Dernier débat des chefs

Le Québec courtisé

Les chefs ont fait la cour aux électeurs québécois lors du dernier débat de la campagne électorale. Vers qui le cœur de la Belle Province penchera-t-il ?

débat des chefs

Mains tendues vers le Québec

Ottawa — Justin Trudeau a semblé infléchir sa position sur l’intention du gouvernement Legault d’imposer un test aux nouveaux arrivants lors de l’ultime affrontement des chefs fédéraux hier, en français, et a profité de la plateforme pour exhorter les Québécois à se donner un gouvernement libéral « fort ».

À moins de deux semaines du jour J, alors que les libéraux commencent à s’inquiéter de la progression des bloquistes dans les sondages, le premier ministre sortant a cherché à se rapprocher du gouvernement québécois, auquel se colle le Bloc québécois, pendant cette dernière joute oratoire, disputée au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau.

« Le Québec a beaucoup de pouvoirs en matière d’immigration, plus que toute autre province, et c’est une bonne chose à cause de l’identité québécoise et de la protection de la langue », a-t-il affirmé sur le plateau du débat animé par Patrice Roy.

« Et d’ailleurs, s’ils veulent appliquer un test lors du certificat de sélection, c’est tout à fait correct, et c’est approprié qu’ils le fassent », a enchaîné le chef libéral, sans préciser s’il faisait référence à une épreuve de maîtrise de la langue ou encore à un test de valeurs.

À l’issue de l’exercice, en mêlée de presse, il n’a pas davantage voulu ouvrir son jeu. « Il faudrait voir les questions pour voir comment je me sens par rapport à ça », a-t-il répondu lorsqu’on lui a demandé s’il était favorable à l’imposition d’un test de valeurs.

Pendant le débat, le premier ministre sortant avait fait allusion à l’importance des sièges du Québec, rappelant que les 40 décrochés par ses troupes en 2015 avaient contribué à mettre fin à la décennie du règne de Stephen Harper au gouvernement fédéral.

« Et maintenant que le Bloc veut reprendre une place et vouer les Québécois encore une fois à l’opposition, les Québécois doivent réfléchir très, très clairement. »

— Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

Car « il faut avoir un gouvernement fort plein de Québécois, plein de francophones qui vont pouvoir continuer de tenir tête à ces conservateurs qui ne veulent rien faire », a lancé Justin Trudeau.

L’épouvantail de la souveraineté

Mais le chef libéral n’était visiblement pas le seul à courtiser les électeurs québécois. Le chef conservateur Andrew Scheer, dont les troupes sont en recul au Québec, selon les derniers sondages, a piqué à plusieurs reprises Yves-François Blanchet, brandissant notamment l’épouvantail de la souveraineté.

« Vous aimez prétendre que vous êtes le meilleur ami de François Legault. Soyez honnête, après l’élection, vous allez travailler plus pour la souveraineté », a servi M. Scheer au chef bloquiste lors d’un échange à trois au sujet de l’immigration. La critique a mis le feu aux poudres, donnant lieu à un débat totalement inintelligible pendant de longues secondes. « On coupe les micros », a lancé l’animateur Patrice Roy.

Alors qu’il ne restait que quelques minutes à la joute oratoire, les deux leaders ont encore une fois eu maille à partir au sujet de la Loi sur la laïcité de l’État – dont il a été question pour la première fois après plus d’une heure trente de débat. Tandis que M. Blanchet réclamait du chef du Nouveau Parti démocratique plus de clarté sur sa position, Andrew Scheer s’en est pris au chef du Bloc québécois.

« C’est clair que la priorité de M. Blanchet, c’est de réanimer le mouvement souverainiste. »

— Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

« Il va travailler avec le Parti québécois, au lendemain de l’élection, pour relancer le débat vers un autre référendum. Ça, c’est sa priorité, c’est clair », a-t-il martelé.

« [M. Trudeau] n’a pas le monopole sur les affaires bizarres parce que vous venez d’en dire une pas mal vous aussi », a répliqué M. Blanchet. « Vous êtes en train de dire que le gouvernement Legault se fait l’instrument d’une tactique bloquiste qui va faire avancer le Bloc, et le lendemain le Bloc va aller travailler contre le gouvernement Legault », a-t-il asséné. « Le 21 octobre, c’est une élection fédérale, ce n’est pas un référendum. »

RETOUR À L’ÉQUILIBRE BUDGÉTAIRE

À la veille du dépôt de sa plateforme électorale, qu’il présentera en Colombie-Britannique, M. Scheer a redit son intention de revenir à l’équilibre budgétaire dans un horizon de cinq ans.

