Banc d’essai Audi Q8

Manipulation génétique

Qu’on aime ou non cette manipulation génétique, il faut aujourd’hui reconnaître que le croisement entre un coupé et un utilitaire fait école. Le Q8 en apporte une nouvelle preuve.

UN DOSSIER DE NOTRE COLLABORATEUR ÉRIC LeFRANÇOIS

Plus qu’un phénomène de mode

Audi Q8
Fourchette de prix
De 81 200 $ à 88 800 $
Frais de transport et
 de préparation
2095 $
On aime
Style audacieux
Présentation valorisante et très moderne
Capacité de remorquage (3493 kg)
On aime moins
Comportement pataud
Poids, encombrement, diamètre de braquage
Consommation décevante
Notre verdict
L’acheteur malin optera pour le Q7.

« Les modes passent, mais le style reste », disait le regretté Yves Saint Laurent. L’idée de croiser un utilitaire avec un coupé n’est pas nouvelle. Plusieurs constructeurs ont expérimenté cette formule. Certains ont réussi, d’autres ont lamentablement échoué. Avec beaucoup de retard – le constructeur était sans doute d’avis qu’il s’agissait d’une mode éphémère –, au tour d’Audi de se lancer avec le Q8.

Né de la fusion d’un utilitaire et d’un coupé, le style insolite du Q8 d’Audi susciterait une curiosité plus grande encore si le X6 de BMW ou encore le GLE Coupé de Mercedes n’avaient pas existé. Sans doute, mais où donc la marque aux anneaux aurait-elle puisé son inspiration si la marque bavaroise n’avait pas osé un mélange aussi audacieux des genres ? Tout comme les modèles cités plus haut, le Q8 séduit ou dérange, mais ne laisse personne indifférent. Tant mieux, puisque l’objectif de cette esthétique originale est d’abord de répondre au besoin des acheteurs de rouler différemment, tout en offrant par ricochet aux actuels propriétaires de Q7, l’autre gros VUS de la marque allemande, une option très différente, susceptible de les dissuader d’aller voir ailleurs.

Un habitacle finement exécuté

Visuellement, le Q8 en impose. Sa large calandre octogonale, ses portières dépourvues de cadre, son pavillon de toit finement arqué qui déboule sur une lunette fortement inclinée, le Q8 apparaît plus massif qu’il ne l’est réellement. Plutôt ramassé, il occupe d’ailleurs moins d’espace dans la rue que le Q7, dont il dérive assez étroitement. Par rapport à celui-ci, le Q8 est plus stylisé, certes, mais plus court, plus bas et plus coûteux à acquérir. Il est aussi moins fonctionnel. Il compte à son bord moins de places assises et le coffre affiche un volume inférieur. Si le Q8 n’a pas un sens pratique bien développé, il n’en demeure pas moins très compétitif par rapport à ses rivaux (voir dernier onglet).

Par rapport au Q7 toujours, le Q8 apparaît aujourd’hui plus moderne dans sa présentation intérieure.

Fortement inspiré des plus récentes créations du constructeur allemand (A6, A7, A8), le Q8 propose un savant mélange de commandes tactiles et « traditionnelles » disposées sur de larges et élégants bandeaux de verre de couleur noir. Les tactiles, elles, se singularisent par l’adoption d’un retour haptique qui transmet une vibration sous le doigt, ce qui confirme, sans que le conducteur ait à quitter la route des yeux, l’exécution de la commande. C’est clair, facile à consulter et intuitif, par-dessus le marché.

Pour un véhicule aussi massif, on se désole de compter seulement quatre places véritablement spacieuses et confortables. Un cinquième occupant pourra s’asseoir au centre, mais devra notamment composer avec un dossier qui manque de moelleux et un plancher irrégulier. En dépit du profil de son pavillon, la garde au toit est suffisante. L’accès et la sortie aux places arrière ne posent aucun problème particulier non plus.

