Navigation privée

Demande d’action collective contre les « fausses représentations » de Google

La navigation privée, offerte par tous les fureteurs web et qui promet la confidentialité aux utilisateurs, serait-elle une vaste tromperie ? C’est du moins ce qu’allègue un internaute québécois, Louis-Alexandre Leclaire, qui réclame des dizaines de millions au géant des moteurs de recherche Google. Au banc des accusés, plus particulièrement : la récolte d’informations à des fins publicitaires effectuée même si on est en mode « navigation privée ». Explications.

« Quelques milliers » de Québécois

Dans une demande d’action collective déposée le 23 juin dernier au palais de justice de Montréal, M. Leclaire estime que tous les internautes québécois ayant recouru à la navigation privée devraient avoir droit au remboursement de la valeur publicitaire des informations recueillies pendant l’utilisation de ce mode. Il ignore leur nombre exact, mais estime qu’il s’agit de « plusieurs milliers de personnes », peut-on lire dans la requête.

Il s’agit de toute évidence d’un minimum : selon un sondage commandé par DuckDuckGo, un concurrent de Google, 46 % des Américains ont recouru à la navigation privée au moins une fois. Plus de 29 millions de sites web dans le monde utilisent un service appelé Google Analytics, au cœur de cette requête. Le demandeur québécois souhaite en outre que Google soit condamnée à 50 millions pour dommages punitifs.

« Privée », mais pas secrète

La navigation privée est une possibilité offerte sous des noms légèrement différents par tous les fureteurs web, notamment Safari, Edge, Firefox et Chrome. Elle promet essentiellement, comme l’annonce Google, de « parcourir le web en toute confidentialité » et, plus précisément, d’effacer après la session l’historique, les témoins, les informations inscrites dans des formulaires et les permissions accordées à des sites. La plupart des professionnels en cybersécurité recommandent son utilisation, conjuguée à une panoplie d’autres mesures.

Mais l’internaute laisse tout de même des traces : les sites visités conservent certaines informations, notamment la localisation et l’adresse IP, et les fournisseurs internet, les gestionnaires de réseau, l’employeur ou la commission scolaire gardent dans leurs propres registres les historiques de navigation. Ces nuances, bien que peu connues du commun des mortels, ne sont pas une surprise pour les experts et sont même écrites noir sur blanc sur le site de Google.

Publicité gourmande

Ce que la demande d’action collective déposée par M. Leclaire plaide, c’est plutôt la façon détournée qu’aurait Google de récolter et de conserver de l’information à des fins publicitaires, même en navigation privée. La mécanique est complexe et implique des services qui ont permis à l’entreprise américaine de devenir l’acteur dominant en matière de publicité en ligne : Google Analytics, Google Ad Manager et l’utilisation de boutons « Sign in with Google ». En résumé, Google recueille des renseignements sur tout internaute visitant un site utilisant un de ces outils et les combine pour dresser un profil publicitaire, peut-on lire dans la requête.

« C’est ainsi qu’après avoir magasiné un vol pour une destination vacances, un utilisateur du web est susceptible d’être exposé à de la publicité pour une chambre d’hôtel en bord de mer », explique-t-on. En 2019, les revenus publicitaires d’Alphabet, société mère de Google, se sont établis à 134,8 milliards US.

Un identifiant persistant

Qu’arrive-t-il quand un site utilisant un des outils publicitaires de Google est visité par un internaute en mode privé ? Celui-ci est étiqueté par un identifiant unique qui permet théoriquement de le suivre tout au long de sa navigation.

Cet identifiant existe indépendamment de l’internaute, et n’est pas effacé à la fin de la session. La requête, en passant, note que le fureteur Firefox permet de bloquer ce processus, mais pas Chrome.

La demande d’action collective, représentée par le cabinet montréalais Belleau Lapointe et qui n’a pas encore été autorisée, accuse Google d’avoir manqué à ses obligations légales en assurant « faussement » que la navigation privée permettait de préserver la confidentialité des données. Le demandeur, qui se présente comme « chercheur et ingénieur », a présenté en preuve plusieurs captures d’écran prouvant que les outils publicitaires de Google avaient été activés même s’il visitait des sites en navigation privée.

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