Longueuil

Un refuge pour sans-abri risque de fermer

L’un des rares refuges pour personnes en situation d’itinérance sur la Rive-Sud, mis sur pied dans l’urgence de la pandémie, risque de fermer en novembre, faute de financement.

« Ça serait fou de fermer les portes avant les grands froids. Ça n’a ni queue ni tête, mais on est face à cette réalité-là », constate avec désarroi Elie Maltais, intervenante sociale et coordonnatrice à la Halte du coin.

En août dernier, trois organismes de l’agglomération de Longueuil, le Repas du Passant, le Macadam Sud et La Casa Bernard-Hubert, se sont concertés pour la création de la Halte du coin, refuge d’hébergement d’urgence en contexte de pandémie.

« Moins de 48 heures après l’ouverture, on était déjà plein », raconte Mme Maltais. Depuis trois mois, le refuge accueille chaque nuit entre 16 et 19 personnes.

Tous les jours, ce sont une cinquantaine de personnes qui profitent de ses services alimentaires et sanitaires.

Or, la Halte du coin peine à ramasser les fonds nécessaires pour survivre à l’hiver et craint une fermeture imminente. « Si ça ferme, tous ces gens-là, ils vont se retrouver dans le banc de neige », craint Mme Maltais.

L’intervenante sociale à la Halte du coin soutient que la pandémie a mis en lumière un besoin déjà préoccupant sur la Rive-Sud en matière d’itinérance. « C’est un trou de service qui date depuis des années ici », affirme-t-elle.

Avant la Halte du coin, l’Abri de la Rive-Sud était le seul service de première ligne offert aux personnes en situation d’itinérance dans la banlieue. À la différence des autres ressources offertes en Montérégie, ces refuges acceptent presque tout le monde, à toute heure de la journée ou de la nuit.

C’est dans ce contexte que Michel Duchesne a atterri devant les portes de la Halte du coin. Travailleur autonome dans la rénovation, il a vu ses contrats baisser tranquillement à cause de la COVID-19. Un matin, il s’est retrouvé dans l’incapacité de payer son loyer.

« J’ai pris le moins de stock possible, pis j’ai décollé. Je me suis ramassé ici comme un cheveu sur la soupe ! », raconte-t-il avec un certain humour.

M. Duchesne a dormi trois nuits à la Halte. Il est aujourd’hui hébergé dans un autre centre, mais y revient pour les repas.

« Ici, on peut manger, on peut dormir. Les intervenantes sont incroyables. C’est une zone de trêve », explique l’homme au regard vif.

En plein cœur de la pandémie, Dominique Massy-Thibault s’est elle aussi retrouvée sans domicile.

« Je trouvais ça dur. J’avais peur de tomber malade avec tous les gens autour de moi dans la rue », se souvient-elle. Elle s’est tournée vers la Halte, avant de se trouver un logement, pas très loin de là.

« Ça m’a touchée qu’il existe des gens qui aident du monde comme moi. Ça m’a donné le goût de faire leur métier », confie Mme Massy-Thibault.

« Passer de la parole aux actes »

Depuis sa création, la Halte du coin a amassé plus de 520 000 $ de différentes sources, dont la Croix-Rouge et Centraide. Or, il lui manque 800 000 $ pour poursuivre ses activités jusqu’en mars 2021, selon Nicholas Gildersleeve, directeur général de La Casa Bernard-Hubert.

M. Gildersleeve souligne la bonne collaboration du CISSS de la Montérégie-Centre, mais craint que la subvention promise ne se matérialise pas. « En fin de compte, je n’en ai pas de financement, aujourd’hui. […] On veut passer de la parole aux actes », affirme-t-il.

Même son de cloche du côté de la députée indépendante Catherine Fournier, qui a elle-même mis de la pression sur le ministère de la Santé et des Services sociaux. « Les réponses tardent, et il y a énormément d’incertitude dans cette communauté », explique la députée de Marie-Victorin, où se trouve la Halte du coin.

Joint par La Presse, le cabinet du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, assure que « cet organisme est très important pour Longueuil » et qu’il « demeurera ouvert ». Jusqu’à présent, le Ministère a accordé une somme de 10 000 $ à la Halte du coin.

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