changements climatiques

Alors que des climatologues confirment qu’il existe un lien entre les changements climatiques et l’intensité des ouragans, la Floride se préparait à être frappée par l’ouragan Michael, qui devrait l’atteindre demain.

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Océans chauds, ouragans violents

Des climatologues ont montré pour la première fois que la saison des ouragans est plus intense si la surface de l’océan Atlantique est plus chaude. Cela pourrait confirmer une prévision des modèles climatiques pour le réchauffement de la planète. Nos explications.

La Niña

L’an dernier, la saison des ouragans a été particulièrement intense : dix ouragans, dont six « intenses », de catégories 3 à 5, alors que normalement, il n’y a que six ouragans, dont deux ou trois intenses. Les climatologues ont d’abord pensé à l’influence du phénomène météorologique La Niña dans l’océan Pacifique, souvent associé à une telle intensité. Une nouvelle étude montre que ce n’est pas le cas. « Nous sommes les premiers à montrer que l’accroissement de la température de surface de l’océan Atlantique est directement lié à l’intensité de la saison des ouragans », explique Hiroyuki Mirakami, de l’Administration océanographique et atmosphérique des États-Unis (NOAA), l’auteur principal de l’étude publiée à la fin de septembre dans la revue Science. « Notre modèle montre que le phénomène se reproduira de plus en plus avec le réchauffement de la planète. »

L’atmosphère

Kerry Emmanuel, climatologue au Massachusetts Institute of Technology, est le « père » de la théorie voulant que les changements climatiques fassent augmenter l’intensité des ouragans – il a prévu le coup dès 1987 dans la revue Nature. Il est d’accord avec la conclusion générale de M. Mirakami quant à l’avenir, mais précise que la température de surface n’est pas la variable la plus importante dans l’équation. « Il faut aussi voir la différence entre la température de surface de l’Atlantique et celle de l’atmosphère, jusqu’à une altitude de 16 kilomètres », explique M. Emmanuel en entrevue depuis Paris. « Les variations naturelles de la température de surface de l’Atlantique sont beaucoup plus importantes que ce qu’on verra avec les changements climatiques. L’an dernier, l’air au-dessus de l’Atlantique était anormalement frais. Si on voit une augmentation de la température de l’air avec les changements climatiques, ça pourrait contrer celle des eaux de surface, au niveau de l’intensité des ouragans. Mais il est vrai que les modèles prévoient cela. »

Le record de 2005

En août, dans la revue Science Advances, le climatologue québécois Louis-Philippe Caron, du Centro nacional de supercomputación à Barcelone, a conclu que le nombre maximal d’ouragans de la saison 2005, 15, ne serait probablement pas dépassé avec les changements climatiques, parce qu’il s’agit d’un maximum absolu pour la région. N’est-ce pas en contradiction avec l’étude de M. Mirakami ? « Non, parce qu’il peut y avoir plus d’ouragans intenses sans qu’on augmente le nombre total d’ouragans, dit M. Caron. On pourrait très bien avoir sept ou huit ouragans intenses par saison, sans avoir un nombre maximum d’ouragans plus élevé. »

EN CHIFFRES

28

Nombre de tempêtes tropicales en 2005

15

Nombre d’ouragans en 2005

7

Nombre d’ouragans de catégorie 3 à 5 en 2005

17

Nombre de tempêtes tropicales en 2017

10

Nombre d’ouragans en 2017

6

Nombre d’ouragans de catégorie 3 à 5 en 2017

Sources : Science, Science Advances

Météo

L’ouragan Michael se dirige vers la Floride

Miami — L’ouragan Michael, qui se déplace vers le nord dans le golfe du Mexique, devrait atteindre les côtes américaines en milieu de semaine, a annoncé hier le Centre national des ouragans (NHC).

L’ouragan de catégorie 1 sur une échelle de 5 se situait hier après-midi à environ 30 km à l’ouest de Cuba. Il est accompagné d’importantes précipitations et ses vents soufflaient jusqu’à 120 km/h avec des rafales pouvant excéder cette vitesse, a précisé le centre dans un bulletin.

Michael devrait atteindre la catégorie 3 (au moins 178 km/h) d’ici ce soir, selon cette source. Il se déplace à 11 km/h en direction du nord et devrait atteindre les côtes de la Floride demain.

Les vents d’une force digne d’un ouragan s’étendent jusqu’à 45 km de l’œil. Les précipitations – jusqu’à 30 centimètres par endroits – pourraient provoquer de dangereuses inondations à Cuba, en Floride et dans certaines régions de Caroline du Nord et de Caroline du Sud.

Évacuations en Floride

Les pluies s’abattaient déjà hier sur Cuba, où les météorologues craignent également des coulées de boue, ainsi que dans l’archipel des Keys, à l’extrémité sud de la Floride.

Rick Scott, gouverneur de cet État américain, a déclaré hier l’état d’urgence dans 35 comtés et a mobilisé 500 membres de la Garde nationale. Au total, 5000 autres sont prêts à être déployés en cas de besoin, a-t-il précisé.

« Surveillons cette tempête avec attention. Comme nous l’avons déjà vu par le passé, elle peut changer de direction et toucher n’importe quelle partie de notre État. »

— Rick Scott, gouverneur de la Floride, sur Twitter

Rick Scott a aussi invité les familles à faire des réserves d’eau, de médicaments et de nourriture.

De premières évacuations ont été ordonnées dans certains comtés hier après-midi, a par ailleurs indiqué M. Scott.

Un an après Irma

L’Université d’État de Floride a annoncé qu’elle serait fermée à partir d’aujourd’hui, tout comme les écoles du comté de Leon, où se trouve la capitale de la Floride, Tallahassee.

Andrew Gillum, maire démocrate de cette ville et candidat à la succession de M. Scott aux élections du début de novembre, a annoncé qu’il suspendait sa campagne.

La Floride a été durement touchée par l’ouragan Irma il y a un an.

La Caroline du Nord et la Caroline du Sud ont été frappées par l’ouragan Florence à la mi-septembre, faisant une quarantaine de morts et plusieurs milliards de dollars de dégâts.

Environnement

Marée d’algues toxiques en Floride

Des milliers de poissons morts sur les plages, ainsi que des tortues, des dauphins, des lamantins, et même un requin-baleine échoué, tous tués à cause de la marée rouge qui continue de s’étendre en Floride. Hier, les algues toxiques ont forcé la fermeture de plages du sud-ouest de la Floride, de Naples à Sarasota, des endroits prisés par les Québécois. Selon divers biologistes experts de la question, l’État de la Floride est en train de connaître l’une des pires invasions d’algues toxiques de son histoire. Ces marées rouges sont constituées de dinophytes, des microorganismes qui se forment à une distance de 15 à 65 kilomètres des côtes. En cas de prolifération, ils émettent des toxines dangereuses pour l’homme, qui peuvent causer des migraines, de la toux et des crises d’asthme chez les plus vulnérables.

— Sara Champagne, La Presse, avec le National Ocean Service (États-Unis)

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