Bientôt 40 ans pour Passe-Montagne

L’un des pionniers de la formation en escalade au Québec, l’école Passe-Montagne, est sur le point de célébrer ses 40 ans. Toutefois, en cette période de pandémie, il faudra attendre un peu pour les grandes célébrations.

« On voulait fêter notre quarantième, mais finalement, on fête la quarantaine », blague le fondateur de Passe-Montagne, Paul Laperrière.

M. Laperrière a commencé à enseigner l’escalade en 1975 avant de fonder une école en bonne et due forme en 1981. Il explique qu’à l’époque, la formation se faisait de façon un peu informelle, par mentorat, par l’intermédiaire de clubs notamment. Des novices partaient grimper avec des gens expérimentés qui transmettaient leur savoir.

À ses yeux, il y avait un besoin pour une structure plus professionnelle.

« Au début, les gens ne comprenaient pas l’utilité d’une école d’escalade, se rappelle M. Laperrière. Pourtant, il y avait des écoles de ski alpin, il y avait des cours qui se donnaient pour le golf. Maintenant, avec tous les cours d’escalade disponibles, on voit que la situation a complètement changé. »

Passe-Montagne était alors établie à Montréal, au coin des rues Saint-Denis et Ontario, au-dessus de la boutique de plein air Azimut, mais les cours avaient lieu à Val-David. L’école faisait aussi de la location d’équipement et organisait des expéditions, notamment dans l’Arctique canadien et dans les Rocheuses.

Puis, en 1989, Passe-Montagne a créé le premier mur d’escalade intérieur à Montréal, à l’Université de Montréal. Paul Laperrière s’est lancé dans la construction de murs et le moulage de prises d’escalade avant de cofonder le centre d’escalade Horizon Roc.

« C’était le premier centre privé, le plus gros au Canada à l’époque », se rappelle M. Laperrière.

Il s’est toutefois peu à peu départi de toutes ces activités pour ne conserver que l’école d’escalade de roche. « C’est ma passion, explique-t-il. J’ai commencé à grimper à 9 ans, je suis resté accroché, c’est toujours mon loisir préféré. »

Il continue à enseigner, toujours au parc régional de Val-David–Val-Morin.

« C’est un site exceptionnel parce qu’on y trouve de tout, les parois sont bien équipées, la base de parois est propre, accessible, il n’y a pas de grosses roches qui pourraient être dangereuses, énumère-t-il. Nous avons développé nos cours en fonction du site. Nous ne perdons pas de temps, nous savons exactement où aller. »

On peut dire que Paul Laperrière connaît bien l’endroit : il a ouvert plus de la moitié des voies qu’on y trouve. « On a un peu plus de 600 voies à Val-David. J’en ai ouvert de 300 à 350. »

Lorsque la saison d’escalade de roche prend fin, à la fin de l’automne, Paul Laperrière reste quelque temps dans la région pour faire un peu de ski de fond, puis il prend la direction du Sud.

« Ça fait 21 ans que je développe l’escalade à Cuba, je suis considéré comme un des pères de l’escalade là-bas », explique-t-il avec un sourire dans la voix.

C’est en regardant des photos de Viñales, avant un voyage là-bas, qu’il avait constaté la présence de falaises prometteuses. Il a constaté sur place que le potentiel était exceptionnel.

« C’est facile d’accès à partir de Montréal, les coûts ne sont pas très grands, il fait beau, il fait chaud. Je peux travailler au Canada six mois par année et aller profiter de Cuba après. Mais cette année, on ne sait pas quand on va y retourner. »

Sécurité

Les impacts de la COVID-19 se font effectivement ressentir sur plusieurs plans lorsque vient le temps de parler d’escalade.

Au début du printemps, alors que les centres d’escalade étaient encore fermés, beaucoup de grimpeurs se sont lancés dans l’escalade extérieure sans toujours avoir les compétences pour effectuer la transition. Il y a toujours un afflux de grimpeurs inexpérimentés chaque printemps, mais le phénomène a été particulièrement aigu cette année.

« Souvent, les gens qui arrivent des gyms n’ont pas la même philosophie que les gens qui ont toujours grimpé à l’extérieur, affirme M. Laperrière. Ils font jouer de la musique, font plus de bruit. »

Il raconte comment des groupes ont pratiquement saccagé un site de camping situé à proximité d’une paroi dans les Laurentides. C’est toutefois la question de la sécurité qui est la plus préoccupante.

« Les gens ne veulent pas payer une formation, déplore Paul Laperrière. Ils achètent du matériel, ils improvisent, ils se fient à des choses qu’ils ont vues sur l’internet. On peut trouver en ligne des choses qui sont bonnes, mais qui sont mal appliquées, ou des choses qui sont carrément dangereuses. »

Dans le meilleur des cas, ces gens viennent lui poser des questions lorsqu’ils voient qu’il s’agit d’un instructeur.

« Je suis très ouvert. Ça me fait une bonne publicité, mais le but ultime, c’est que les gens deviennent sécuritaires. Si nous n’intervenons pas, c’est nous qui serons pris à les évacuer en cas d’accident. Bref, quand nous sommes sur place, nous réussissons à en réchapper quelques-uns. »

Paul Laperrière estime que de manière générale, la formation en escalade est de très bonne qualité au Québec. C’est ce qu’il constate lorsqu’il voit des grimpeurs d’autres pays.

« La formation est plus standardisée au Québec et les Québécois ont plus tendance que les autres à suivre des formations. »

À 64 ans, Paul Laperrière entend continuer à enseigner, mais il a mis en branle un processus de transition pour la gestion de Passe-Montagne. Il espère ainsi avoir un peu plus de temps pour grimper pour lui-même.

« Il y a plein de nouveaux sites au Québec où je n’ai pas été grimper parce que je n’avais plus le temps. »

Et puis, il y a Cuba, l’Équateur ou encore le Mexique, qui semble avoir aussi un potentiel des plus intéressants. « J’ai trop de projets ! Mais d’un autre côté, je ne me plains pas, j’aime ça comme ça. »

Suggestion de vidéo

Un étrange tourbillon

Un tourbillon sous-marin. Des kayakistes un peu fêlés. Mis ensemble, ça donne un étrange ballet aquatique.

Chiffre de la semaine 

1650 kilomètres

C’est la longueur du Sentier national au Québec, qui va de l’Outaouais à la Gaspésie. Il y a cependant encore des tronçons à aménager pour en faire un trajet continu.

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