Crime organisé

Les Hells Angels rois et maîtres

Les Hells Angels sont l’un des groupes criminels organisés les plus importants au Canada et ils continuent de prendre de l’ampleur grâce notamment à leurs clubs supporteurs. Ceux-ci ont vu leurs rangs grossir de plus de 200 % au pays au cours des cinq dernières années, selon le rapport 2019 du Service canadien de renseignements criminels (SCRC) sur le crime organisé au Canada, dont La Presse a obtenu copie.

Des tentacules à l’international

Dans le document d’une vingtaine de pages, le SCRC décrit une bande de motards hors la loi qui compte 44 sections au Canada, plus de 500 membres, aspirants et hangarounds, et plus de 100 clubs supporteurs. Les auteurs du document n’identifient pas le groupe, mais il s’agit assurément des Hells Angels. Selon le document, les motards criminels ont les activités les plus étendues à l’échelle internationale, encore plus que la mafia. Ils couvrent également plus de territoire au Canada que n’importe quelle autre organisation criminelle. Selon le SCRC, le deuxième club de motards en importance au Canada – également l’un des trois plus importants dans le monde – continue lui aussi de prendre de l’expansion, notamment en Ontario et dans les Maritimes. Le groupe n’est pas nommé dans le document mais il pourrait s’agir des Outlaws, selon une source policière.

1850 groupes criminels au pays

Il y aurait plus de 1850 groupes criminels actifs au Canada – un nombre à peu près semblable à celui de l’an dernier. Parmi ces groupes, 14 représentent une menace élevée à l’échelle nationale, c’est-à-dire qu’ils ont recours à la violence pour mener à bien leurs opérations, qu’ils ont infiltré des forces de police ou le gouvernement et qu’ils entretiennent des relations avec d’autres groupes criminels. Les 1850 groupes criminels répertoriés cette année ont des liens connus ou soupçonnés dans 72 pays, principalement les États-Unis, le Mexique, la Colombie, la Chine et l’Australie. Sur ces 1850 groupes, plus d’une centaine trempent dans l’importation de cocaïne au Canada. On retrouve parmi cette centaine de groupes importateurs de cocaïne cinq organisations qui représentent une menace élevée à l’échelle nationale et qui, à elles seules, importent jusqu’à 1000 kilogrammes de cocaïne au Canada, selon le document.

Les cartels mexicains plus présents au Canada

Parlant du Mexique, des Canadiens qui facilitaient l’importation de cocaïne au Canada ont été assassinés ces dernières années, et les auteurs du rapport n’excluent pas que « les cartels mexicains tentent de rétablir au Canada des cellules opérationnelles », « que des organisations mexicaines – et colombiennes – tentent d’accroître leur influence au Canada » et qu’elles profitent du fait que les ressortissants mexicains n’ont plus besoin d’un visa pour entrer au Canada pour envoyer des associés et leur faire jouer un rôle direct dans les importations de cocaïne. Les auteurs préviennent toutefois que les actes de violence ne devraient pas être aussi graves que ceux qui sont survenus dans le sud des États-Unis. L’Agence des services frontaliers du Canada a indiqué l’an dernier à La Presse que sur une période d’un an et demi, soit entre janvier 2018 et juin 2019, elle a enregistré 238 cas d’interdiction de territoire pour tous les types de criminalité pour les ressortissants mexicains. De ces 238 cas, 27 ont été déclarés interdits de territoire en raison de liens avec des organisations criminelles connues, dont trois concernaient des liens présumés avec des cartels. Les 27 personnes ont été renvoyées.

