« Je suis heureux ici »

Johnny Manziel se dit pleinement investi dans les Alouettes en prévision de la prochaine saison.

Le regard tourné vers 2019

C’était la traditionnelle journée des sacs verts, hier, au Stade olympique. Au lendemain de leur victoire de 30-28 à Hamilton, les joueurs des Alouettes étaient de bonne humeur alors qu’ils s’apprêtaient à commencer leur saison morte.

Même s’ils pourront profiter de temps libre et de vacances, la plupart des joueurs du club parlaient déjà de la saison 2019 avec enthousiasme, hier.

« J’aurais aimé que la saison se poursuive, je suis déjà très excité en vue de la prochaine », a commenté Johnny Manziel.

« Ça m’a beaucoup manqué de ne pas faire partie d’une équipe et d’avoir la chance de jouer au cours des dernières années. Je vais m’entraîner fort afin d’être bien préparé en vue de l’an prochain. »

Manziel ou Antonio Pipkin ? À moins d’un changement majeur dans les effectifs de l’équipe, ce sera la grande question à l’ouverture du prochain camp, en mai.

« Je serai fin prêt. J’aimerais obtenir la chance de lutter pour le poste et être le joueur autour duquel l’équipe continuera de se bâtir », a dit Pipkin, qui viendra à Montréal à plusieurs reprises au cours des prochains mois.

Comme son jeune coéquipier, Manziel a assuré qu’il serait bien préparé pour attaquer la prochaine campagne.

« J’ai appris beaucoup cette saison. Les choses ne se sont pas déroulées comme je le souhaitais sur le plan des victoires, mais je crois que je me suis amélioré de match en match. Je comprends mieux le jeu et la ligue. J’ai pris beaucoup d’expérience. »

— Johnny Manziel

Tandis que le jeu de Manziel a généralement progressé à chaque partie, celui de Pipkin a été plus inégal, avec plus de hauts et de bas. Le jeune passeur croit cependant qu’il pourra trouver une plus grande constance en corrigeant un aspect précis de son jeu.

« Je dois améliorer mon positionnement de pieds afin de m’assurer d’être toujours capable de lancer le ballon où je le veux. On ne peut jamais atteindre la perfection, mais on peut venir très près de le faire », a lancé Pipkin, qui a par ailleurs soutenu que sa relation avec Manziel était bonne.

« Je considère que c’est le cas et je suis sûr que c’est la même chose pour lui. Les gens de l’extérieur vont toujours essayer de créer des controverses, car nous sommes directement en compétition l’un avec l’autre, mais notre relation est bonne. »

Bien à Montréal

Comme bien d’autres joueurs américains avant lui, Manziel a pu constater à sa première saison dans la LCF que le calibre de jeu au nord de la frontière était élevé.

« Je ne savais pas trop à quoi m’attendre au départ, mais cette ligue a surpassé mes attentes sur le plan du talent. Mes attentes ont également été surpassées pour ce qui est du type de personnes qu’il y a dans ce vestiaire et du type de personnes qu’il y a dans cette organisation. »

Manziel a avoué qu’il avait retrouvé l’amour du football au cours des derniers mois, même si son salaire dans la Ligue canadienne est modeste par rapport à celui qu’il touchait avec les Browns de Cleveland.

« Je suis heureux ici. À une certaine époque, le football était devenu une question d’argent pour moi. Mais je me sens bien dans cette équipe. Je fais partie d’un groupe de gars extraordinaire. Et je suis bien dans une ville remarquable comme l’est Montréal. »

Avant de s’amener au Canada, l’ancien gagnant du trophée Heisman ne connaissait à peu près rien de sa nouvelle ville.

« J’avais toujours entendu dire que Montréal était un bon endroit pour venir boire un coup lorsqu’on avait 18 ans. Mais Montréal est vraiment remarquable sur le plan culturel et c’est une très belle ville. Je me suis beaucoup plu à la découvrir en me promenant dans les rues. J’ai hâte d’être de retour, je suis choyé de pouvoir jouer dans une ville comme Montréal. »

Avoir un plan

Il y a quelques années, Manziel semblait se diriger vers un précipice. En raison de son problème de consommation, son propre père avait dit que son fils n’était qu’un drogué (druggie). Qu’il craignait pour sa vie.

Le Texan de 25 ans a donc accompli beaucoup au cours de la dernière année.

