Avalanche–Canadien

Le CH se réveille à temps

Trois buts en troisième période permettent au Tricolore de renverser l’Avalanche, qui encaisse un neuvième revers en dix matchs.

Analyse

Une audition réussie

On l’avait annoncée comme la grande question de la deuxième moitié de saison : qui serait le partenaire de Shea Weber ?

C’est le genre de question dont la réponse n’est jamais définitive, coulée dans le béton. Surtout quand l’un des deux partenaires du duo en question a 20 ans. Mais avec la victoire de 3-0 du Canadien hier face à l’Avalanche du Colorado, on sent que le dossier du premier duo de défenseurs devient de moins en moins épineux.

Hier, Victor Mete disputait un 10match aux côtés de Weber, depuis que Claude Julien les a réunis tout juste avant Noël. Déjà là, c’était une victoire pour Mete, puisque Brett Kulak, lui, avait vu son audition prendre fin au terme du 9match.

Mais ce 10match était particulièrement significatif. La version hockey de Jumeaux (bon… Victor Mete semble dans une meilleure forme que Danny DeVito, mais vous comprenez l’idée) avait pour mandat de neutraliser le trio le plus productif de la Ligue nationale. Ajoutez à ça un impondérable : le centre de ce trio, Nathan MacKinnon, avait fait un fou de lui au dernier match en se querellant avec son entraîneur-chef au banc. L’animal blessé, nous disait Jean-François Tremblay hier.

Et comment ça s’est passé ?

L’animal blessé a finalement été bien silencieux. MacKinnon, Gabriel Landeskog et Mikko Rantanen ont totalisé cinq tirs au but, même s’ils ont passé 24 minutes sur la patinoire. Sur une de leurs rares actions dangereuses, Landeskog a contourné le filet et tenté de surprendre Price en bouclant la boucle. Price a tendu la jambière, Mete était là pour saisir le retour. C’est d’ailleurs avec son bâton qu’il a réussi la plupart de ses jeux. Il s’est même permis en deuxième période un corps-à-corps le long de la rampe avec Rantanen, à qui il concède 7 po et 30 lb. C’est Mete qui est ressorti avec la rondelle.

« Il a été solide », a jugé Phillip Danault, qui a côtoyé Mete toute la soirée puisqu’il était lui aussi confronté au premier trio du Colorado.

« [Victor] n’est pas le plus physique, mais dans le coin, son bâton est fatigant, toujours à la bonne place. Il fait circuler la rondelle rapidement. Sa vitesse, c’est sa clé. Il ne s’est pas fait déborder par MacKinnon, un des plus vites de la ligue. »

— Phillip Danault

« Il a été bon. Dans son cas, c’est la récupération de rondelle, la capacité à fermer le jeu rapidement. Il avait un bon bâton ce soir. Tous les joueurs ont leur force, quand vient le temps de fermer le jeu. Certains, c’est plus physique, d’autres, c’est la rapidité », a ajouté Julien.

Les chiffres ne mentent pas

Au cours des 10 derniers matchs, Mete a joué sa vingtaine de minutes par match. Il présente une fiche de + 4. L’adversaire n’a enfilé que trois buts pendant les 180 minutes que le numéro 53 a passées sur la patinoire à cinq contre cinq. Compte tenu de la qualité de l’opposition qu’il affronte, c’est bien peu.

Si on vous balance ces chiffres, ce n’est pas pour faire de Mete un futur gagnant du trophée Norris. C’est plutôt qu’ils illustrent que Julien a trouvé une formule qui fonctionne pour son premier duo.

Le tandem n’est pas parfait. Mete fait encore ses erreurs mentales et demeure physiquement fragile. Weber revient d’une année complète sans jouer, et certains soirs, comme jeudi à St. Louis, ça paraît un peu plus.

Mais pendant que l’entraîneur cherche des solutions pour relancer son attaque, au moment où Julien a séparé des combinaisons offensives auxquelles il avait été relativement fidèle, on sent une unité défensive qui se stabilise. Jeff Petry, malgré quelques soirées difficiles, est à sa place au sein du deuxième duo. Kulak et Jordie Benn complètent le portrait, dans l’ombre.

Ce n’est certainement pas là une brigade pour aller à la guerre jusqu’en mai, mais c’est déjà beaucoup plus que ce qu’on pouvait attendre de ce groupe sur papier en septembre dernier.