Des dessous connus

Si le modelé des formes est nouveau, les dessous, eux, ne présentent aucune véritable surprise. Le Q8 reprend à son compte la plateforme MLB Evo conçue par le groupe Volkswagen. Pour le marché nord-américain, le Q8 soulève son capot à un moteur V6 suralimenté. D’une cylindrée de 3 L, cette motorisation se double d’un dispositif d’hybridation légère (architecture électrique de 48 V) qui permet non seulement, en théorie, d’abaisser la consommation et les émanations polluantes, mais aussi d’alimenter l’arsenal d’aides à la conduite et les autres accessoires de cet utilitaire de luxe. Aussi sophistiquée et bénéfique soit-elle sur le plan du confort et de la sécurité, cette ribambelle de technologies a un impact néfaste sur le poids de ce véhicule, dont les formes suggèrent un dynamisme certain. Hélas, celui-ci ne se manifeste pas grandement sur le plan de la conduite.

Le moteur V6 a la foudre nécessaire pour entraîner ce véhicule et permet de signer des temps d’accélération et de reprise notables, mais la boîte automatique qui l’accompagne de série manque de zeste. Elle égrène avec lenteur, et parfois hésitation (à rythme modéré), ses huit rapports. Le seul moyen de remédier à cette apparente apathie consiste à inviter le mode Sport à la fête. Le confort de conduite – et la consommation déjà élevée – pâtira de l’activation de ce paramètre, mais le Q8 n’en paraîtra que plus vivant.

Puisque le Q8 n’est pas aussi agile qu’il paraît, l’acheteur a tout intérêt à cocher l’option dynamique (3185 $), hélas seulement offerte sur la déclinaison la plus chère de la gamme.

Cette option permet de bénéficier du dispositif à quatre roues directrices qui concourt à rendre le Q8 plus alerte et surtout plus à l’aise dans les manœuvres (le diamètre de braquage est élevé) tout en bénéficiant de la suspension pneumatique. Celle-ci est capable de faire varier les réglages des éléments suspenseurs en continu et la hauteur d’assiette sur 90 mm pour hisser la garde à 254 mm au-dessus du sol.

La présence de groupes d’accessoires « allume » assurément le Q8, mais celui-ci ne peut se prétendre vraiment plus sportif à conduire pour autant. La direction manque de fermeté et les changements brusques de trajectoire, bien qu’adroitement maîtrisés, ne laissent planer aucun doute sur le poids pachydermique de ce VUS. Une fois lancé, le Q8 apparaît toutefois imperturbable. Solidement ancré au sol, ce VUS avale les grandes courbes avec aplomb. Son rouage à quatre roues motrices (et directrices) est rassurant, peu importe les conditions d’adhérence de la chaussée.

Exercice de style, le Q8 ? Assurément, dans sa forme actuelle. Des versions plus racées (SQ8 et RS Q8) seront lancées et elles devraient normalement accentuer le caractère sportif de ce modèle qui, en dehors de son profil séduisant et de sa présentation intérieure soignée, ne se démarque pas de manière convaincante de l’offre de ses concurrents.

Faites part de votre expérience

La Presse publiera prochainement l’essai des véhicules suivants : BMW Z4, Jeep Gladiator, Kia Niro (EV et PHEV) et Range Rover Evoque. Si vous possédez l’un de ces véhicules ou si vous envisagez d’en faire l’acquisition, nous aimerions bien vous entendre.