Il a assuré que cela ne se ferait pas en empruntant la voie de l’austérité. « On va éliminer 1,5 milliard de dollars pour les subventions aux corporations et on va couper l’aide étrangère de 25 %. On va garder cet argent ici, chez nous », a-t-il dit.

On a par ailleurs appris de la bouche du chef conservateur qu’il n’avait pas l’intention de repousser l’âge de la retraite de 65 à 67 ans comme l’avait fait Stephen Harper, pas plus qu’il n’envisage d’abolir le formulaire long du recensement.

PRIORITÉ : ENVIRONNEMENT

L’environnement, qui a été le tout premier thème abordé lors du débat, a donné lieu aux habituels reproches entourant la décision du gouvernement libéral de se porter acquéreur de l’oléoduc Trans Mountain au coût de 4,5 milliards. D’ailleurs, le débat d’hier était nettement plus intelligible que celui de lundi dernier.

Le chef du Parti populaire, Maxime Bernier, a profité de ce segment pour tenter de se distinguer de son rival conservateur, qu’il a accusé de ne pas avoir le courage d’« utiliser la Constitution » pour imposer un pipeline aux provinces. « Maxime, tu ne vas rien imposer. Tu ne vas même pas gagner en Beauce », lui a répondu M. Scheer.

La période des débats étant terminée, les chefs fédéraux entament maintenant la dernière ligne droite de cette campagne électorale qui culminera le 21 octobre prochain. Le vote par anticipation débute par ailleurs aujourd’hui.

« POINT FINAL » SUR L’AVORTEMENT

Alors que sa position sur l’avortement l’a pourchassé pendant la presque totalité de la campagne, le chef conservateur Andrew Scheer espère l’avoir clarifiée une fois pour toutes hier. Interpellé sur la question, il a voulu se faire limpide : « J’ai toujours été clair. Je suis personnellement pro-vie, mais […] un gouvernement conservateur ne va pas changer, sous mon leadership, la loi [sur l’avortement], point final », a-t-il affirmé.

OUI AUX HYDROCARBURES DU QUÉBEC ?

Le chef bloquiste a été appelé à préciser sa position sur le projet controversé de GNL Québec, qui prévoit la construction d’un gazoduc qui amènerait le gaz naturel de l’Ouest canadien vers une usine de liquéfaction au Saguenay. « Vous êtes contre les pipelines, mais vous ne dénoncez toujours pas le projet de GNL Québec », lui a dit la journaliste invitée, Hélène Buzzetti. « J’ai été assez clair sur le fait que je pense que les hydrocarbures et les énergies fossiles sont les énergies du passé […], mais comme ancien ministre de l’Environnement [dans le gouvernement de Pauline Marois, de 2012 à 2014], j’attends le rapport du BAPE », a-t-il expliqué, rappelant « en toute cohérence » qu’il avait l’intention de déposer un projet de loi pour que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) ait préséance sur les autorités environnementales fédérales.

INTERRUPTION DES HOSTILITÉS

Une question relative à l’aide médicale à mourir, formulée par Lise Pigeon, une citoyenne de Montréal atteinte de sclérose en plaques et d’arthrite rhumatoïde, a fait place à une rare interruption des hostilités lorsqu’elle a demandé aux chefs politiques s’ils allaient s’engager à ne pas contester la décision de la juge Christine Baudouin de la Cour supérieure, rendue le 11 septembre dernier. Saluant le courage de la citoyenne, tous les chefs fédéraux ont promis d’alléger les critères d’admissibilité à l’aide médicale à mourir. Mme Pigeon a ensuite été chaleureusement applaudie par la foule réunie au Musée canadien de l’histoire.

SNC-LAVALIN EN BREF

Lors d’une série de questions en rafale, l’animateur Patrice Roy a demandé à tous les chefs s’ils souhaitaient un accord de réparation avec SNC-Lavalin. Maxime Bernier, Elizabeth May et Jagmeet Singh ont été unanimes sur le fait qu’aucune entreprise n’est au-dessus des lois. « Pour une seule fois de ma vie, je suis d’accord avec M. Bernier », a lancé à la blague le chef néo-démocrate. Le chef bloquiste a accusé ses trois collègues de « jouer le Québec corrompu » en ne reconnaissant pas que les 3000 employés de SNC-Lavalin « n’ont rien fait de pas correct » et qu’en raison de « l’incurie » des partis fédéraux, « c’est un autre fleuron qui va tomber » au Québec. Andrew Scheer a saisi la balle au bond, affirmant que le « fleuron » du Canada, c’est son système judiciaire, et qu’il faut le protéger de toute ingérence. Justin Trudeau a rappelé que « tous les pays alliés » du Canada offrent ce genre d’accord pour « protéger les travailleurs » de la malfaisance des hauts dirigeants.

