Livre

Combattre la « bullshit nutritionnelle »

Bien manger peut être vraiment simple, affirme Bernard Lavallée, connu comme Le Nutritionniste urbain. Dans son nouveau livre, N’avalez pas tout ce qu’on vous dit, il donne des armes pour lutter contre ce qu’il appelle « la bullshit nutritionnelle ». Entrevue avec un nutritionniste engagé.

L’industrie des aliments fonctionnels et des produits de santé naturels – celle des vitamines et suppléments – a généré 11,3 milliards de dollars au Canada en 2011, rapportez-vous dans le livre. C’est la preuve qu’il y a un problème dans notre façon de nous alimenter ?

C’est la preuve que c’est une industrie comme une autre. Elle est là pour faire de l’argent, alors que souvent, les gens vont croire que l’industrie des produits de santé naturels est là pour notre bien. Je ne dis pas que tous les produits de santé naturels sont inutiles, mais beaucoup le sont. C’est le cas des suppléments d’antioxydants. On ne voit pas de bénéfices sur la santé de ceux qui en consomment. Dans certaines études, on a même vu une augmentation des risques de cancer chez ceux qui en prennent. Pourtant, ça reste des suppléments très populaires, parce que les gens ont l’impression que les antioxydants sont la panacée. Non, c’est de l’argent jeté par les fenêtres.

Vous mentionnez que de 300 à 500 entreprises, comme Nestlé, PepsiCo, Unilever et Kraft-Heinz, contrôlent 70 % des choix alimentaires dans le monde, en citant le cabinet A.T. Kearney. C’est beaucoup.

Oui. La majorité de l’offre est contrôlée par une poignée d’entreprises. Et la majorité de l’offre, ce sont des produits ultratransformés qui n’ont pas une valeur nutritionnelle intéressante. Ça existe, des produits intéressants, mais ils sont vraiment plus rares.

Il est plus profitable de vendre un aliment ultratransformé ?

Exactement. Ce que l’industrie veut, c’est produire un aliment qui ne va pas coûter cher à produire, qui va rester longtemps sur les tablettes, qui va goûter bon et qui va se vendre. Une salade fraîche, ça ne se garde pas longtemps, et les marges de profit sont microscopiques. Souvent, les objectifs financiers de l’industrie ne sont pas en accord avec les objectifs de santé publique. Dans son rapport annuel pour l’année financière 2016, Coca-Cola estime, par exemple, que l’obésité et les craintes liées à la santé sont des risques financiers.

Mais on vit dans un monde où il est difficile de ne pas acheter de produits transformés…

Oui, notre environnement alimentaire a beaucoup changé. Ça s’est fait en parallèle à une augmentation du marketing nutritionnel. La majorité des aliments ultratransformés ont des recettes similaires. On utilise du sucre, du sel, du gras, des farines très raffinées et des additifs, qu’on va transformer sous plein de formes différentes. Comme l’industrie sait que la santé, c’est important pour les consommateurs, elle trouve une façon d’embellir les produits, pour qu’ils aient l’air plus santé. Un aliment sur deux contient une forme de marketing nutritionnel. Quand on dit « source d’antioxydant », « riche en fibres », « seulement 100 calories », ce sont des arguments pour favoriser la vente.

Vous dénoncez le « nutritionnisme », une vision réductrice de l’alimentation qui s’intéresse surtout aux nutriments.

Oui. La majorité des problèmes que je vois dans la communication de la nutrition vient du fait qu’on a trop décortiqué les aliments en nutriments. La réalité, c’est qu’on ne mange pas des nutriments dans la vie. On mange des aliments entiers et on mange plusieurs aliments ensemble, dans des repas. C’est problématique de se baser sur les nutriments et de croire qu’on est capable de comprendre leur effet.

Qu’espérez-vous avec votre livre ?

J’espère que les gens seront capables de faire le ménage dans la mer d’information et de désinformation en nutrition. Quand on entend une nouvelle en nutrition, dans 99,9 % des cas, ça ne devrait pas avoir d’impact sur notre alimentation. Il faut comprendre que bien manger, ça peut être vraiment, vraiment simple. Les conseils appuyés par la science, ça reste de manger le moins transformé possible, de manger en majorité des végétaux et de boire surtout de l’eau.

Ça implique de cuisiner plus ?

Il faut qu’on remette de l’avant la cuisine. C’est absolument essentiel, à mon sens. Parce que si on laisse l’industrie cuisiner, elle n’a pas les mêmes recettes ni les mêmes ingrédients que nous et malheureusement, ça donne des produits moins intéressants pour notre santé. Souvent, on me dit que le fait d’encourager la cuisine est un argument presque sexiste. Dans un certain sens, c’est vrai qu’encore en 2018, ce sont les femmes qui cuisinent en majorité. Pour moi, c’est une aberration. Tout le monde doit mettre la main à la pâte.

N’avalez pas tout ce qu’on vous dit

Bernard Lavallée

Les Éditions La Presse

248 pages

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