidémie… de solitude

Curieuse expression que la « distanciation sociale », quand vous y pensez.

La pratique est efficace pour ralentir la propagation d’un virus, pas de doute. Mais ce dont on a plus que jamais besoin ces temps-ci, c’est d’une distanciation physique… mais d’une grande proximité sociale !

On ne sait pas ce qui s’en vient, disons-le. Les scénarios optimistes le sont de moins en moins. Et les autorités ont beau choisir leurs mots avec précaution, on sent bien que la période de confinement durera plus longtemps qu’anticipé.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Toronto vient d’ailleurs de conclure, à la lumière de modélisations poussées, que deux semaines de distanciation et de confinement ne suffiront pas à ralentir la progression du coronavirus. Pas même quatre ou six.

Les mesures d’isolement, concluent-ils, devront plutôt continuer pour au moins… six mois.

Six. Mois.

Et ce, seulement pour réduire le pic épidémique de moitié.

C’est toujours mieux que les 18 mois évoqués par l’Imperial College London, mais ça nous mène néanmoins à l’automne après un été passé à l’intérieur…

Cela dit, peu importe le pessimisme des prédictions, ce qui semble de plus en plus certain, c’est que le confinement se prolongera au-delà du mois de mars avec les répercussions que l’on peut imaginer sur les écoles, les commerces, les services publics, le milieu culturel, etc.

Ajoutons à cela une évidente récession économique ainsi qu’une conséquence dont on a peu parlé jusqu’ici : une possible récession… sociale.

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Fou comment tout ce qu’on tenait pour acquis il y a quelques jours seulement est devenu menaçant. Une poignée de main. Une discussion à petite distance. Une file d’attente à l’épicerie.

On se surprend soudainement à regarder une série télé en fronçant les sourcils quand deux personnes se font la bise…

Assurément, comme pour une crise économique, un problème d’offre et de demande se profile à l’horizon. L’offre en termes de discussions, d’interactions et de socialisation se tarit tranquillement… ce qui tire forcément la demande vers le haut !

Or, cet isolement n’a pas que l’ennui comme conséquence. Il risque d’avoir de graves répercussions sociales qui, à leur tour, pourraient avoir un impact sur la santé de chacun.

Pas sorcier : nous sommes des êtres sociaux. Nous avons besoin du contact des autres pour une foule de raisons, notamment pour réduire notre propre stress.

Or, voilà : la COVID-19 nous terrifie… et nous isole à la fois. Elle nourrit le stress… et la solitude. Une dangereuse combinaison qui aura assurément des effets sur notre santé physique, morale et mentale.

Le journal The Guardian a cité ces derniers jours les travaux d’une spécialiste de l’isolement social qui note que la solitude mène à un risque beaucoup plus élevé de maladie cardiovasculaire, de démence, de dépression, d’anxiété.

Elle augmente même le risque de mort prématurée de manière significative, précise-t-elle. Et ce, peu importe la cause : maladies cardiaques, cancers, accidents vasculaires cérébraux, insuffisance rénale, etc.

La conclusion s’impose donc d’elle-même : il urge de s’attaquer non seulement à l’épidémie de coronavirus, mais aussi à l’épidémie de solitude à venir.

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Les gouvernements peuvent aider à sensibiliser les gens à l’importance de garder les canaux sociaux ouverts même à distance. Les centres de prévention du suicide et autres ont aussi leur rôle à jouer.

Mais, soyons honnêtes, ce problème, il nous interpelle d’abord nous, comme individu.

Il nous interpelle, en fait, comme maillon d’une chaîne sociale qu’il importe de ne pas briser malgré la distanciation à respecter.

« Il faut rester connectés », a d’ailleurs lancé Horacio Arruda.

Il faut, en effet, reprendre l’habitude de faire des appels téléphoniques. Apprendre à se réunir entre proches par Skype. Demander des nouvelles aux amis par courriel. Utiliser les réseaux sociaux pour socialiser.

Bref, c’est plus que jamais le temps de tendre la main virtuellement. Surtout à ceux que l’on sait plus seuls, plus isolés, plus vulnérables.

Soudainement, se demander « comment ça va ? » prend tout son sens. On ne pose plus la question pour la forme, mais pour savoir réellement comment va l’autre. Et, ce faisant, on garde le lien, on reste connectés, on nourrit un lien empathique malgré notre confinement.

Certes, il va falloir respecter une saine « distanciation sociale » pour encore plusieurs semaines, peut-être plusieurs mois. Mais, plus que jamais, il faudra aussi faire preuve d’une solidarité sociale hors du commun pour passer à travers la crise dans laquelle nous sommes plongés. Tous ensemble.

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Si vous avez besoin de soutien ou avez des idées suicidaires, vous pouvez communiquer avec un intervenant des centres de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (1 866 277-3553).

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