Début du vote par anticipation

Le vote par anticipation commence aujourd’hui, de 9 h à 21 h. Il se poursuit aux mêmes heures demain, dimanche et lundi. Les électeurs sont appelés à se rendre à un bureau de vote précis pour leur circonscription, dont l’adresse est indiquée sur la carte de l’électeur. L’information se trouve également sur le site d’Élections Canada. Le vote par anticipation ayant été particulièrement populaire lors des dernières élections, les bureaux de vote seront ouverts en plus grand nombre et plus longtemps cette année, a précisé le directeur général des élections dans un communiqué.

— Janie Gosselin, La Presse

Gabarit - Lorem ipsum dit

Lorem ipsum dolor sit amet, consetetur sadipscing elitr, sed diam nonumy eirmod tempor invidunt ut labore et dolore magna aliquyam erat, sed diam voluptua. At vero eos et accusam et justo duo dolores et ea rebum. Stet clita kasd gubergren, no sea takimata sanctus est Lorem ipsum dolor sit amet. Lorem ipsum dolor sit amet, consetetur sadipscing elitr, sed diam nonumy eirmod tempor invidunt ut labore et dolore magna aliquyam erat, sed diam voluptua. At vero eos et accusam et justo duo dolores et ea rebum. Stet clita kasd gubergren, no sea takimata sanctus est Lorem ipsum dolor sit amet. Lorem ipsum dolor sit amet, consetetur sadipscing elitr, sed diam nonumy eirmod tempor invidunt ut labore et dolore magna aliquyam erat, sed diam voluptua. At vero eos et accusam et justo duo dolores et ea rebum. Stet clita kasd gubergren, no sea takimata sanct.

Les faits saillants en vidéo

Comment osez-vous ?

Il fallait s’en douter, l’environnement a été le thème où Elizabeth May était le plus à l’aise. Et elle s’est même inspirée de Greta Thunberg pour passer son message. 

Messieurs pipelines

Jagmeet Singh a promis de ne pas imposer de pipeline au Québec, en se moquant un peu de ses adversaires. Andrew Scheer a saisi la balle au bond pour ensuite se moquer de Maxime Bernier. 

Point final !

Visiblement, le chef conservateur Andrew Scheer a semblé en avoir assez d’expliquer sa position sur l’avortement. 

« Je ne renie pas la science »

De son côté, le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a encore eu à défendre ses positions sur le réchauffement climatique. Et il en a profité pour écorcher Elizabeth May au passage. 

Trudeau explique ses contradictions en environnement

Attaqué depuis le début de la campagne sur sa décision d’acheter l’oléoduc Trans Mountain, le premier ministre sortant Justin Trudeau a de nouveau été contraint à expliquer comment cette décision allait favoriser des investissements dans des énergies vertes. 

La laïcité… encore

Elle a été votée par le Parlement québécois, mais est au centre de tous les débats. Les chefs des différents partis contesteront-ils devant les tribunaux la Loi québécoise sur la laïcité de l’État ? Ils ont dû répondre à cette question. 

Ni pour ni contre le 3e lien

Le Bloc québécois fait de l’environnement un élément central de sa campagne, mais Yves-François Blanchet n’est pas contre le 3e lien, à Québec. Ni pour, a-t-il tenu à spécifier. Il explique pourquoi. 

Blanchet et Singh continuent de secouer le pommier libéral

OTTAWA — À quelques heures du dernier débat des chefs de la campagne, hier soir, des stratèges libéraux s’employaient déjà à lancer un premier appel à l’union des forces dites progressistes pour éviter l’élection d’un gouvernement minoritaire conservateur dirigé par Andrew Scheer.

« Les progressistes qui se font encourager à “voter pour un gouvernement minoritaire” devraient savoir qu’ils pourraient en avoir un : un gouvernement minoritaire Scheer soutenu par le Bloc », a écrit Gerald Butts, l’ancien secrétaire principal de Justin Trudeau, qui a repris du service afin de diriger les efforts libéraux durant la campagne électorale, sur son compte Twitter dans la journée.

