Groupe Capitales Médias

Le plan « coopératif » aurait une longueur d’avance

QUÉBEC — Journée déterminante pour l’avenir des six quotidiens de Groupe Capitales Médias. Les parties qui désirent en prendre le contrôle ont jusqu’à 14 h ce jeudi pour déposer leur offre formelle. Et déjà les dés semblent jetés en faveur d’un regroupement de coopératives où les employés auront un poids déterminant. 

Selon les informations obtenues par La Presse, la proposition des coopératives part avec une longueur d’avance, ayant déjà obtenu l’aval des employés syndiqués du groupe – ils sont plus de 340. La feuille de route « coopérative » soumise n’évite pas des mesures difficiles à avaler, toutefois : les conventions collectives des 14 syndicats se termineront le 31 décembre prochain ; un gel salarial sera imposé ; les emplois de journalistes seront protégés, mais des licenciements pourraient toucher la production – la fermeture d’une imprimerie à Sherbrooke, qui compte 40 employés, était déjà envisagée avant que le groupe ne déclare faillite à la fin août. À l’origine, le tribunal devait trancher sur la proposition du syndic jeudi, mais l’échéance a été reportée au 20 novembre, parce que les rentrées de fonds dans les journaux du groupe sont un peu supérieures aux prévisions faites au moment de la mise en faillite, fin août.

Le changement de propriétaire suppose que l’on ferme l’ensemble des régimes de retraite existants. Les régimes à prestations déterminées seront remplacés par d’autres à cotisations déterminées, qui ne sont jamais déficitaires.

Services communs

L’acquéreur fonctionnerait sur une base coopérative. Une « coopérative de producteurs » assurerait les services communs – les abonnements, l’administration, les services numériques et la paie, par exemple. Elle chapeauterait six coopératives dans les six quotidiens, Le Soleil à Québec, La Tribune à Sherbrooke, Le Quotidien à Saguenay, La Voix de l’Est à Granby, Le Droit à Ottawa et Le Nouvelliste à Trois-Rivières.

Le plan d’affaires prévoit l’injection de 21 millions dans la nouvelle structure. Le Fonds de solidarité FTQ et le Mouvement Desjardins investiraient 4,5 millions, le fonds de travailleurs Fondaction de la CSN, 1,5 million. Investissement Québec serait de nouveau mis à contribution sous la forme d’un prêt remboursable des employés de 5 millions. On espère aussi obtenir 5 millions au moyen de campagnes de souscription auprès des lecteurs et des gens d’affaires locaux, et enfin 5 millions en subventions, dont les crédits d’impôt déjà annoncés par Québec et Ottawa.

Un Déficit, puis des profits

Le plan de match vise aussi une cible audacieuse. On prévoit un déficit de 7 millions pour l’année 2020, mais on prévoit des profits de 8 millions en 2022, un virage très important. Le projet s’appuie sur un passage au tout numérique à moyen terme – on ne conserverait les éditions papier que le samedi, scénario déjà envisagé par le Groupe Capitales Médias avant la faillite.

Comprenant qu’il ne pourrait être concurrentiel avec un plan qui promet la survie de tous les journaux, Le Devoir ne va pas faire de proposition finalement, a-t-on appris. Le Devoir voulait reprendre uniquement Le Soleil, qui jouit toujours d’une image de marque forte. Il ne comptait pas injecter d’argent et comptait sur le fait que les employés adhéreraient à la convention collective que viennent de signer les employés du Devoir.

Une autre proposition détaillée était attendue du groupe Métro Média. Le vice-président Andrew Mule, un ancien de Montreal Gazette, a beaucoup travaillé sur une proposition qui, elle aussi, prendrait les six quotidiens sous son aile. Mais dans ce cas aussi les régimes de retraite existants seraient fermés. La Presse n’a pu établir les engagements du groupe quant aux planchers d’emplois.

Le groupe avait acheté le journal Métro au printemps 2018 en même temps que 21 hebdomadaires de l’île de Montréal et huit de la région de Québec, d’anciens journaux du groupe TC Média (Transcontinental).

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