Fiche technique

Moteur

V6 DACT 3 litres suralimenté

335 chevaux entre 5000 et 6400 tr/min

369 lb-pi entre 1370 et 4500 tr/min

Performances

Rapport poids/puissance : 6,7 kg/ch

Accélération : 6 secondes

Vitesse maximale : 209 km/h

Boîte de vitesse

De série : automatique à huit rapports

Optionnelle : aucune

Pneus

275/50R20 (Progressiv)

285/45R21 (Technik)

Capacité du réservoir et essence recommandée

85 litres

Super

Consommation

13,1 L/100 km

Dimensions

Empattement : 2995 mm

Longueur : 4986 mm

Hauteur : 1705 mm

Largeur : 2190 mm

Monsieur muscle

Considérant le poids du véhicule, un V6 de 3 litres turbocompressé de 335 chevaux apparaît plutôt modeste. Sans surprise, la firme aux anneaux prépare une version plus épicée du nom de SQ8. En Europe, cette déclinaison s’anime d’une mécanique turbodiesel. En Amérique du Nord, la marque allemande compte boulonner le V6 de 2,9 litres (444 chevaux) qui anime actuellement les RS5. La commercialisation de la SQ8 est prévue au cours de l’année 2020.

Généalogie racontée

Le Q8 prend naissance en Slovaquie, mais la majorité de ses composants sont partagés avec bon nombre de filiales du groupe VW. Son architecture (nom de code MLB) est identique à celle du Q7, mais aussi du Bentley Bentayga, du Lamborghini Urus, du Porsche Cayenne et du Volkswagen Touareg (non commercialisé sur nos terres).

Le Q8 face à ses rivaux

BMW X6

Le Q8 débute dans le segment alors que BMW s’apprête à commercialiser la troisième génération du X6. Plus longue et plus large que la version précédente, cette nouvelle mouture conserve les traits caractéristiques du modèle. La grande nouveauté se cache derrière les portières. En effet, la présentation intérieure fait peau neuve et intègre les dernières avancées de la marque en matière de reconnaissance vocale. La commercialisation au Canada est prévue au cours des prochains mois.

Mercedes GLE Coupe

Le GLE Coupe de Mercedes a plusieurs raisons de craindre la venue du Q8. Ce dernier est plus spacieux, plus avant-gardiste et plus confortable (douceur et silence de roulement) que le modèle produit par la firme de Stuttgart. Mais si le GLE Coupé s’incline dans ces domaines, il domine cependant son rival sur le plan des performances, de l’agrément de conduite et du prix.

Avis de (futurs) propriétaires

Infidèle et…

Cela fait maintenant 12 ans que Martin Vidal conduit des VUS intermédiaires (ML et GLE) de Mercedes. Aujourd’hui, il se dit très attiré par le Q8. « Personnellement, j’ai le sentiment que le nouveau GLE n’a pas assez changé. » M. Vidal a récemment fait l’essai routier du Q8 et il se dit « impressionné par la tenue de route, la facilité d’utilisation des trois écrans tactiles et la qualité de la finition ». Il estime aussi que le Q8 est le plus joliment dessiné de la catégorie. En prime, il considère que les places arrière sont plus spacieuses et que le volume utilitaire n’est pas aussi tronqué que dans les X6 ou GLE Coupé. « Après 20 ans à conduire des Mercedes, je crois que je vais être infidèle ! »

Fidèle

D’entrée de jeu, Jean-Pierre Tabah le reconnaît : « Je suis un fervent admirateur des marques allemandes et plus spécialement des produits Audi. » La location de son Audi Q7 arrive à échéance l’hiver prochain et, déjà, il pense à son prochain véhicule. Il a récemment fait l’essai du Q8, qu’il a « bien aimé sans être incroyablement impressionné ». « Plusieurs éléments font en sorte qu’elle ne se démarque pas vraiment de la Q7. En effet, les deux intérieurs sont identiques [le Q7 2020 fera l’objet d’une mise à niveau]. C’est le même volant et les mêmes sièges. Outre le look extérieur, il y a peu de différence. Il y a 10 000 $ entre les deux modèles. Ce n’est pas rien ! » M. Tabah estime qu’Audi devrait proposer la boîte à double embrayage et plus de puissance. Malgré ces critiques, Jean-Pierre Tabah a tout de même réservé son Q8. « Je vais accepter la puissance un peu juste… J’ai un excellent service au concessionnaire, et j’ai eu un prix juste. J’aime trop les Audi, voyez-vous ! »

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