Alors que les plus récents sondages indiquent que les appuis au NPD et au Bloc québécois sont en hausse, et qu’un tel mouvement met en péril l’obtention d’un second mandat libéral majoritaire au scrutin du 21 octobre, ce cri du cœur risque d’être rapidement repris par le chef libéral lui-même, au moment où tous les partis politiques s’apprêtent à entamer leur dernier tour de piste électoral avant que les électeurs ne rendent leur verdict.

Depuis des mois, les libéraux comptent sur la chute des appuis du NPD pour lui arracher de précieux sièges, notamment au Québec, afin de compenser les pertes qu’ils anticipent dans les provinces atlantiques et dans les provinces de l’Ouest.

Mais en faisant ces savants calculs, les stratèges libéraux n’avaient pas prévu la campagne efficace que mènent actuellement le NPD et son chef, et ils n’avaient surtout pas prévu une renaissance du Bloc québécois.

À la lumière des échanges d’hier soir entre Justin Trudeau, le conservateur Andrew Scheer, le néo-démocrate Jagmeet Singh, le bloquiste Yves-François Blanchet, le chef du Parti populaire du Canada Maxime Bernier et la leader du Parti vert Elizabeth May, les électeurs de la mouvance progressiste risquent de faire fi de ce cri du cœur libéral.

S’il avait bien fait au Face-à-Face à TVA, la semaine dernière, s’il avait également réussi à tirer son épingle du jeu lors du seul débat en anglais auquel il avait voulu participer lundi soir, M. Trudeau n’a guère réussi à répéter l’exploit durant le débat animé avec brio par l’animateur Patrice Roy et son équipe de quatre journalistes. La baisse de régime survient à un bien mauvais moment, alors que le vote par anticipation commence aujourd’hui, et que bon nombre de Canadiens passeront le long week-end de l’Action de grâce en famille à soupeser leurs options.

Comme il l’a fait avec efficacité durant les autres joutes oratoires, Jagmeet Singh a constamment profité de son temps de parole pour secouer le pommier du Parti libéral afin de s’assurer que les fruits progressistes qui s’en détachent tombent dans son panier.

À maintes reprises, M. Singh a mis en relief le bilan du chef libéral qui a soulevé l’ire des tenants de la gauche, notamment l’achat d’un oléoduc au coût de 4,5 milliards, et le maintien des subventions à l’industrie des énergies fossiles, alors que les libéraux avaient promis d’y mettre fin.

« Justin Trudeau est un grand parleur, et un petit faiseur », a laissé tomber M. Singh, qui a semblé avoir uniquement le chef libéral dans sa mire presque toute la soirée. « Avec M. Trudeau, on voit encore qu’il va flasher à gauche pendant la campagne. Il dit toutes les bonnes choses, mais il va tourner à droite pendant qu’il est au gouvernement. Il n’a pas arrêté de vendre des armes à l’Arabie saoudite, par exemple, parce qu’il n’a pas le courage de le faire », a-t-il aussi affirmé.

M. Singh n’a pas ménagé non plus le chef bloquiste. « M. Blanchet a dit que voter pour le Bloc, c’est voter pour le Québec. Cela m’achale un peu parce que oui, le Bloc c’est vous, mais le Québec c’est aussi une diversité d’opinions. […] Vous n’avez pas un monopole sur le Québec. »

Prenant la balle au bond, Justin Trudeau a ajouté : « J’allais justement dire la même chose. Je suis fier Québécois. Je suis fédéraliste et je suis fier Canadien. Ce qu’on a vu en 2015, c’est que les Québécois ont choisi de faire partie d’un gouvernement, et c’est cela qui a mis fin à 10 ans de M. Harper. […] Le Bloc québécois veut reprendre une place et vouer encore une fois les Québécois à l’opposition », a-t-il notamment dit.

Sentant la menace bloquiste au Québec, Justin Trudeau a mis en doute l’utilité du Bloc dans la lutte contre les changements climatiques – un thème qui a son importance dans la Belle Province – dans un contexte pancanadien. Mais il s’est fait remettre à sa place par un Yves-François Blanchet toujours aussi en verve, qui lui a répondu que si le Bloc soumet des propositions avant-gardistes pour protéger l’environnement, le gouvernement libéral pourra toujours les appuyer.

M. Blanchet a habilement décoché une flèche en direction du chef libéral, soulignant à son tour que son gouvernement avait acheté un oléoduc à coups de milliards alors que trop de réserves autochtones n’ont toujours pas accès à de l’eau potable.