« Je ne dirais pas que je suis fier de moi-même, je dirais plutôt que je suis heureux de pouvoir jouer au football. Je ne savais pas si j’obtiendrais une autre occasion de le faire, alors je veux continuer de m’améliorer. »

Hier, Manziel a dit toutes les bonnes choses, que ce soit au sujet de la LCF, de Montréal ou des Alouettes. Il a aussi dit à plusieurs reprises qu’il mettrait l’effort nécessaire afin d’arriver au camp en forme. Ce sera maintenant à lui de tenir promesse.

« Simplement d’avoir un plan pour les prochains mois sera agréable. J’ai un contrat en vue de la prochaine saison, ce que je n’ai pas eu depuis fort longtemps. Je suis pleinement investi dans cette équipe et pour la saison prochaine. »

LA COUPE GREY À MONTRÉAL EN 2020 ?

C’est finalement jeudi matin que l’état-major des Alouettes rencontrera les journalistes. Selon le service des communications du club, le président Patrick Boivin est actuellement à Toronto afin de déposer la candidature de Montréal pour l’obtention du match de la Coupe Grey en 2020. Les Roughriders de la Saskatchewan aimeraient également accueillir la finale du football canadien dans deux ans. Le match de la Coupe Grey de cette année sera présenté à Edmonton et celui de 2019, à Calgary. La Ligue canadienne choisira-t-elle d’accorder trois finales consécutives à des villes de l’Ouest ? Montréal n’a pas été la ville hôte de l’événement depuis 2008.

Les Alouettes

Entre colère et lucidité

Qu’ont en commun Chip Cox, Luc Brodeur-Jourdain et John Bowman ? Ils ont 35 ans ou plus, sont des visages reconnus depuis de nombreuses années et leur retour avec les Alouettes en 2019 reste encore entouré d’un point d’interrogation. Ils n’ont toutefois pas le même regard sur leur situation respective.

Lors du bilan de saison des joueurs, le centre québécois a dit être passionné comme au premier jour malgré un rôle restreint cette saison. L’ailier défensif, lui, se donne un temps de réflexion avant de prendre sa décision, alors que le secondeur a été extrêmement ferme sur sa volonté de poursuivre sa carrière.

Rarement le plus volubile, Cox, 36 ans en juin prochain, s’est carrément emporté lorsqu’il a été interrogé sur sa capacité à demeurer encore au plus haut niveau. En 2018, Cox a réalisé 78 plaqués et obtenu 5 sacs du quart.

« Regardez les bandes vidéo et mes pourcentages. Évidemment que je peux encore jouer, a lancé celui qui vient de terminer sa 12e saison à Montréal. Je vais poursuivre ma carrière. Pourquoi vous continuez à me parler de ce genre de choses ? Personne ne parlait de la retraite à Kobe Bryant quand il avait mon âge. Je possède le même genre de statistiques, mais au football. »

« Arrêtez et laissez-moi tranquille. Je penserai à la retraite lorsque je jugerai avoir vieilli et que je n’aurai plus d’aussi bonnes statistiques. Je n’ai probablement raté que six plaqués seulement cette année. »

— Chip Cox

À l’autre bout du vestiaire, Luc Brodeur-Jourdain, 35 ans, portait un regard plus lucide sur sa propre contribution, mais aussi sur celle des joueurs de son âge. Oui, il veut continuer à jouer au football, à s’entraîner tous les jours, mais il s’est dit « extrêmement serein et conscient de la situation ».

Il précise : « Le facteur qui pèse le plus [dans ma réflexion] est l’équipe en soi. Il n’y a plus grand-chose à investir dans un joueur de 35 ou 36 ans. Tu veux investir dans le présent et le futur, et non pas dans le passé. Si on a les éléments qui font en sorte qu’on n’a plus besoin de moi, je vais l’accepter, tout simplement. On verra comment ça va être avec l’ouverture du marché des joueurs autonomes, le repêchage et s’il y a de la place », a énuméré Brodeur-Jourdain.

Cette année, le numéro 58 a vu son rôle se réduire au sein de la ligne offensive des Alouettes. Cela ne changera pas l’an prochain, avec la possible émergence de plus jeunes joueurs, dont Trey Rutherford et Tyler Johnstone. Peu importe son utilisation déclinante, Brodeur-Jourdain s’est dit satisfait d’avoir servi de modèle au cours de la dernière année.

