Éditorial

Du hockey en août

Connor McDavid, Sidney Crosby et Carey Price sont de retour sur la glace pour se disputer la Coupe Stanley. Au début du mois d’août. Une (autre) preuve que l’année 2020 est tout sauf normale…

Qui gagnera la Coupe Stanley ? Bonne question si vous aimez le hockey. Mais il y a une autre raison de suivre les séries éliminatoires de la Ligue nationale cette année : pour savoir si une ligue de sport professionnel peut fonctionner de façon sécuritaire dans des villes bulles.

Comme la NBA aux États-Unis, la Ligue nationale de hockey a choisi de terminer sa saison dans deux villes bulles. Avant d’arrêter son choix sur Toronto et Edmonton, la LNH a notamment discuté avec la Colombie-Britannique pour établir une ville bulle à Vancouver. En Amérique du Nord, la Colombie-Britannique est l’endroit qui a probablement le mieux géré la crise de la COVID-19 sur le plan sanitaire. Et la LNH n’a pas accepté toutes les demandes sanitaires de la province, notamment que cette dernière puisse suspendre une série éliminatoire s’il y avait trop de cas positifs au sein d’une équipe.

L’Ontario et l’Alberta n’auront pas ce pouvoir de suspendre une série.

Par contre, si la situation devenait hors de contrôle, les deux provinces et le fédéral gardent évidemment leurs pouvoirs généraux en matière de santé publique qui leur permettraient de mettre fin à l’expérience des villes bulles.

En théorie, le protocole de la LNH est sévère sur plusieurs aspects :

– Les joueurs vivent dans la bulle et ne peuvent pas en sortir ;

– Les joueurs sont testés chaque jour (les tests sont gérés par une clinique privée et les résultats sont connus à l’intérieur de 24 heures) ;

– Un joueur est isolé dès qu’il obtient un test positif ;

– Les résultats des tests sont communiqués chaque jour à la province.

Le protocole de la LNH a été accepté par le fédéral, l’Alberta et l’Ontario. Mais considérant le refus de la Colombie-Britannique, on ne peut que conclure qu’il y a place à l’amélioration.

En fait, la principale faille du plan saute aux yeux : la LNH se garde le droit de décider elle-même quand il y aura suffisamment de cas positifs au sein d’une équipe pour suspendre une série éliminatoire, et la ligue n’a pas établi de seuil à l’avance. C’est une (trop) grande marge de manœuvre.

Il y a aussi l’univers particulier du sport professionnel. Pour certaines équipes, tout est permis pour gagner (par exemple, le « Deflategate » pour les Patriots de la Nouvelle-Angleterre, vol de signaux pour les Astros de Houston). Vous avez beau avoir le meilleur protocole sanitaire sur papier, il faut que tout le monde le respecte. C’est le test qui attend les équipes de la LNH.

Par contre, on a déjà une idée d’un protocole sanitaire qui ne fonctionne pas : celui du baseball majeur, qui a choisi de jouer sa saison (dans des stades sans spectateurs) en faisant voyager ses équipes comme à l’habitude.

Seuls les Blue Jays ne peuvent pas jouer dans leur stade, à Toronto. Le gouvernement fédéral trouvait trop risquée l’idée de laisser entrer et sortir régulièrement des équipes américaines (même dans une mini-bulle) en sol canadien.

Quelle sage décision d’Ottawa ! En une semaine, deux équipes du baseball majeur (Miami et Philadelphie) ont dû suspendre leurs activités en raison de multiples cas de COVID-19. Les Marlins de Miami ont pris une décision irresponsable en continuant de jouer même si plusieurs joueurs avaient reçu un test positif. Quelques jours plus tard, c’est 19 membres de l’équipe qui avaient la COVID-19. D’où l’importance d’agir rapidement.

L’expérience du baseball majeur montre qu’il sera difficile pour une ligue de jouer sans villes bulles tant que la COVID-19 fera partie de nos vies.

La NBA et la LNH, elles, tenteront de prouver au cours des prochaines semaines que le concept de villes bulles peut fonctionner.

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