Bilan des Championnats du monde d’athlétisme

Les Canadiens se font remarquer

Expulsion d’un entraîneur sulfureux, gradins souvent vides, marathon féminin tenu par une température infernale : les Championnats du monde d’athlétisme de Doha n’ont pas manqué de controverses. Malgré leur date tardive, le niveau de compétition a été très relevé. Menés par Andre De Grasse, les Canadiens n’ont pas raté le rendez-vous.

De Grasse brille encore

Absent en raison d’une blessure en 2017, Andre De Grasse a sonné la charge pour le Canada en gagnant le bronze sur 100 m et l’argent sur 200 m. Aucun autre athlète n’a réussi à monter sur le podium sur les deux distances. Malgré des chronos moins scintillants que ceux de ses principaux rivaux, le Torontois de bientôt 25 ans continue de s’affirmer comme l’un des meilleurs sprinters de championnat de sa génération. Aaron Brown, qui l’avait battu sur 100 m aux sélections nationales de Montréal, a atteint les deux finales (8e au 100 m, 6e au 200 m). Petite déception au relais 4 X 100 m, où les médaillés de bronze olympiques ont raté la finale en dépit d’un excellent temps de 37,91 s, manquant la coupe par cinq millièmes.

Ahmed se révèle

Troisième du 5000 m, Mohammed Ahmed est devenu le premier Canadien de l’histoire à monter sur le podium d’une épreuve de distance. L’Ontarien de 28 ans s’est battu comme un chien pour y parvenir, surmontant plusieurs accrochages, dont une chute quasi certaine alors qu’il menait la course avec un tour à faire. Quatrième au dernier virage, le Somalien d’origine a repris la jeune sensation norvégienne Jakob Ingebrigtsen, son tortionnaire un peu plus tôt, avant de sprinter jusqu’à la ligne. Au 10 000 m, Ahmed a fini sixième dans un temps de 26 min 59,35 s, améliorant son record national.

De bon augure

Troisième du décathlon, Damian Warner était le médaillé canadien le plus déçu au Qatar. Le natif de London menait le concours après le retrait sur blessure du détenteur du record mondial, le Français Kevin Mayer, avec trois épreuves à faire. Épuisé, Warner a fléchi au 1500 m final, glissant de l’argent vers le bronze. Blanchi à Londres en 2017, le Canada a retrouvé son élan avec cinq podiums, un ton en dessous des Jeux de Rio (six médailles) et des Mondiaux de Pékin en 2015 (sommet de huit médailles). Au total, les athlètes canadiens ont enregistré 15 résultats parmi les huit meilleurs, un sommet historique, pour figurer au neuvième rang du classement des nations, comme en 2015.

La course des Championnats

Qui a dit que ces Mondiaux tenus tardivement, pour éviter la chaleur, plomberaient les performances ? Certainement pas les demi-fondeuses. Le 1500 m a donné lieu à une course historique, les neuf premières passant sous les quatre minutes. La Canadienne Gabriela DeBues-Stafford (6e) a fait partie du lot, améliorant son record national de près de quatre secondes en 3 min 56,12 s. La Néerlandaise Sifan Hassan a tiré tout le monde vers le haut grâce à un record de championnat de 3 min 51,95 s, plus de 6 secondes de mieux (!) que l’ancienne marque. Déjà victorieuse au 10 000 m, l’ex-réfugiée éthiopienne a défendu la probité de son entraîneur américain Alberto Salazar, suspendu quatre ans et expulsé des Mondiaux pour « incitation à une pratique dopante ».

Le concours des Championnats

Le lancer du poids masculin a cassé la baraque. « De la folie », a décrit sur Twitetr le Canadien Evan Dunfee, sur place pour en témoigner à la suite de sa médaille de bronze au 50 km marche. « Il fallait suivre ça du début à la fin. Absolument incroyable. Le genre de spectacle qui vendrait 5000 billets à lui seul. » Les trois médaillés ont produit trois des sept jets les plus longs de l’histoire… avec un seul centimètre les séparant. Le tenant du titre, le Néo-Zélandais Thomas Walsh, a parti ça en grand avec un lancer de 22,90 m, le plus long en 29 ans, ce qui lui permettait de devancer provisoirement l’Américain Ryan Crouser, auteur d’un record de championnat quelques minutes plus tôt (22,36 m). L’Américain Joe Kovacs a cependant fait mieux grâce à un effort final de 22,91 m. À cette dernière ronde, Crouser a égalé Walsh et hérité de l’argent en vertu de sa deuxième marque. Le Canadien Tim Nedow a fini neuvième (20,85 m).

Deux records mondiaux

Deux records mondiaux sont tombés à Doha, théâtre également d’une douzaine de meilleures performances de l’année. Au 400 m haies féminin, l’Américaine Dalilah Muhammad a résisté au retour de sa jeune compatriote Sydney McLaughlin pour faire passer sa propre marque à 52,16 s. Âgée de 20 ans, cette dernière a dû se contenter de l’argent malgré le troisième chrono de l’histoire (52,23 s). Par ailleurs, les Américains ont amélioré la référence au relais mixte 4 X 400 m, présenté pour la première fois aux Mondiaux. Le Canada, avec la Québécoise Aiyanna Stiverne, a raté la finale (10e). La Montréalaise Katherine Surin n’a pas été retenue, ni pour le 4 X 400 m, disqualifié après avoir franchi le fil cinquième.

La revanche des berceaux

Les mères de famille ont brillé à Doha. À commencer par Allyson Felix, qui a décroché son 13e titre mondial en s’alignant pour les séries du relais 4 X 400 m. L’Américaine de 33 ans a accouché d’une fille il y a 10 mois après une grossesse compliquée et une césarienne d’urgence. Sacrée également au 4 X 400 m mixte, elle surpasse Usain Bolt et ses 11 médailles d’or. La Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce a pu faire un tour d’honneur avec son garçon de 2 ans après sa quatrième victoire au 100 m dans un temps de 10,71 s. Gagnante du 100 m haies, l’Américaine Nia Ali a fêté avec ses deux petits, dont Yuri, 15 mois, qu’elle a eu avec Andre De Grasse. De quoi inspirer la Canadienne Melissa Bishop-Nriagu, médaillée d’argent au 800 m en 2015 et nouvelle maman depuis un an.

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