C Series

Nouveau nom, grosse commande

À peine quelques heures après avoir rebaptisé les appareils A220, Airbus a remporté une victoire importante en décrochant une commande pour 60 avions anciennement connus sous le nom de C Series auprès du transporteur américain JetBlue.

JetBlue s’engage fermement à prendre possession de 60 appareils A220-300, anciennement le CS300, à compter de 2020, et a aussi pris une option sur 60 appareils additionnels. La portion ferme de la commande est évaluée à 5,4 milliards US (au prix du catalogue). Il s’agit de la deuxième commande ferme en importance pour cette gamme d’avions, derrière celle de 75 CS100 passée par Delta en 2016.

Ces derniers seraient livrables à compter de 2025. Tous ces appareils seront vraisemblablement construits dans la nouvelle chaîne d’assemblage final de Mobile, en Alabama, plutôt qu’à Mirabel.

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Nombre total d’appareils C Series commandés depuis les débuts du programme

Les nouveaux appareils seront appelés à remplacer 60 E190 d’Embraer.

« Bien que l’E190 ait joué un rôle important dans le réseau de JetBlue depuis 2005, la révision de notre flotte a déterminé que les avantages économiques de l’A220 permettraient de réduire les coûts dans les prochaines années », a expliqué JetBlue dans un communiqué.

« L’A220 a été conçu par son manufacturier précédent, Bombardier, pour accueillir de 130 à 160 passagers, fournissant des avantages économiques et de réseau comparativement à la configuration à 100 places d’Embraer. »

Embraer avait aussi participé au processus décisionnel de JetBlue, en offrant la version remotorisée E190-E2. Sa décision était considérée comme un important test pour les deux appareils rivaux.

Signe de son intérêt, JetBlue s’était rangée du côté de Bombardier dans la guerre juridique qui l’avait opposée à Boeing. 

« Nous sommes très heureux d’ajouter JetBlue à la liste de clients de notre partenariat avec Airbus, a réagi Bombardier par courriel. C’est tout un début pour notre excellent partenariat et le meilleur est à venir.  Nous avons toujours eu le meilleur avion et nous avons maintenant le meilleur partenaire pour que cet avion réalise son plein potentiel. »

changement d’appellation

Quelques heures avant l’annonce de JetBlue, et 14 ans presque jour pour jour après son dévoilement, l’appellation C Series désignant le duo d’avions dans la gamme de 100 à 150 places conçus par Bombardier avait officiellement disparu.

Comme le voulait la rumeur depuis déjà quelques mois, Airbus a officiellement rebaptisé, à peine 10 jours après en avoir officiellement pris le contrôle grâce à une participation de 50,01 %, la gamme développée au coût de plusieurs milliards de dollars par Bombardier.

Les deux modèles CS100 et CS300 s’appelleront maintenant A220-100 et A220-300. Les nouvelles désignations s’inscrivent dans la lignée du portefeuille d’Airbus. Elles démontrent notamment un certain lien avec l’appareil le plus populaire du constructeur, l’A320, lui aussi un monocouloir, mais de plus grande taille.

Plus grandes capacités

Le nom n’est par ailleurs pas le seul élément de la mise en marché de ces appareils appelé à changer sous la main d’Airbus. La capacité « typique » du plus petit des deux modèles, qui était de 108 passagers dans les brochures produites par Bombardier, est par exemple passée à 120 dans celle d’Airbus, a pu constater La Presse. Leur maximum est le même, à 135.

De même, la capacité « typique » du modèle plus grand est passée de 130 à « 130-140 » places, avec un maximum identique de 160 sièges.

Bombardier, qui demeure propriétaire d’environ le tiers des actions du programme A220, a appuyé hier, dans une déclaration officielle, le changement de nom.

« Nous soutenons pleinement ce changement de nom. C’est un signal clair pour le marché qu’Airbus a mis tout son poids derrière le programme, ce qui devrait accélérer les ventes et les efforts de réduction des coûts. »

— Bombardier

« Petit deuil »

Mehran Ebrahimi, directeur du groupe d’études en management des entreprises en aéronautique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a expliqué, au cours d’une entrevue téléphonique, que le changement d’appellation constituait une étape logique.

Toutefois, étant donné que l’avion avait été conçu pour se faire une place aux côtés des produits d’Airbus et de Boeing, il est conscient que la disparition du nom C Series peut avoir un effet psychologique au Québec.

« C’est un peu comme une famille qui voit son adolescent quitter le domicile, a expliqué M. Ebrahimi. Peut-être que l’on aurait aimé qu’il reste, mais la réalité, c’est qu’il doit s’en aller. »

De passage à Saint-Félicien, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le premier ministre Philippe Couillard a concédé que le passage de la C Series dans le giron d’Airbus était en quelque sorte un « petit deuil » pour de nombreux Québécois.

En mêlée de presse, il a toutefois rappelé que sans l’appui d’un géant comme l’avionneur européen, il n’y avait pas d’autre option pour Bombardier.

« L’alternative aurait été d’abandonner le programme. Il n’y avait pas de futur réaliste pour Bombardier de pouvoir vendre ses avions seul sur le marché international. Il fallait passer par là [avec Airbus]. »

— Philippe Couillard

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a eu une réaction similaire, tout en critiquant le choix de Québec d’investir directement dans la C Series plutôt que dans l’ensemble de Bombardier, au moment de sauver le programme.