Mais M. Blanchet s’est retrouvé sur la défensive à cause de quatre candidats bloquistes qui ont tenu des propos islamophobes dans un passé récent. Il a aussi dû expliquer sa position ambivalente concernant le projet de gaz naturel liquéfié à Saguenay, qui indispose certains des jeunes militants de son parti.

Visiblement plus à l’aise à la suite de sa performance au débat en anglais, le chef conservateur Andrew Scheer s’est montré combatif toute la soirée, attaquant à la fois Justin Trudeau et Yves-François Blanchet, ménageant Jagmeet Singh et ignorant quasiment le chef du Parti populaire Maxime Bernier.

Sur l’avortement, M. Scheer a réaffirmé sans équivoque que même s’il était pro-vie, un gouvernement conservateur n’allait pas rouvrir le dossier, « point final ! ».

Après avoir accusé le chef libéral de « mentir » aux Canadiens dans plusieurs dossiers, M. Scheer a braqué son canon vers Yves-Fançois Blanchet. Le chef conservateur l’a accusé de se dire « ami » avec le premier ministre du Québec François Legault pendant la campagne, mais que cette amitié cesserait dès le lendemain du scrutin. « C’est clair que la priorité de M. Blanchet est de réanimer la souveraineté », a dit M. Scheer. « Je suis souverainiste », a répondu M. Blanchet.

Prenant part à son premier débat en français, Maxime Bernier a souvent tapé sur le même clou durant la soirée, celui de la saine gestion des finances publiques. À une question d’une retraitée qui demandait aux chefs s’ils comptaient bonifier les régimes de pensions, M. Bernier a affirmé sans détour que sa priorité serait de rétablir l’équilibre budgétaire à tout prix en deux ans, et qu’il verrait après quels sont les besoins prioritaires.

Il a défendu avec vigueur la Loi sur la laïcité de l’État du gouvernement Legault, talonnant Justin Trudeau pour savoir s’il allait contester la loi s’il était reporté au pouvoir. M. Bernier s’est aussi targué de diriger le seul parti qui veut réduire le nombre d’immigrants arrivant au Canada. Mais il est loin d’être acquis que sa performance lui permettra de remporter son propre siège en Beauce le 21 octobre.

Écartée du débat organisé par TVA, la leader du Parti vert Elizabeth May a consacré l’essentiel de son temps à plaider l’urgence d’agir pour contrer les effets des changements climatiques, rappelant son idée de mettre sur pied « un cabinet de guerre » réunissant des élus de tous les partis politiques pour relever ce défi.

Les six chefs ont plaidé leur cause pour la dernière fois durant un débat en direct devant les caméras. Ils reprendront la route dès aujourd’hui pour consolider leurs appuis et rallier de nouveaux électeurs à leur cause. Tout indique que Justin Trudeau devra mettre les bouchées doubles pour éviter que le pommier libéral ne se dégarnisse au profit du NPD et du Bloc québécois dans 10 jours.

L’après-débat en sept temps

La perspective d’un gouvernement minoritaire s’est invitée dans les points de presse ayant suivi le débat des chefs.

« Un gouvernement conservateur » ou rien

Le NPD a déjà fait son lit : il ne compte pas collaborer avec un éventuel gouvernement conservateur minoritaire. Ça tombe bien, c’est réciproque. Andrew Scheer n’a pas voulu s’avancer sur quelque collaboration que ce soit, avec quelque parti que ce soit. « Nous nous concentrons seulement sur un gouvernement conservateur. C’est la seule chose qui nous intéresse. »

Pas de coalition, dit Blanchet

Yves-François Blanchet a été catégorique : il n’envisage pas de faire partie d’un gouvernement de coalition mené par le Parti conservateur. « Notre position ne change pas : on va négocier pour arracher des gains pour le Québec. Si une proposition est bonne pour le Québec, on va voter pour. Sinon, on va voter contre. » Toutefois, M. Blanchet se réjouit du fait que le Bloc devient la cible privilégiée des attaques libérales, conservatrices et néo-démocrates. « Ça confirme que nous sommes de nouveau un joueur significatif, que nous avons regagné le respect » des autres formations.

