Musée de Charlevoix

À la recherche du berceau de Justin Trudeau

La Malbaie — Qu’est-il advenu du berceau de pin de Justin Trudeau ? C’est la question que se pose le musée de Charlevoix à La Malbaie, qui souhaite ajouter à sa collection le meuble fabriqué par un artisan local de renom à la demande de Margaret Trudeau, mais qui semble avoir disparu dans la brume.

Le musée a même profité du passage du premier ministre en janvier dernier, en préparation du G7, pour lui poser la question. Mais il n’a toujours pas reçu de réponse et le mystère du berceau reste entier.

Les liens entre la famille Trudeau et la région sont anciens, rappelle le président de la Société d’histoire de Charlevoix, Serge Gauthier. Pierre Elliott Trudeau adorait séjourner dans les parages, dit l’historien, qui croit que cet attachement des Trudeau pour Charlevoix explique en partie la tenue du G7 sur ces terres.

« Justin est venu en 1979 à Port-au-Persil avec son père qui avait perdu ses élections, ils sont restés ici quelque temps », raconte M. Gauthier.

Preuve de cet attachement, Justin Trudeau a même dormi, bébé, dans un berceau fait à la main pour lui par un des nombreux artisans que comptait alors La Malbaie.

Une lettre de Margaret

Le 27 octobre 1971, Margaret Trudeau écrivait une lettre à Clément-Joseph Bouchard, un ébéniste de La Malbaie, plus précisément de Pointe-au-Pic, où se trouve le Manoir Richelieu et où a lieu le G7.

« Je serais intéressée à vous commander un berceau en pin blanc », commence la lettre dactylographiée que conserve le musée de Charlevoix.

La mère de Justin Trudeau demande un modèle similaire à celui commandé par Timothy Porteous, un ami de longue date de son mari, qui a d’ailleurs écrit les discours du politicien et a été l’un de ses bras droits. Il est assemblé de pin massif, à tenons et mortaises, avec des poteaux torsadés.

« Nous attendons notre bébé fin décembre seulement et le berceau ne serait requis que tard en janvier prochain », précise Mme Trudeau, qui paiera 155 $ pour le meuble. Justin Trudeau est né le 25 décembre 1971.

Clément-Joseph Bouchard faisait partie d’une longue tradition d’artisans de La Malbaie qui pouvaient compter sur la riche clientèle des estivants, souvent anglophones. « Il construisait des meubles boulevard des Falaises et il était très connu », note le président de la Société d’histoire de Charlevoix, en référence à cette artère de La Malbaie bordée de ses plus belles maisons, dont plusieurs appartiennent toujours à de riches Américains.

Le musée à l’affût

Après la mort de l’artisan en 1993, le musée de Charlevoix a récupéré chez lui plusieurs documents ainsi que des meubles. Certains sont d’ailleurs en exposition présentement au musée, qui rouvrira lundi après le G7.

Le Musée est pour l’instant entouré de clôtures et la « zone de libre expression » a été aménagée dans son stationnement. Ses employés doivent être accompagnés par des policiers pour entrer et sortir du lieu.

La directrice de l’institution aimerait bonifier sa collection en ajoutant le fameux berceau.

« Je ne sais pas si M. Trudeau est au courant de cette anecdote-là. On avait envoyé une requête à son bureau pour savoir où se trouve la couchette, et on n’a pas eu de réponse. »

— Annie Breton, directrice générale du musée de Charlevoix

La présence de cette pièce permettrait au musée de souligner davantage l’apport important des artisans dans l’histoire de la région. La Société d’histoire de Charlevoix poursuit une démarche similaire et s’est installée dans une ancienne forge de La Malbaie, sauvée du pic des démolisseurs.

Serge Gauthier explique que la municipalité de La Malbaie voulait détruire la vieille forge, comme elle l’a fait pour une vingtaine de bâtiments dans les 40 dernières années, au grand dam de ce féru d’histoire.

« J’ai écrit une lettre ouverte dans les journaux avec un titre choquant : "La Malbaie, ville martyre". Il y a eu des téléphones des États-Unis, des Américains qui habitent ici ont appelé la mairie. "Vous n’allez pas démolir la forge ! ?" Deux semaines plus tard, ils nous la donnaient. »

Quant au berceau de Justin Trudeau, œuvre de Clément-Joseph Bouchard, il n’est pas clair qu’il reviendra un jour dans la région comme pièce muséale. Le bureau du premier ministre n’était pas en mesure de dire hier si la famille Trudeau avait encore la pièce en sa possession.

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