COVID-19

Un « très grand défi » sous le soleil

Protéger les aînés de la chaleur tout en limitant la propagation de la COVID-19 sera un « double problème » cet été, craignent des associations

Après le virus, la canicule. Comme si les aînés n’avaient pas été assez mis à l’épreuve ce printemps, des associations s’inquiètent que les grandes chaleurs de l’été puissent faire des ravages chez les plus vulnérables.

Le gouvernement admet faire face à un « très, très grand défi » alors que l’été approche à grands pas.

C’est que le mercure à plus de 30 °C risque de faire mauvais ménage avec les mesures anticoronavirus des CHSLD : beaucoup de ces établissements n’ont qu’une salle commune climatisée et peinaient déjà en avril à s’assurer que tous leurs résidants restent hydratés.

La chaleur accablante, « c’est une grande préoccupation et elle est encore plus grande cette année », a averti Rose-Mary Thonney, présidente de l’Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic. « La COVID ne sera pas terminée. Dimanche, il fera très chaud déjà, alors imaginez aux mois de juin et de juillet. Il y a un double problème. »

Paul Brunet, du Conseil pour la protection des malades, exprime les mêmes craintes et demande que « les usagers soient au frais ou soient confortables ». Son organisation entend d’ailleurs s’adresser à la justice dans les prochaines semaines pour tenter d’obliger le gouvernement à mieux climatiser ces milieux de vie.

Moins d’un tiers des chambres climatisées

Entre un quart et un tiers des chambres de CHSLD publics sont climatisées dans le sud du Québec. En cas de canicule, la plupart des résidants doivent donc être rassemblés dans des salons ou des salles à manger refroidies (ou au moins déshumidifiées) pour obtenir un répit de la chaleur. Mais qui dit rassemblement dit toutefois distanciation sociale compliquée, sans parler des CHSLD où la COVID-19 circule activement et qui doivent maintenir des zones froides et des zones chaudes.

S’ajoute à ce problème la pénurie criante de personnel, empirée par la pandémie, qui a poussé des milliers de préposées et d’infirmières à déserter leur poste.

« Ça va être un très, très grand défi pour nos milieux de vie pour aînés », a reconnu la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, en entrevue téléphonique avec La Presse.

« On va essayer d’être le plus créatifs et le plus agiles possible pour offrir des milieux confortables à nos personnes hébergées, mais aussi à notre personnel. »

— Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés

L’élue a souligné que le matériel de protection supplémentaire pouvait devenir très désagréable à porter quand le mercure monte.

Mme Blais a ajouté que le gouvernement attendait un avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pour se réorganiser. « C’est le défi de la COVID-19, qui nous impose d’être créatifs avec nos vieux établissements », a-t-elle affirmé : le manque de climatisation ne serait pas lié à un problème de budget, mais plutôt de capacité des systèmes électriques dans de nombreux bâtiments anciens.

Des zones fraîches séparées

Si le réseau des CHSLD attend toujours l’avis des experts de l’INSPQ, les professionnels de la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal ont déjà commencé à réfléchir à des solutions.

« Des mesures sont évaluées afin de continuer de protéger les aînés de la chaleur tout en limitant la propagation de la COVID-19 », a indiqué Jean Nicolas Aubé, conseiller en communications, dans un courriel. « Par exemple, si la situation épidémiologique se maintient et qu’il y a des zones séparées dans les CHSLD pour les personnes atteintes et les autres, la DRSP recommandera également un accès à des lieux frais différents pour ces deux groupes de résidants. »

Même en dehors des CHSLD, les décisions prises pour ralentir la propagation du coronavirus devront être adaptées lors d’une éventuelle canicule, prévient la Santé publique.

Normalement, lors de grandes chaleurs, les autorités demandent aux personnes âgées de passer au moins deux heures par jour dans un lieu climatisé – un centre commercial ou un cinéma, par exemple. Des lieux actuellement fermés.

« Il est entendu qu’en cas de chaleur extrême, des lieux publics climatisés devront être ouverts même en temps de pandémie, et ce, dans le respect des consignes gouvernementales », a continué M. Aubé. La Santé publique « recommande également l’ouverture de haltes fraîcheur différentes pour les personnes atteintes de la COVID et pour le reste de la population. »

Solution d’urgence

Paul Brunet, du Conseil pour la protection des malades, espère que ses procédures judiciaires exerceront de la pression sur le gouvernement. Il évoque des solutions d’urgence, comme l’emploi d’unités de climatisation extérieures d’où partiraient des tuyaux déversant de l’air frais dans les corridors.

Ce qui le fâche particulièrement, c’est de voir des gestionnaires travailler dans des bureaux climatisés situés à l’intérieur d’un bâtiment prétendument trop vieux pour accueillir un tel système. « La seule chose qu’on réclame, c’est l’égalité », a-t-il dit.

« J’ose à peine imaginer ce que ça va être cet été dans les prochaines canicules », a ajouté Me Philippe Larochelle, qui mène le dossier pour l’organisme dirigé par M. Brunet. Il dit vouloir « prévenir le pire ».

Du côté des résidences pour aînés, les inquiétudes sont moins fortes.

Yves Desjardins, patron du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), « ne voit pas beaucoup de difficultés » pour ses membres à conjuguer canicule et virus, mais indique dans la foulée que son organisation doit encore se pencher sur le sujet.

« À Montréal, je sais qu’il y a quelques résidences qui n’ont pas de climatisation dans les unités. Elles en ont dans les espaces communs, dans les salles à manger par exemple », a-t-il rapporté.

Les aînés plus vulnérables à la chaleur

La vieillesse en elle-même est un facteur de risque important en cas de canicule, selon Daniel Gagnon, chercheur en physiologie à l’Institut de cardiologie de Montréal, qui a fait de la chaleur sa spécialité. « On sait que lorsqu’on vieillit, notre capacité à réguler notre température interne est diminuée, a-t-il expliqué en entrevue téléphonique. On produit moins de sueur et on envoie moins de sang à la surface de la peau pour échanger de la chaleur avec l’environnement. » La présence d’autres problèmes de santé, plus fréquents à mesure que l’on vieillit, met aussi les aînés en danger. « Souvent, quand les gens meurent et qu’on attribue ça à une canicule, ce sont des causes cardiaques ou des problèmes au niveau des reins et des liquides corporels – la déshydratation, a-t-il dit. C’est la goutte qui fait déborder le vase. »

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