Ils ont dit

« Ça a eu un bon effet »

« Ça a eu un bon effet. Tu regardes Jonathan Drouin, il a connu un bon match et a pris de bonnes décisions. Des fois, l’équipe stagne, et tu dois faire des changements de temps à autre. Est-ce que ça va rester ainsi ? On verra. »

— Claude Julien à propos des changements de trios

« On ne leur a pas donné trop d’espace. En même temps, on avait plus qu’un trio pour jouer contre eux. On voulait être frais et dispos quand ils sautaient sur la glace. Ils jouent 24, 25 minutes par match, pas question de placer un seul trio contre eux. »

— Claude Julien à propos du premier trio de l’Avalanche

« On sait que c’est un des meilleurs trios de la ligue. Ils sont rapides et forts. C’était un bel effort de tout le monde – Carey Price, les défenseurs, les attaquants – pour les blanchir. »

— Phillip Danault à propos du premier trio de l’Avalanche

« C’est un des meilleurs trios de la LNH. Ils sont dangereux d’un bout à l’autre. On savait que ça ne serait pas seulement cinq joueurs contre eux, mais tout le monde. Tout le monde a bien travaillé. »

— Shea Weber à propos du premier trio de l’Avalanche

« Il y avait du momentum. C’est ce qu’on veut. Si tu ne marques pas, tu veux au moins que le trio qui embarque ensuite ait du momentum. Shea Weber a tiré sur le poteau, on ne peut pas contrôler ça, mais il a eu ses tirs sur notre vague, c’est ce qu’on voulait. L’autre unité a eu ses chances aussi. »

— Jonathan Drouin à propos de l’avantage numérique

« Il est l’un des meilleurs. Il est gros, avec un long bâton, il a de l’expérience, il est bon en attaque comme en défense. Il est dur à affronter, mais on joue contre les meilleurs chaque soir. C’est nous qui n’avons pas réussi à marquer. »

— Gabriel Landeskog à propos de Shea Weber

Propos recueillis par Jean-François Tremblay et Guillaume Lefrançois, La Presse

Dans le détail

Danault tout étoile

L’Avalanche du Colorado a imputé une grande partie de ses insuccès d’hier à son avantage numérique amorphe. Et Phillip Danault en est en grande partie responsable. Il a été à l’origine du premier but du Canadien, en désavantage numérique, en gagnant franchement la mise en jeu. « Je savais exactement où Brett Kulak était, a dit Danault. Sur une mise en jeu, ce n’est pas toujours évident de faire la passe parfaite, mais celle-là l’était. » À un autre moment, encore en désavantage numérique, Danault a ravi la rondelle à Nathan MacKinnon pour mener à une superbe occasion de marquer d’Artturi Lehkonen. « Le Canadien a fait tout un boulot pour briser notre rythme, a reconnu l’entraîneur de l’Avalanche Jared Bednar. Je lui donne tout le mérite qui lui revient. » Danault a obtenu une autre aide, sur le but dans un filet désert de Jordie Benn, là encore sur une mise en jeu gagnée. En fait, il a remporté 15 de ses 21 duels. Il a aussi contribué à la performance inspirée de Jonathan Drouin. Pas pour rien qu’il a été l’attaquant le plus utilisé par Claude Julien.

Gérer Kotkaniemi

Jesperi Kotkaniemi est le plus jeune joueur de la LNH. À 18 ans seulement, il doit apprendre à vivre avec les rigueurs d’une saison de 82 matchs. Son talent et sa vision du jeu sautent aux yeux. Il est promis à un bel avenir. N’empêche, il a commis récemment des erreurs qu’on ne lui connaissait pas. Il n’a marqué qu’une seule fois en 28 matchs. La fatigue le rattrapait peut-être. Hier, il a déjoué Semyon Varlamov d’un tir sur réception sensationnel. Un but important pour une équipe qui n’en marque pas beaucoup ces derniers temps. Pourtant, Claude Julien sait qu’il devra trouver le délicat équilibre pour l’utilisation de son joyau en deuxième moitié de saison. « Ça fait partie de notre travail, évaluer et prendre les meilleures décisions. Dans son cas, il a marqué un gros but, mais il a eu des présences plus difficiles. C’est ça, la deuxième moitié de saison. C’est un jeune qui semble apprendre assez rapidement. Je crois que ce sera la même chose pour la deuxième moitié. Il va comprendre que le jeu s’élève et qu’il doit s’ajuster. On a vu des présences plus difficiles, mais on a vu aussi ce qu’il peut nous procurer. » 

Un match à gagner pour l’Avalanche

Dans le vestiaire de l’Avalanche, le capitaine Gabriel Landeskog a reconnu que c’était un match crucial que son équipe ne pouvait pas perdre. Il a soutenu que ce l’était en raison de la mauvaise séquence que traverse l’Avalanche (1-7-2 à leurs 10 derniers matchs), et non des récents événements. Mais au fond, cette prise de bec très publique entre Nathan MacKinnon et son entraîneur Jared Bednar forçait l’Avalanche à un meilleur résultat hier. Pourtant, l’exceptionnel premier trio de l’équipe n’a rien fait qui vaille. « Chaque match est important en ce moment, a dit Landeskog. Pour notre trio, on a fait quelques bonnes choses, mais [nos adversaires] ont bien joué en défensive. Ils nous ont bien contrés, on n’avait pas d’espace pour faire des jeux. La seule manière de traverser l’adversité est de rester positif et de travailler fort. Surtout, on doit rester unis. » Quant à Bednar, il a résumé ainsi la défaite : « On joue de bons matchs offensifs et le gardien est mauvais. Et quand le gardien est bon, on ne produit rien. »

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