Des discussions houleuses sur l’oléoduc, avertit Singh

Le NPD s’était dit disposé à « négocier » avec le Parti libéral advenant un gouvernement Trudeau minoritaire. Mais les discussions sur l’oléoduc Trans Mountain s’annoncent complexes et inconfortables. Hier soir, Jagmeet Singh a répété son opposition au projet d’oléoduc, mais il a semblé laisser une mince marge de manœuvre. Alors que le gouvernement du Canada est déjà propriétaire de l’oléoduc, M. Singh a dit qu’il fallait être « le plus responsable possible ». « Il faut prendre des décisions prudentes, a-t-il dit. C’était une erreur de l’acheter, et je m’oppose à son expansion. »

May : Trans Mountain, c’est non, point final

Sur le même sujet, Elizabeth May a été moins nuancée. Il est hors de question de poursuivre le projet Trans Mountain, et ce, quel que soit le gouvernement en place. De toute manière, même l’abandon de l’oléoduc « ne serait pas près de suffire » à la diminution massive des émissions de gaz à effet de serre du Canada. Comme elle l’a déjà dit, elle a réitéré qu’elle était prête à travailler avec n’importe quel parti au pouvoir, « mais que le statu quo doit changer ». « Même le plan climatique du NPD ne me plaît pas, car il ne s’oppose pas au projet gazier GNL Québec », a-t-elle lancé.

Scheer brandit un complot Bloc-PQ

Foi d’Andrew Scheer, dès le 22 octobre, le Bloc québécois travaillera main dans la main avec le Parti québécois pour « réanimer le mouvement souverainiste », et ce, même si le PQ n’a que neuf sièges à l’Assemblée nationale. Il l’a d’abord affirmé pendant le débat et l’a répété en mêlée de presse. « M. Blanchet fait semblant d’être le meilleur ami de M. Legault, mais les Québécois et Québécoises doivent savoir qu’il va travailler avec le PQ », a-t-il martelé. Amusé, M. Blanchet avait plus tôt rappelé que dans les années 2000, le chef bloquiste Gilles Duceppe avait collaboré avec Jean Charest, alors premier ministre du Québec, pour obtenir 3 milliards pour compenser « en partie » le déséquilibre fiscal à Ottawa. « Je pense qu’on peut difficilement dire que M. Charest était un grand militant indépendantiste », a fait valoir M. Blanchet.

La « petite clôture » de Maxime Bernier

Comme il l’avait fait lundi en anglais, Maxime Bernier a réitéré hier qu’il comptait abaisser les seuils d’immigration et resserrer la sécurité à la frontière. Hier, il a toutefois répondu positivement à une question évoquant son intention d’ériger un « mur » ou une « clôture » pour fermer le chemin Roxham. « La seule manière de stopper [l’entrée des migrants] est avec une petite clôture », a-t-il dit en anglais. « Une barrière », a-t-il précisé en français peu après. « De cette manière, les agents de la Gendarmerie royale du Canada pourraient diriger les migrants vers les portes officielles », a-t-il conclu à ce sujet.

Blanchet ne veut pas céder au « cynisme indigne »

Toute la journée, Yves-François Blanchet a dû composer avec la révélation selon laquelle quatre de ses candidats ont tenu dans un passé récent des propos racistes ou islamophobes sur les réseaux sociaux. Les candidats en question ont fourni une déclaration commune pendant la journée et M. Blanchet s’est excusé en leur nom avant le débat. Pendant la mêlée de presse ayant suivi la joute oratoire, le chef bloquiste s’est fait demander s’il trouvait « avantageux » de garder ces candidats dans ses rangs. « Pour céder à un raisonnement pareil, il faudrait que je sois d’un cynisme indigne, s’est-il désolé. J’assume que les gens fouillent dans mes dizaines de chroniques, dans mes centaines d’heures de télévision et dans mes dizaines de milliers de messages sur les réseaux sociaux, et ils ne trouveront jamais quelque chose qui fait de moi quelqu’un d’islamophobe. » Pour lui, le dossier est clos, et les coupables ont été « sévèrement réprimandés ».

Gabarit - Lorem ipsum dit

Lorem ipsum dolor sit amet, consetetur sadipscing elitr, sed diam nonumy eirmod tempor invidunt ut labore et dolore magna aliquyam erat, sed diam voluptua. At vero eos et accusam et justo duo dolores et ea rebum. Stet clita kasd gubergren, no sea takimata sanctus est Lorem ipsum dolor sit amet. Lorem ipsum dolor sit amet, consetetur sadipscing elitr, sed diam nonumy eirmod tempor invidunt ut labore et dolore magna aliquyam erat, sed diam voluptua. At vero eos et accusam et justo duo dolores et ea rebum. Stet clita kasd gubergren, no sea takimata sanctus est Lorem ipsum dolor sit amet. Lorem ipsum dolor sit amet, consetetur sadipscing elitr, sed diam nonumy eirmod tempor invidunt ut labore et dolore magna aliquyam erat, sed diam voluptua. At vero eos et accusam et justo duo dolores et ea rebum. Stet clita kasd gubergren, no sea takimata sanct.

