météo

L'hiver en avril

Pannes d'électricité majeures, sorties de route, écoles fermées : l'hiver s'entête et a continué d'embêter des centaines de milliers de Québécois, hier.

Deuxième nuit sans électricité

Le sud du Québec a passé une deuxième journée sous la glace et la neige, hier, alors que des dizaines de milliers d’abonnés sont toujours privés d’électricité. Tour d’horizon.

Difficile pour les équipes d’Hydro

Un peu moins de 140 000 abonnés d’Hydro-Québec étaient toujours privés d’électricité au moment de publier. La grande majorité d’entre eux ne devaient pas être rebranchés avant ce matin, a prévenu la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. « Sur le terrain, on nous dit qu’il y a de forts vents et que la météo n’est pas clémente pour [les] travaux », a-t-elle expliqué. Le premier ministre François Legault a assuré que la société d’État était adéquatement préparée pour affronter les précipitations des derniers jours. Il a lancé un message aux Québécois qui risquaient de passer une deuxième nuit sans électricité. « Je veux demander à tout le monde d’être prudents, surtout les familles qui ont de jeunes enfants, les personnes plus âgées », a-t-il dit.

La couronne nord paralysée

C’est la couronne nord de Montréal qui a été la région la plus touchée par les pannes, alors que la quasi-totalité des interruptions de courant de la province sont concentrées dans Lanaudière, dans les Laurentides et à Laval. Sur le terrain, pas moins de 200 équipes d’Hydro-Québec étaient à pied d’œuvre hier pour réparer le réseau électrique dans 600 secteurs stratégiques. Et des équipes de l’extérieur des zones touchées ont été appelées en renfort. Dans les régions touchées, des centres communautaires de « réchauffement » ont été ouverts aux citoyens.

Un autocar renversé à Saint-Hyacinthe

Un autocar transportant une cinquantaine de personnes s’est renversé à Saint-Hyacinthe, hier midi, alors que la visibilité réduite rendait les conditions routières difficiles. Selon la Sûreté du Québec, environ six ou sept personnes ont subi des blessures mineures. L’autocar circulait rue de l’Église, dans un secteur agricole, lorsque le chauffeur en a perdu la maîtrise. Le véhicule s’est retrouvé sur le côté et les occupants ont dû en sortir, certains avec l’aide des secouristes. La police devait interroger le chauffeur pour comprendre ce qui s’est passé. Des dizaines de sorties de route ont également perturbé la circulation sur le réseau routier entre Montréal et Québec en fin de journée, mais on ne déplorait aucun blessé grave hier soir.

Quatre intoxications après l’utilisation d’un barbecue à l’intérieur

L’usage d’un barbecue à l’intérieur d’une résidence de Laval aurait pu coûter la vie à quatre personnes en raison des émanations toxiques de l’appareil. À l’arrivée des secours dans la maison du quartier Vimont, un enfant a été trouvé inconscient alors que les trois autres occupants des lieux souffraient de maux de tête. Les pompiers ont constaté que l’air de la maison présentait un taux élevé de monoxyde de carbone. Les quatre personnes, deux adultes et deux enfants de 11 et 13 ans, ont été transportées dans un centre hospitalier, mais on ne craint pas pour leur vie.

Des écoles ouvertes… puis fermées !

Toutes les écoles de la commission scolaire des Patriotes, en Montérégie, devaient être ouvertes hier. Or, une heure après le début des classes, les parents dont les enfants fréquentent les écoles primaires L’Odyssée, à Saint-Amable, et Saint-Denis, à Saint-Denis-sur-Richelieu, ont reçu un appel leur demandant de venir chercher leurs enfants. Faute d’électricité, ces écoles devaient finalement fermer. La commission scolaire s’est défendue d’avoir gardé ces deux écoles ouvertes malgré une panne qui perdurait. « Fermer les écoles et suspendre les cours, c’est en dernier recours », a assuré une porte-parole. Des centaines de parents de Montréal, de Laval, de Lanaudière et des Laurentides ont également dû trouver un plan B pour leurs enfants. Par ailleurs, toutes les écoles primaires et secondaires de la Commission scolaire de Laval seront encore fermées aujourd’hui.

Un peu de répit

Les résidants de Montréal, de la Rive-Sud et de la couronne nord auront enfin un peu de répit côté météo. Le soleil devrait réapparaître aujourd’hui et rester jusqu’à demain, alors que le mercure demeurera quelques degrés au-dessus de zéro. D’autres averses sont prévues vendredi, mais avec des températures bien au-dessus du point de congélation.

