Vente de camso à Michelin

Devenir numéro un

Multinationale méconnue des chenilles en caoutchouc et du pneu plein, Camso, de Magog, a accepté les avances de Michelin – et les 2 milliards à la clé – pour réaliser son rêve de devenir le leader mondial dans le vaste marché du hors-route.

Vente de camso à Michelin

La surprise Michelin

Une offre de Michelin qui est arrivée comme une surprise pour Camso, anciennement Camoplast, et voilà que naît un nouveau groupe de 12 500 employés dans le monde, dirigés depuis Magog.

« Bib » à Magog

Comme l’avait annoncé La Presse hier, la marque au Bibendum, ou « Bib », achète la très discrète Camso pour environ 2 milliards de dollars canadiens, et installera la direction de son nouveau groupe hors route à Magog, en Estrie. La transaction a été confirmée par les dirigeants des deux entreprises hier à Montréal.

Nouveau groupe hors route de Michelin, sur une base pro forma

Revenus annuels  Un peu plus de 2 milliards US, soit environ 15 % du marché

Employés  Environ 12 500

Secteurs d’activité  Construction, domaine agricole, véhicules de loisirs

Usines dans le monde  17 pour Camso et 9 pour Michelin

Qu’est-ce que Camso ?

Camso, ex-Camoplast, est née en 1982 d’un essaimage de Bombardier (aujourd’hui BRP). L’essentiel de ses 7700 emplois et 17 usines est situé à l’extérieur du Québec, au Sri Lanka principalement. Ses produits sont distribués dans 100 pays.

Les finances de Camso en un coup d’œil

Ventes nettes : 974 millions US

BAIIA : 136 millions US

Marge bénéficiaire brute : 14 %

Croissance annuelle moyenne des ventes nettes depuis 5 ans : 7 %

Actionnaires principaux :  Caisse de dépôt (36 %), Fonds de solidarité FTQ (24 %), Pierre Marcouiller (10 %)

Répartition des ventes de Camso

40 % dans les pneus pleins pour chariots élévateurs

32 % dans les pneus compacts et chenilles pour la construction

20 % dans les chenilles pour véhicules agricoles

8 % dans les chenilles pour motoneiges, quads et VTT

Un rêve clairement exprimé

« Camso a toujours eu le rêve, très clairement exprimé, de devenir le numéro un du marché hors route. On a cherché à atteindre ce rêve en devenant le leader de plusieurs segments du marché hors route. On savait qu’on avait besoin d’aller chercher des technologies nouvelles », a expliqué le président exécutif de Camso, Pierre Marcouiller. À 62 ans, il va quitter l’entreprise dans la prochaine année après avoir été aux commandes pendant 18 ans.

Or, le secteur du hors-route est en proie à une consolidation. Les cibles se faisaient rares et plus coûteuses, et puis, à la surprise de la direction de Camso, Michelin est arrivée. L’offre de Michelin, numéro un dans le segment du pneu radial dans les marchés agricole, de la manutention et de la construction, est tombée en janvier.

« Sans Michelin, ç’aurait été très difficile, honnêtement. On y serait arrivé [à devenir numéro un], sans vouloir paraître arrogant, dit M. Marcouiller, sourire en coin. Mais ça aurait pris 10 ans de plus. »

Camso au Québec

Siège social et centre de recherche et développement (R-D) sur les chenilles à Magog (300 personnes, dont 100 en R-D)

Usine à Shawinigan (environ 70 employés)

Engagements de Michelin à l’égard des activités de Camso au Québec

Installation de la direction du groupe hors route de Michelin à Magog et maintien du nombre d’emplois

Maintien et renforcement du centre de R-D de Magog, spécialisé dans les chenilles

Maintien des emplois industriels de Camso au Québec et des emplois au siège social de Magog

Création de nouveaux emplois de qualité dans la région de Magog

« Un nouvel acteur robuste »

« On crée un nouvel acteur robuste. On réunit dans une même entité le leader de plusieurs créneaux dans le marché du pneu hors route. L’annonce de notre transaction va provoquer des secousses dans notre industrie, je vous l’assure. L’annonce n’est pas neutre. Elle sera scrutée à la loupe par les marchés mondiaux. »

— Jean-Dominique Senard, président du groupe Michelin

Les chenilles vivront

Les marques Camso et Solideal continueront de vivre, a assuré l’acquéreur. Michelin est habituée aux multimarques, a précisé son président. Il n’est absolument pas question de se défaire de l’unité des chenilles, pourtant un nouveau métier pour le spécialiste du pneumatique.