Des experts se prononcent

Trois spécialistes analysent la performance des six chefs ayant participé au débat. — Propos recueillis par Raphaël Pirro, La Presse

Qui est le gagnant du débat ? Pourquoi ?

Alain-G. Gagnon

Ce deuxième débat en français a permis à Yves-François Blanchet de s’imposer sur plusieurs enjeux au cœur des préoccupations de l’électorat québécois en matière de protection d’emplois (dossier SNC-Lavalin), de défense des valeurs québécoises (Loi sur la laïcité de l’État), d’appui aux créateurs et aux entreprises culturelles et de protection de l’environnement. Son attaque contre le gouvernement Trudeau, qui a pu trouver l’argent pour acheter l’oléoduc Trans Mountain, mais s’est montré incapable de fournir de l’eau potable à plusieurs communautés autochtones, a été très percutante. Le chef du Bloc a fait preuve d’audace lorsqu’il a imaginé un scénario dans lequel il pourrait s’entendre avec les conservateurs et les néo-démocrates au sujet des finances publiques. Blanchet a aussi su ramener à l’ordre du jour la proposition faite par René Lévesque à la Conférence des premiers ministres à St. Andrews, en 1977, alors que le premier ministre du Québec avançait l’idée de signer des ententes de réciprocité en matière d’éducation et de langue avec ses homologues provinciaux. L’évocation de cette stratégie de négociation bilatérale confirmait ses talents de fin joueur politique.

Mireille Lalancette

Les citoyens qui auront pu voir tous les chefs présenter leurs idées en français. Les citoyens qui ont posé des questions claires et les journalistes qui ont modéré un débat stimulant. La langue française : avec des chefs qui ont fait des efforts importants afin de débattre dans une langue qui n’est pas la leur. Ils l’ont fait avec passion et c’était impressionnant ! Justin Trudeau qui a réussi de nouveau à garder son calme. Il a défendu son bilan avec conviction. Il a aussi reconnu ses erreurs. Jagmeet Singh dont l’humanité transparaît dans toutes ses interventions. Il sait aussi utiliser des exemples concrets pour illustrer ses propos. Yves-François Blanchet qui s’est montré combatif, en contrôle de ses dossiers et prêt à défendre les intérêts du Québec. Il a certainement réussi à gagner des votes avec sa performance.

François Rocher

Yves-François Blanchet fut clairement avantagé par sa maîtrise de la langue et ses talents de communicateur. C’est lui qui semble avoir le mieux géré son temps de parole, incisif lorsqu’il le fallait pour rappeler à l’ordre ses adversaires qui l’interpellaient ou lui coupaient la parole. Sa connaissance plus fine des enjeux québécois l’a aidé pour répondre aux questions sur l’environnement ou l’immigration. Jagmeet Singh n’a pas été attaqué directement par les autres participants, ce qui lui a permis de rappeler plusieurs éléments de sa plateforme électorale. D’une certaine manière, le débat a permis à Maxime Bernier de clairement se distinguer en rappelant que les personnes âgées et la communauté internationale, par exemple, n’ont rien à attendre du Parti populaire avant que le déficit ne soit éliminé. La question est de savoir si ce qu’il a gagné en clarté n’a pas été perdu en crédibilité.

Qui est le perdant ? Pourquoi ?

Alain-G. Gagnon

Trudeau a été moins efficace que lors des deux premiers débats. Il a été plus faible lorsque le temps est venu d’expliquer la position de son gouvernement dans les dossiers économiques avec la Chine et les États-Unis. Il n’est pas parvenu à bien défendre sa politique d’endettement pour le pays, alors qu’il avait promis à l’élection de 2015 d’équilibrer le budget dès son premier mandat. Maxime Bernier a pu marquer un point important sur ce sujet en précisant que les contribuables canadiens voyaient près du quart de leurs impôts aller au paiement des intérêts sur la dette. Les assauts répétés de Trudeau contre les chefs conservateurs à l’échelle provinciale (Kenney, Ford, Higgs) pourraient bien faire basculer des circonscriptions libérales dans le camp conservateur. Nous sommes à des lieues du fédéralisme de réconciliation que Trudeau avait promis en 2015. On peut s’attendre à ce que ces chefs de gouvernement mettent à contribution leur propre machine électorale pour favoriser le Parti conservateur.