Nouvelle génération au sein de la mafia 

Au Canada, le crime organisé traditionnel se compose d’une vingtaine de groupes criminels organisés surtout établis dans les régions de Hamilton, de Toronto et de Montréal, « et dont la plupart des membres sont de descendance italienne et souscrivent à la hiérarchie, aux normes et aux rituels de la mafia en Italie », écrivent les auteurs du rapport. Plus spécifiquement, sur la mafia montréalaise, les auteurs du rapport affirment qu’elle « sera probablement redéfinie par une nouvelle génération de membres plus jeunes » dans les prochaines années. Ils écrivent aussi, en parlant des groupes criminels en général, « que ceux-ci délaissent les structures hiérarchiques et culturelles pour se composer de membres interchangeables ». Les activités traditionnelles de la mafia – dans lesquelles elle est toujours impliquée – sont l’importation, l’exportation et la distribution de drogue, les meurtres, la fraude, le blanchiment d’argent, l’infiltration de l’économie légale, le prêt usuraire, le jeu illégal et les paris sportifs en ligne.

Des paris payants

Le SCRC écrit que ces paris sportifs en ligne sont l’activité la plus lucrative du crime organisé ; celle-ci est peu risquée et génère des revenus de plusieurs millions de dollars par an pour les groupes criminels qui se servent de ceux-ci pour financer d’autres crimes, tels les importations et le trafic de drogue. Au Canada, le marché des paris en ligne est dominé par la mafia et les motards, individuellement ou en collaboration, dans plusieurs villes au pays. Le rapport souligne le fait que la Canadian Gaming Association évalue que les Canadiens miseraient environ 4 milliards de dollars par an sur des sites de paris sportifs à l’étranger et 500 millions dans des jeux de loterie sportive provinciaux légaux.

Les facilitateurs, les nouveaux ennemis à abattre

Pour la première fois, le SCRC a ajouté dans son rapport les facilitateurs, qu’il décrit comme étant une personne ou un groupe qui joue un rôle déterminant dans les opérations des organisations criminelles. Les auteurs du rapport ne citent pas de cas précis, mais leur définition du mot « facilitateur » pourrait correspondre au réseau de présumés recycleurs de produits de la criminalité démantelé en 2019 dans une importante enquête de la Gendarmerie royale du Canada baptisée Collecteur. Les auteurs isolent, sans les identifier, sept facilitateurs qui ont aidé les organisations criminelles à détourner des précurseurs chimiques nécessaires à la fabrication de drogue de synthèse, importer de la cocaïne, financer des importations, gérer des opérations et distribuer de la cocaïne. Les auteurs du rapport suggèrent que les corps de police ciblent les facilitateurs car ils font affaire avec plus d’un groupe criminel.

Drogues de synthèse : toujours les mêmes

La fabrication et la distribution de drogues synthétiques sont une autre menace qui guette le pays en 2020, affirment les auteurs du rapport. Selon eux, plus de 30 groupes criminels sont impliqués dans l’importation et le transport des précurseurs servant à la fabrication de drogues de synthèse, et une cinquantaine dans la production de méthamphétamine et de fentanyl, un opioïde 40 fois plus puissant que l’héroïne qui fait des ravages aux États-Unis et dans l’Ouest canadien. Malgré les opérations policières des dernières années, ce sont constamment les mêmes individus qui sont à la tête de ces réseaux, écrivent les auteurs du rapport, qui s’attendent à ce que la drogue de synthèse et le fentanyl proviennent de plus en plus des États-Unis et du Mexique.

Des gangs en mutation

Il y a 375 gangs de rue connus au Canada, soit 68 % de plus que l’année précédente. Le SCRC croit toutefois que cette hausse s’explique par le fait que de plus en plus d’information est communiquée par les corps de police. Le SCRC affirme qu’en 2020, la composition des gangs de rue serait de plus en plus changeante et que l’époque des rivalités entre Rouges et Bleus (Bloods et Crips) semble terminée. « Des alliances sont le plus souvent formées pour mener à bien des activités lucratives, et les actes de violence commis par les gangs découlent souvent de conflits liés à ces activités, comme le contrôle de territoires de trafic de drogue, plutôt que de conflits entre gangs traditionnels », écrivent les auteurs du rapport. Ceux-ci croient notamment qu’en raison de la facilité avec laquelle ils peuvent se procurer des armes à feu, les gangs de rue représentent une menace de plus en plus élevée. Les auteurs ajoutent qu’une partie des conflits entre gangs découle de disputes qui ont débuté sur les réseaux sociaux. 

— Avec William Leclerc, La Presse

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