Festival d’été de Québec

Bal masqué métal sur les Plaines

« Tant qu’à aller en enfer, allons-y ensemble ! », a lancé le chanteur de Slipknot, Corey Taylor, avant d’entonner « l’hymne » Heretic Anthem sur les plaines d’Abraham, hier soir. À entendre les dizaines de milliers de festivaliers scander pour lui le « nombre de la bête », on a vite compris qu’ils étaient nombreux à vouloir le suivre.

En cette cinquième soirée du Festival d’été de Québec (FEQ), le site principal était une nouvelle fois bondé. Après la fête, elle aussi survoltée, mais plus bon enfant, de twenty one pilots, disons que l’ambiance avait changé radicalement sous les bons soins des célèbres métalleux masqués. Plus de gros mots et de majeurs brandis, mais probablement autant de fans conquis.

Tout juste de retour d’une tournée européenne, la bande a fait reprendre du service à son imagerie de film d’horreur avec vigueur. Sur un dispositif scénique à trois paliers, elle a pour ainsi dire mis la gomme : entre un Corey Taylor (qu’on pourrait ici rebaptiser « face de cuir ») autant capable d’y aller dans le mélodieux que dans les cris d’outre-tombe, le captivant look de tête d’oursin du claviériste Craig Jones ou l’apport des deux percussionnistes qui, quand ils ne vargent pas sur leurs instruments (quand ça se passe à coup de bâton de baseball, disons que le mot s’impose !), s’adonnent à de frénétiques épisodes de headbanging en invitant le public à faire de même.

On n’a pas assez de deux yeux pour absorber tout ce qui se passe dans le hurlant théâtre de Slipknot. Ça n’a pas fait exception hier.

À vive allure, le groupe a butiné dans les divers chapitres de sa discographie, de la très « positive » People = Shit, qui a lancé les festivités, aux récentes Unsainted ou All Out Life.

Et s’ils n’ont pas l’air très gentils sous leurs masques – on pense à toi, Mick Thomson, et à ta muselière digne d’Hannibal Lecter ! –, Corey Taylor n’a pas manqué de montrer que l’habit ne fait pas le moine. Frappant sa poitrine en guise d’appréciation devant l’ampleur de la foule, il a fait l’effort de s’adresser à elle en français.

« La passion que vous autres, motherfuckers, avez pour la musique, on l’apprécie vraiment », a-t-il observé plus tard.

« Ce que nous avons ici, c’est une famille. Tant que vous êtes derrière moi et que je suis derrière vous, personne ne pourra s’en prendre à nous », a-t-il aussi avancé, promettant un retour de Slipknot dans la capitale avant longtemps. Avec un nouvel album attendu dans un mois, le groupe aura sans doute l’occasion d’honorer sa parole.

Killswitch Engage

Juste avant la grand-messe des métalleux masqués, leurs compatriotes de Killswitch Engage ont profité de leur virée sur les plaines pour célébrer leurs 20 ans avec leurs fans de la capitale. Ça s’est notamment fait en revisitant de plus vieux titres (comme Vide Infra ou Numbered Days) ; en conviant sur les planches le chanteur Howard Jones, qui a tenu pendant quelques années le micro de Killswitch Engage et qui avait plus tôt ouvert les hostilités avec son groupe Light the Torch ; en livrant un rugissant appel à la persévérance des musiciens avec la pièce In Due Time… Et en invitant le public à insulter haut et fort le guitariste Adam Dutkiewicz, qui avait désaccordé son instrument et qui s’est ainsi fait traiter de « dumbass » (imbécile) par la foule. « Vingt ans de cette merde ! », s’est exclamé le chanteur Jesse Leach, qui arborait pour l’occasion le mohawk bleu et le maquillage style masque de Zorro.

Light the Torch

En début de soirée, la formation américaine Light the Torch n’a pas ménagé ses décibels pour faire honneur à son nom. Le micro enfoncé au creux du poing, le chanteur Howard Jones s’est délié les cordes vocales pendant et entre les chansons. « Laissez-moi vous entendre ! », a-t-il notamment beuglé à la foule qui s’activait devant lui.

En petit comique métal, il a envoyé un clin d’œil aux spectateurs qui avaient reconnu en lui l’ancien chanteur de Killswitch Engage. « Je n’ai jamais entendu parler de ce groupe, mais il s’en vient après nous », a-t-il blagué.

Et au moment de quitter la scène, il a de nouveau prouvé que ce n’est pas parce qu’on crie fort qu’on ne peut pas avoir le cœur tendre : il avait l’air franchement ému de sa rencontre avec les plaines d’Abraham.

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