Il faisait tout de même partie de la ligne partante, samedi, lors de la victoire à Hamilton. « Il y avait quelques jeux sur lesquels je m’en voulais, mais on a eu une attaque productive en première demie. Ça s’est calmé ensuite et c’était frustrant. […] Mais je ressens toujours ce feeling d’être sur le terrain. Est-ce que je me sens dépassé ou est-ce que j’ai été surclassé ? La réponse est non. Je suis content. »

Entre les certitudes de Cox et la sérénité de Brodeur-Jourdain se trouve John Bowman qui, officiellement, ne dit ni oui ni non à un retour. L’ailier défensif de 36 ans, qui s’est joint aux Alouettes en 2006, n’affiche pas les chiffres de ses belles années, mais il a tout de même réalisé cinq sacs du quart. « J’ai déjà parlé à Bob [Wetenhall] et à Kavis [Reed] un peu et je leur ai fait part de mes sentiments. Ils m’ont dit de prendre mon temps », a indiqué Bowman.

« Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un quart-arrière, un receveur ou quelqu’un qui change le cours d’un match. Je ne suis qu’un ailier défensif et je ne porte pas l’organisation sur mes épaules. Je vais prendre mon temps pour voir si je peux encore me lancer dans une autre aventure de sept ou dix mois puisqu’on commence à s’entraîner en janvier. »

« Les Coupes Grey, c’est bien, mais… »

« C’est dur de trouver le meilleur moment de ma carrière. Ce sont des choses que les gens ne voient pas, comme lorsque j’étais une recrue et que je parlais à Ben Cahoon dans le vestiaire. Que lui ou Anthony Calvillo prennent le temps de me parler et qu’ils m’acceptent aussi rapidement, c’était incroyable. Les Coupes Grey, les sacs du quart, c’est bien, mais c’est la vie dans le vestiaire qui manque le plus quand tu arrêtes. »

— John Bowman

« Je ne doute pas un seul instant que je peux être un receveur numéro un dans cette ligue. Mais je vais faire ce que je dois pour permettre à l’équipe de gagner. Ultimement, je veux jouer dans la NFL. Cela dit, je prendrai la meilleure décision pour moi et ma famille. »

— Eugene Lewis

« Étant un Québécois, c’est sûr que les Alouettes, c’est ma préférence. Mais il y a environ 70 % des joueurs dans la LCF qui obtiendront leur autonomie en février et il faut négocier une nouvelle convention collective. Alors il y a beaucoup d’incertitude cette année, pas seulement pour moi. »

— Philippe Gagnon

« Je ne m’attendais certainement pas à ce que les choses se développent aussi rapidement. Mais je suis très reconnaissant que l’organisation m’ait donné un aussi grand rôle dans l’équipe et je vais tout faire afin d’être productif et efficace pour les Alouettes. »

— William Stanback

« La saison n’a pas été aussi bonne qu’on le voulait, mais on comprenait qu’on construisait pour l’avenir. On a développé une bonne chimie en fin de saison et j’espère que la majorité des joueurs seront de retour avec l’équipe la saison prochaine. »

— Ernest Jackson

« On était tous fiers du progrès fait en deuxième moitié de saison. On aurait aimé avoir quelque chose de mieux en fin d’année, mais malheureusement, on est dans le processus de trouver un noyau et une base pour être capables de bâtir. On a de bons morceaux, mais il en manque encore. »

— Kristian Matte

« Je n’ai pas perçu que Johnny Manziel était arrivé ici avec ses gros sabots. C’est Johnny Manziel, si tu connais un tant soit peu le football, tu as déjà entendu son nom. Il y a des attentes qui sont énormes, mais il y a un potentiel qui est présent dans ce quart-arrière. Il faut qu’il continue à en apprendre sur la ligue, sur les coordonnateurs défensifs adverses ou découvrir les demis défensifs. »

— Luc Brodeur-Jourdain

« Je crois qu’on va essayer de garder le noyau de cette équipe. Cette année, on a établi assez de choses et de chimie au niveau de la communication qui vont nous permettre de franchir le prochain pas. On a les bonnes personnes dans ce vestiaire. »

— Henoc Muamba

Propos recueillis par Miguel Bujold et Pascal Milano, La Presse

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