« On peut apporter un service commun à nos clients qui peuvent utiliser à la fois des pneus et des chenilles, ce qui arrive souvent dans des usages différents. La chenille est une technologie magnifique qui a été développée par Camso et qui vient compléter admirablement les produits de l’ensemble de nos gammes dans le hors-route », a indiqué M. Senard.

Réactions des principaux actionnaires

« Pour le Fonds, le maintien d’un centre décisionnel fort et des emplois au Québec est une préoccupation importante. On pense que les engagements de Michelin démontrent une volonté claire de poursuivre le développement de Camso et de renforcer sa position sur les marchés mondiaux. C’est une très bonne transaction pour les actionnaires du Fonds et pour le développement économique du Québec, malgré la perte de contrôle. »

— Patrick McQuilken, porte-parole du Fonds de solidarité FTQ

Le Fonds avait investi 50,8 millions en 2005 dans l’entreprise estrienne. Avec une participation de 24 % dans Camso, le Fonds retire environ 460 millions de la transaction.

« Durant les 18 dernières années, la Caisse a accompagné Camso dans ses projets de croissance. Pour la direction, cette croissance passait maintenant par la création d’un leader mondial en transport hors route. L’association avec Michelin offre aujourd’hui à Camso cette plateforme, qui lui permet d’élargir son offre de produits et d’expertises et d’accroître sa capacité en R-D en devenant un centre décisionnel de calibre mondial. »

— Yann Langlais-Plante, porte-parole de la Caisse de dépôt

La Caisse a investi une première fois dans Camso en 2000. Sa participation a grimpé au fil des ans, passant de 23 à 36 %, comme le rapporte le quotidien Les Échos. On estime que l’institution québécoise retire environ 685 millions de la transaction.

Vente de Camso à michelin

« Camso voulait devenir le Michelin du hors-route »

— Pierre Marcouiller, président exécutif de Camso

Camso et son principal dirigeant Pierre Marcouiller sont pratiquement inconnus du grand public en dépit de leur parcours hors du commun.

En réponse à une demande d’entrevue par le collègue Jean-Philippe Décarie, M. Marcouiller lui avait déjà dit que le grand bonheur d’être aux commandes d’une entreprise à capital fermé était qu’il n’avait pas à répondre aux questions des journalistes.

Hier, l’homme d’affaires de 62 ans a raconté aux journalistes la genèse de la transaction de 2 milliards annoncée hier comme s’il avait fait ça toute sa vie.

« Quand Michelin est arrivée en janvier, on a été un peu surpris parce que Michelin n’a pas comme tradition d’acheter des entreprises. » 

« Surpris, mais comblé, parce que si on avait voulu imaginer l’entreprise idéale avec laquelle se regrouper, c’était [Michelin]. »

— Pierre Marcouiller 

Pour lui, Camso et l’entreprise française de Clermont-Ferrand partagent la même culture axée sur la haute performance.

« Faire des acquisitions n’a jamais été une fin en soi. [L’important], c’est de voir la compatibilité culturelle, l’apport en termes de qualité des produits. On a un positionnement de haut de gamme, de haute performance. Par haute performance, j’entends un coût d’utilisation à l’heure le plus bas de l’industrie et une efficacité d’utilisation. Michelin a cette même philosophie.

« J’ai souvent dit à mes collaborateurs que Camso voulait devenir le Michelin du marché hors route. La seule chose que je ne savais pas, c’est que je n’en serais pas le propriétaire. »

Pour le Québec

« Mais vous devez bien exprimer une quelconque tristesse à l’idée de voir la propriété de Camso passer à des mains étrangères ? », ont insisté les journalistes à la rencontre de presse.

« La propriété, ça n’a jamais été l’essence de notre action, a rétorqué M. Marcouiller. L’objectif, c’est de créer de grandes entreprises au Québec. On l’a, cette grande entreprise, et elle va maintenant aller vers un autre niveau. L’essence, c’est de développer des emplois, des connaissances, c’est de nous développer comme peuple. […] [Avec l’annonce d’hier], on va continuer de développer un leader mondial avec des assises extrêmement solides qui, à travers les années, va créer de la valeur ajoutée au Québec. On doit être fier de ça. »

Vente de Camso à michelin

La Ville de Magog s’attend à des embauches

Magog — Tout comme le grand public, la mairesse de Magog, Vicki-May Hamm, n’avait pas eu vent que Michelin avait entrepris des discussions avec Camso en vue de l’acheter. Elle a donc été quelque peu surprise en apprenant la nouvelle.

« J’aurais pu devenir inquiète en ce qui concerne l’avenir de Camso à Magog, reconnaît d’emblée Mme Hamm. Mais les explications que m’ont fournies les deux entreprises m’amènent à croire qu’il s’agit d’une bonne nouvelle parce que le siège social de l’entreprise restera à Magog, tout comme le volet recherche et développement. »

Selon la mairesse, il est probable que l’entreprise magogoise prendra de l’expansion au cours des années à venir et qu’elle créera de nouveaux emplois dans sa ville.