Mireille Lalancette

Les chefs lorsqu’ils attaquent leurs collègues personnellement et politiquement. Cette approche ne permet en rien de stimuler les débats d’idées. Elle ne nous donne pas d’information sur leurs promesses et engagements. En plus, elle renforce le cynisme chez la population. Pourquoi ne pas se concentrer sur leurs propres idées ? Pourquoi ne pas prendre ce temps pour expliquer clairement à la population, et avec des exemples concrets, leurs engagements électoraux ? Les chefs lorsqu’ils n’offrent pas des réponses claires aux questions posées par les citoyens et qu’ils utilisent la langue de bois.

François Rocher

Andrew Scheer a cherché à expliquer ce qu’il entendait faire, notamment en matière de fiscalité, mais dans l’un des segments les plus cacophoniques du débat. Pour le reste, il n’a pas réussi à montrer aux électeurs pourquoi ils devraient appuyer sa formation politique. L’absence d’engagements chiffrés et vérifiés par le Directeur parlementaire du budget fut un boulet. Justin Trudeau n’a rien gagné lors du débat. Il était désolant de l’entendre s’en prendre à Doug Ford et à Jason Kenney dès la première question posée par une électrice qui demandait un exemple concret de changement pour faire face aux défis environnementaux. Il a passé trop de temps à dénigrer les conservateurs provinciaux au détriment d’une mise en valeur de sa plateforme électorale. Alors qu’il invite les Canadiens à aller de l’avant, il a plutôt projeté l’image de quelqu’un qui veut maintenir le statu quo. Elizabeth May donnait des réponses parfois incompréhensibles.

Comment ce débat influencera-t-il le vote en cette fin de campagne ?

Alain-G. Gagnon

Ce débat confirme que les positions de chaque formation politique sont bien arrêtées. Blanchet se présente comme la principale voix pour le Québec, alors que son parti s’aligne sur les politiques souhaitées par le gouvernement de François Legault. Jagmeet Singh offre une image rassurante et pleine de compassion à l’égard des travailleurs, des membres des Premières Nations et des personnes moins nanties. Andrew Scheer a fait un nouveau pas vers le Québec, inquiet de voir ses appuis continuer de fondre, en soutenant une déclaration de revenus unique tout en proposant de rouvrir l’entente Canada-Québec sur l’immigration. Elizabeth May aura de plus en plus de difficulté à convaincre les électeurs d’appuyer sa formation politique, d’autant qu’elle prévoit un déficit additionnel de 70 milliards. Quant à Maxime Bernier, il a fait la démonstration qu’il n’aspirait pas à devenir un chef d’État, mais plutôt le dirigeant d’une grande entreprise.

Mireille Lalancette

Animé avec rigueur, ce dernier débat a permis de voir à quel point les différents chefs font des efforts pour rejoindre le Québec et le Canada français. Ils ont été en mesure de s’exprimer clairement et de faire valoir leurs idées. Contrairement au débat de lundi en anglais, il y a eu moins de cacophonie et les chefs étaient plus calmes. Le plan en trio et la formule des questions en rafale aux réponses courtes étaient intéressants et plus engageants. Ce débat, comme tous les débats, est un exercice démocratique riche puisqu’il permet aux citoyens d’entendre tous les chefs à propos de leurs idées. Les indécis doivent aussi s’exposer aux autres idées s’ils veulent voir le chef qui les intéresse. Ce débat influencera certainement les électeurs québécois qui ont à choisir entre tous ces partis politiques. Il raffermira les impressions formées avant et pendant la campagne.

François Rocher

Le dernier débat va contribuer à cristalliser les préférences déjà arrêtées. Le débat va aider les électeurs indécis à se faire une opinion. Il n’en demeure pas moins qu’Andrew Scheer n’a pas atteint ses objectifs dans les trois débats. La campagne conservatrice ne pourra compter sur ceux-ci pour prendre l’élan qui semble lui manquer. L’effet « nouveauté » de Justin Trudeau est totalement dissipé. Ce qu’il propose ne frappe pas l’imagination. C’est maintenant Jagmeet Singh et, dans une moindre mesure, Yves-François Blanchet qui peuvent tirer profit de leur personnalité et de leurs talents de communicateurs.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.