Trait-Carré

Le sort d’un espace boisé attise les tensions à Laval

Deux ans après avoir adopté une stratégie de développement de Laval misant sur l’harmonie entre urbanité et nature, l’administration du maire Marc Demers veut céder la moitié du dernier îlot vert du centre-ville au bras immobilier de la FTQ pour la construction de tours de condos.

La crise politique à l’hôtel de ville de Laval, qui a réduit M. Demers à un statut minoritaire, vient toutefois de ralentir cet élan. La décision a été stoppée au conseil municipal mardi dernier. Le dossier a été reporté sous les applaudissements de dizaines de citoyens venus réclamer la sauvegarde et même l’aménagement du boisé du Trait-Carré.

Ce vaste terrain de 12 hectares est actuellement difficile d’accès. Il est enclavé par les boulevards Saint-Martin (nord), de L’Avenir (ouest), Du Souvenir (sud) et Laval (est). Des résidences et des commerces le ceinturent. Durant l’hiver, des sentiers serpentent le Trait-Carré, mais durant l’été, peu de gens le fréquentent, compte tenu de la friche qui abonde.

Lors de son accession au pouvoir en 2013, Marc Demers s’était engagé à protéger les espaces boisés un peu partout sur l’île, marquant ainsi un virage par rapport à son prédécesseur. L’été dernier, quelques semaines avant le déclenchement des élections municipales, la Ville a acquis le Trait-Carré. Dès ce moment, il a été question de mettre en valeur 5 hectares du site et de céder 6,8 hectares au Groupe immobilier FTQ en compensation d’une expropriation dans la foulée de la construction de la Place Bell.

Cette entente entre Laval et la FTQ est intervenue dans le contexte d’une poursuite de la FTQ. Cette dernière réclame d’être dédommagée à hauteur de 14 millions pour la perte de profits lors de son expropriation.

Comme l’ont souligné le maire Demers et certains élus qui lui sont restés fidèles, le but de la transaction, c’est donc de créer un parc et de vendre l’autre partie (55 %) pour 17 millions au Groupe immobilier FTQ et ainsi réduire le coût de la Place Bell. Si l’entente avec la FTQ ne tient plus, la ronde devant les tribunaux recommencera et « ça va nous coûter encore plus cher », a prévenu le maire.

Selon les scénarios évoqués, ne pas céder le boisé du Trait-Carré générerait des dépenses de 20 à 27 millions. C’est une campagne de peur, répliquent les opposants. Tant les citoyens qui militent en faveur du maintien du boisé que les élus qui s’opposent à l’administration Demers, y compris les conseillers municipaux dissidents de l’équipe du maire, rappellent qu’il a été aisé de dénicher l’argent nécessaire aux projets comme le centre aquatique (71 millions) ou le centre animalier (15 millions). Cette même logique devrait s’appliquer pour garder un coin de verdure afin d’assurer une certaine qualité de vie aux Lavallois qui choisissent de vivre dans les tours de condos du centre-ville, ajoutent-ils.

Pour l’ancien conseiller municipal Pierre Anthian – de l’équipe Demers avant de devenir indépendant –, qui le premier a tenté de sensibiliser l’administration à la conservation du Trait-Carré, le démantèlement du boisé serait une erreur. 

« Ce n’est pas l’urbanisme contre la nature. Il faut viser l’harmonie, comme le dit le titre de la stratégie de développement de M. le maire, “Urbaine de nature”. Et il ne faut surtout pas céder à l’appât financier. »

— Pierre Anthian, ancien conseiller municipal de Laval

« Le Trait-Carré, c’est une petite forêt. On doit être responsable et protéger le dernier poumon vert du centre-ville », ajoute M. Anthian.

Ce dernier est à l’origine d’une mobilisation de citoyens en faveur du boisé, dès 2014. Une pétition a été lancée et depuis quatre ans, ce sont 4000 signatures qui ont été amassées.

Le dossier fera l’objet de nouvelles discussions lors de l’assemblée ordinaire du conseil municipal du 7 août prochain. À moins d’un changement dans la configuration du conseil municipal d’ici là, le groupe de l’opposition, qui détient la majorité, est plutôt favorable au développement d’un grand parc central.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.