« J’ai toujours pensé, parce que c’est un milieu que je connais bien en tant qu’ancien président d’Air Transat, que ce serait difficile pour Bombardier de compétitionner avec des avions de 120 ou 140 places contre Boeing et Airbus. L’erreur est arrivée là. »

Airbus grimpe

Coïncidence ou non, l’action d’Airbus a pris son envol hier en Bourse. À Paris, elle a terminé la journée à 103,34 euros, en hausse de 3,96 %, avant même que ne soit annoncée la commande de JetBlue.

Plus que la présentation de l’A220, c’est un rapport positif d’un analyste de Bank of America Merrill Lynch qui semble avoir convaincu les investisseurs. L’institution a placé Airbus dans son groupe de valeurs européennes les plus recommandées et a fait passer son cours cible de 120 à 137 euros.

Le grand responsable des ventes d’Airbus, Eric Schulz, s’est par ailleurs montré très optimiste hier matin par rapport aux perspectives de l’A220, disant espérer en vendre « plusieurs centaines » cette année, selon ce qu’a rapporté la publication spécialisée Air Transport World.

— Avec La Presse canadienne

Bombardier lève le voile sur une nouvelle famille d’avions commerciaux

2000 emplois en jeu

Voici le texte que La Presse a publié en 2004 lorsque Bombardier a nommé ses nouveaux appareils.

Farnborough — La nouvelle famille d’avions commerciaux de 110 à 135 sièges que Bombardier pourrait lancer l’année prochaine a maintenant un nom : CSeries.

Le manufacturier passe maintenant à l’étape des discussions sérieuses avec les gouvernements pour l’obtention d’une contribution financière pour sa mise au point.

Ce qui est en jeu, c’est le lieu d’assemblage final des membres de la petite famille, ce qui pourrait se traduire par la création de 2000 emplois.

« Le niveau d’intérêt est très élevé au Canada, au Royaume-Uni et dans des États américains, a déclaré le président et chef de la direction de Bombardier Aéronautique, Pierre Beaudoin, à l’occasion d’une conférence de presse hier au Salon aéronautique de Farnborough. Étant donné nos investissements au Canada, nous aimerions le faire au Canada, mais ce programme va susciter l’intérêt dans bien des pays. »

Compte tenu de ses usines et de ses excellents employés, le Québec a une longueur d’avance, a confié le grand patron de Bombardier Aéronautique. « Mais comme toute entreprise, nous devons tenir compte du rendement, a-t-il ajouté. Nous devons évaluer le meilleur scénario. »

Bombardier a fait parvenir aux gouvernements du Canada, du Royaume-Uni et de certains États américains des documents exposant le projet et ce qu’il peut entraîner comme retombées, notamment en matière d’emplois.

Le nouveau programme devrait nécessiter des investissements de 2 milliards de dollars américains. Bombardier entend en assumer le tiers, alors que le secteur privé et les gouvernements se partageraient le reste.

M. Beaudoin a indiqué qu’il était difficile d’évaluer le nombre d’emplois liés à l’assemblage final, le tout dépendant des gros éléments qui pourraient être sous-traités ailleurs, comme les ailes. Il a toutefois rappelé que l’usine de Mirabel, qui effectue l’assemblage final des biréacteurs régionaux CRJ700 et CRJ900, comptait 2000 employés.

« C’est un bon indicateur », a-t-il déclaré.

Le plan d’affaires que le président du programme du nouvel avion commercial, Gary Scott, proposera au conseil d’administration de Bombardier au début de 2005 devra préciser le mode de financement du projet et le lieu de l’assemblage final.

Pour obtenir l’approbation du conseil, la nouvelle gamme d’appareils devra présenter des frais d’exploitation de 15 à 20 % inférieurs aux frais d’exploitation des appareils existants ou à venir. Le moteur constituera un élément clé de cette performance.

« Un tel moteur n’existe pas encore », a indiqué M. Scott, qui a invité les grands manufacturiers de moteurs Pratt & Whitney Canada, Rolls-Royce et GE à faire des propositions.

Compte tenu du temps pour la mise au point d’un tel moteur et des appareils eux-mêmes, les avions CSeries n’entreront en service qu’en 2010.

La nouvelle famille CSeries comptera deux membres de base, soit un appareil à 110 places et une version allongée à 135 places, qui seront disponibles en version court courrier (1800 milles marins) ou transcontinental (jusqu’à 3250 milles marins).

« Le C de CSeries réfère au mot commercial, parce qu’il s’agit d’avions commerciaux et non pas d’avions régionaux, a déclaré M. Scott. Il réfère également au mot connexion, à l’expression d’une côte à l’autre, au mot compétitif, bref, à tous ces bons mots qui commencent par C. »

La conférence de presse sur la nouvelle famille de Bombardier a été très courue. Son éternel concurrent brésilien, Embraer, n’a pas fait de grande annonce hier : une commande pour deux appareils pour Luxair, la transformation de sept options en commandes fermes pour Trans States. Bombardier, par comparaison, avait annoncé une commande pour 20 appareils pour Air Nostrum à la veille du Salon de Farnborough.

Embraer a cependant plusieurs cartes dans sa manche, à commencer par la présence à Farnborough de son propre biréacteur de 100 places, l’Embraer 190, qui a fait une démonstration en vol en après-midi hier.

Le vice-président à la direction des avions civils d’Embraer, Frederico Fleury Curado, a également fait savoir hier que les discussions avaient été conclues avec Air Canada et que le transporteur canadien commanderait 45 appareils comme prévu auprès de l’avionneur brésilien.

Par comparaison, Air Canada se prépare à ne commander que 30 appareils de Bombardier, comparativement aux 45 prévus. Bombardier ne désespère cependant pas.

« Nous avons encore la volonté de revenir aux 45 du début », a déclaré le vice-président aux communications de Bombardier Aéronautique, John Paul Macdonald.

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