Déjà des pertes alimentaires

Les effets de dizaines d’heures sans électricité se font déjà bien sentir sur les aliments dans les réfrigérateurs et congélateurs. Mathieu Bonneau, propriétaire du restaurant Le coup monté, à Repentigny, l’a appris à ses dépens. Il affirme avoir déjà perdu plus de 500 $ en poisson, viande et autres pousses nécessaires à l’élaboration des assiettes. « En restauration, la règle d’or dans une panne, c’est : on ne touche pas aux frigos », explique-t-il, puisque les portes scellées peuvent conserver la fraîcheur quelques heures. « Mais quand on est arrivés [hier] matin, c’était rendu à 12 degrés. Il a fallu tout vider. Heureusement, on est en début de semaine, on n’avait pas autant de stock que si on avait été un vendredi », ajoute M. Bonneau. Celui-ci possède un autre restaurant à L’Assomption, qui est aussi privé d’électricité, mais à cet endroit, une fermière voisine lui a gentiment ouvert ses frigos pour sauver une partie des réserves. Le gouvernement du Québec a d’ailleurs publié lundi un guide à l’attention des citoyens afin de bien évaluer la fraîcheur des aliments dans un réfrigérateur sans électricité.

— Sara Champagne, Martin Croteau, Vincent Larouche, Simon-Olivier Lorange et Marie-Eve Morasse, La Presse, avec La Presse canadienne

Des voisins solidaires dans l'adversité

Après quelques heures d’intense pluie verglaçante, lundi, des dizaines de milliers de foyers de Laval et de la couronne nord de Montréal viennent de passer une deuxième nuit sans électricité, sans chauffage, sans nourriture ou encore avec le sous-sol inondé. Mais heureusement, l’entraide entre voisins aura changé la donne pour plusieurs d’entre eux.

Mariam Sleiman et son conjoint déchargent la voiture. Ils reviennent de la station-service. « On a fait la queue au moins une heure et pour la nourriture, les épiceries ont été dévalisées. »

Ces habitants de Laval font partie de ceux qui s’éclairent aux chandelles et se chauffent au bois depuis lundi. Mais aujourd’hui, il leur manque de réserves : « À cette période de l’année, il ne nous reste presque plus de bois, alors on a trouvé quelques allume-feu en supermarché en attendant que l’électricité revienne. »

Tout près, toujours à Laval, se trouve la maison de Denis Chartin, qui a eu beaucoup de chance. Hier, vers 5 h, lorsque l’électricité est revenue, il s’est aperçu qu’une branche d’arbre était tombée sur les fils électriques alimentant sa maison.

Rapidement, une équipe d’Hydro-Québec est venue les couper alors que les premières odeurs de brûlé se faisaient sentir : « La maison aurait pu prendre feu, mais les gars d’Hydro-Québec ont vraiment fait du bon travail. »

Depuis, il s’est branché sur la maison de ses voisins en attendant qu’un électricien passe en fin de semaine.

« Entre voisins, c’est normal »

L’entraide, c’est ce qui ressort le plus de ces quelques jours sans électricité. À Mascouche, Sandra Labrecque et son fils Samuel Leblanc sont équipés d’une génératrice et d’un poêle leur permettant de garder la maison chaude. Mais ce n’est pas le cas de leur voisine de 75 ans. Alors ils ont décidé de l’aider en lui permettant de se brancher sur leur électricité : « Cela fait des années qu’elle a des problèmes de pompe, alors entre voisins, c’est normal de l’aider, elle est toute seule. »

En effet, plusieurs riverains se sont retrouvés avec le sous-sol inondé, faute d’avoir une génératrice pour faire fonctionner leur pompe submersible pour évacuer l’eau.

Pour aider les plus démunis, la Ville de Mascouche a mis en place dans la journée d’hier un refuge au pavillon du Grand-Coteau. Sur place, chauffage, café et prises électriques sont à la disposition des sinistrés.

Marie-Eve Dupéré et sa fille Alyssia sont arrivées en début d’après-midi : « Je n’ai aucun moyen de chauffer ma maison, la température est vraiment descendue, ce n’était plus possible [d’y rester]. » Mais il n’y a aucune nourriture : « Tout est fermé aux alentours, les restaurants aussi, et ma fille a faim, il faut vite que la situation redevienne normale. »

En fin de journée, Marie-Ève a été informée par sa voisine que le courant était de retour : « J’ai hâte de rentrer chez moi. Une fois sous les couvertures, on sera très bien. »

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