Sa confiance en l’avenir de Camso à Magog est d’autant plus grande que Michelin est « habituée à travailler en région ». Le groupe français est en effet dirigé à partir de Clermont-Ferrand, une ville d’environ 140 000 habitants relativement éloignée des grands centres urbains de France.

Main tendue

Vicki-May Hamm estime que le site exploité par Camso, dans le parc industriel de Magog, est « déjà parfait », notamment en raison des investissements majeurs effectués par cette entreprise ces dernières années. Mais elle est prête à évaluer toute demande qui proviendrait de l’entreprise visant à améliorer ce site.

« J’espère développer une relation avec les nouveaux acquéreurs, déclare-t-elle. Ils peuvent compter sur ma collaboration s’ils ont des demandes à formuler. »

Quand la France inc. achète dans le Québec inc.

Échantillon des quelques mainmises françaises dans Québec inc. depuis une dizaine d’années

TNT

Acquis en avril 2018 par le géant français du bâtiment Vinci. Le spécialiste des agrégats en construction TNT, qui a déjà appartenu à l’entrepreneur déchu Tony Accurso, emploie 430 salariés à sa carrière et ses usines de Montréal et Laval, et il réalise un chiffre d’affaires de 170 millions.

BCP

L’aînée des grandes agences de publicité au Québec, BCP est acquise en 2015 par le groupe français Publicis. Les 200 employés de BCP ont été intégrés aux autres activités de Publicis Canada, dont le siège administratif à Montréal regroupe maintenant 350 employés.

Aliments Liberté

Fabricant de yogourts acquis en 2010 par l’entreprise française Yoplait, avant qu’elle soit fasse elle-même l’objet d’une prise de contrôle majoritaire par l’américaine General Mills en 2011

Autobus Auger, Limocar

Le groupe Autobus Auger a été acquis en 2009 par la société française Transdev, deux ans après son achat de l’autocariste québécois Limocar. Depuis, Transdev a multiplié les contrats d’exploitation de transport routier public et scolaire dans des municipalités en banlieue et en périphérie de Montréal.

Aliments Carrière

Plus important transformateur québécois de légumes en conserve et surgelés, Aliments Carrière est acquis en 2007 par le groupe français Bonduelle pour en faire sa base d’expansion nord-américaine. Au fil d’autres acquisitions et d’expansions de marchés, Bonduelle des Amériques est rendu à plus de 600 millions de revenus et plus d’un millier d’employés à temps plein.

Vente de Camso à Michelin

La transaction bien accueillie en Bourse

Les actions du géant français des pneus, Michelin, ont clôturé en hausse de 2 % à la Bourse de Paris, à 104,10 euros, avec un volume relativement élevé pour Michelin.

Toutefois, ce rebond ne compense pas le déclin de valeur pour les actionnaires de Michelin. Ceux-ci souffrent d’un rendement total (prix + dividende) négatif de 10 % depuis le début de l’année, comparé au rendement total positif de 4,5 % de l’indice CAC 40 et de 1,2 % pour l’indice européen Eurostoxx.

Manifestement, les investisseurs en actions de Michelin doutent encore des résultats de la série d’acquisitions effectuées depuis le début de l’année et qui sont censées relancer la croissance de revenus stagnants depuis plusieurs semestres.

croissance et rentabilité

« 2018 se présente comme l’année des acquisitions pour Michelin », écrit le quotidien d’affaires français Les Échos, hier.  [L’acquisition de Camso] est la troisième opération d’envergure pour Michelin depuis le début de l’année, après la création d’une coentreprise dans la distribution avec Sumitomo aux États-Unis et l’acquisition du britannique Fenner. »

« Au global, les opérations Camso et Fenner vont renforcer le groupe dans son troisième segment, celui des produits de spécialités, qui est en forte croissance et à forte rentabilité, poursuit le quotidien. En 2017, ce segment affichait 3,36 milliards d’euros de chiffre d’affaires (15 % de l’activité totale de Michelin). L’augmentation de 60 % en seulement un an est spectaculaire. »

MICHELIN EN CHIFFRES

Chiffres d’affaires (2 derniers semestres) 21,9 milliards d’euros (+ 5 % sur un an)

Bénéfice d’exploitation (2 derniers semestres) 2,6 milliards d’euros (- 5,7 % sur un an)

Bénéfice net annuel (2 derniers semestres)  1,7 milliard d’euros (+ 1,7 % sur un an)

Valeur boursière 18,6 milliards d’euros (-14 % sur un an)

Source : Thomson Reuters

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