Crise à Hong Kong

Pékin menace de ne pas rester « les bras croisés »

Hong Kong — La Chine, qui a massé ses troupes à la frontière de Hong Kong, a menacé hier de ne pas rester « les bras croisés », si la contestation prodémocratie devait dégénérer dans la région semi-autonome, suscitant « l’inquiétude » de Donald Trump au sujet des risques de répression violente.

« Pékin ne restera pas les bras croisés » si la situation devient « incontrôlable », a mis en garde l’ambassadeur de Chine à Londres, Liu Xiaoming.

Après deux mois d’agitation à Hong Kong contre l’exécutif pro-Pékin, des hommes en treillis étaient massés hier dans un stade de Shenzhen, la métropole située aux portes de l’ex-colonie britannique, a constaté un journaliste de l’AFP. Des camions et des blindés de transport de troupes étaient également visibles.

Les hommes, appartenant apparemment à la police militaire, défilaient en rangs serrés, brandissant des drapeaux rouges, ou s’entraînaient à la course à pied, alors que d’autres circulaient à moto à l’extérieur du stade, situé à moins de sept kilomètres de la frontière.

Pékin a laissé planer ces derniers jours la menace d’une intervention pour rétablir l’ordre, en diffusant sur les médias officiels des vidéos montrant des convois militaires se dirigeant vers Shenzhen.

Spectre de Tiananmen

Cela a conduit le conseiller à la sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton, à évoquer le spectre de la sanglante répression du mouvement prodémocratie de la place Tiananmen, il y a 30 ans à Pékin.

«  Les Chinois doivent faire très attention aux mesures qu’ils prennent, parce que les Américains se souviennent de la place Tiananmen », a-t-il déclaré dans un entretien à Voice of America diffusé hier. « Ce serait une grosse erreur de créer de nouveaux souvenirs comme ceux-là à Hong Kong. »

Interrogé sur les risques de répression violente, Donald Trump s’est dit « inquiet » et a annoncé qu’il devait en parler « bientôt » avec son homologue chinois Xi Jinping.

« Je voudrais vraiment voir la Chine résoudre humainement le problème à Hong Kong. »

— Donald Trump, hier, en s'adressant à des journalistes

Le milliardaire républicain souffle le chaud et le froid depuis le début de la contestation, prenant soin de ménager son homologue chinois, avec lequel il est engagé dans de laborieuses négociations commerciales. Il a lui-même fait pour la première fois le lien entre les deux dossiers mercredi, en appelant la Chine à gérer « humainement » la crise hongkongaise avant de conclure un accord commercial.

« Pleinement confiance »

« J’ai vraiment pleinement confiance dans le président Xi. Je sais que s’il décidait de s’asseoir avec des représentants » des manifestants, « il pourrait résoudre le problème rapidement », « en 15 minutes », a-t-il réaffirmé hier soir, reprenant une idée déjà émise plus tôt sur Twitter. « Je sais qu’il n’a pas l’habitude de faire ce genre de choses, mais je pense que ce serait pas mal. »

Le reste de l’administration américaine a pourtant lancé ces deux derniers jours des avertissements clairs à la Chine.

« Les États-Unis exhortent fermement Pékin à respecter ses engagements contenus dans la déclaration conjointe sino-britannique afin de permettre à Hong Kong d’exercer un haut degré d’autonomie »,

— Un porte-parole du département d'État américain, plus tôt cette semaine

Ce commentaire faisait suite à de nombreuses critiques sur l’apparente discrétion ou bienveillance de Washington à l’égard des autorités chinoises.

La déclaration sino-britannique de 1984 encadre la rétrocession de Hong Kong, survenue en 1997. Elle stipule que la région bénéficie « d’un haut degré d’autonomie, hormis en matière d’affaires étrangères et de défense », et de son propre système judiciaire, législatif et exécutif.

Exemptions fiscales et aides aux étudiants

Le secrétaire aux Finances de Hong Kong, Paul Chan, a lui annoncé hier une série de mesures, dont des exemptions fiscales pour les petites entreprises, des aides plus généreuses pour les étudiants ainsi que pour les ménages à faibles revenus.

Ces gestes budgétaires en faveur du pouvoir d’achat semblent destinés à gagner la sympathie d’une partie des Hongkongais excédés par la paralysie de la cité-État.

« En raison des dernières évolutions sur le territoire », Paul Chan a également annoncé la révision à la baisse, entre 0 et 1 %, des prévisions de croissance pour l’année en cours, qui montaient jusqu’ici entre 2 et 3 %.

Le mouvement prodémocratie, qui a vu des millions de personnes descendre dans les rues, est parti début juin du rejet d’un projet de loi hongkongais autorisant les extraditions vers la Chine. Il a depuis considérablement élargi ses revendications pour dénoncer le recul des libertés et les ingérences du régime communiste.

Hong Kong « ne sera pas une répétition » de Tiananmen, selon un journal chinois

Un quotidien chinois a fait aujourd’hui une rare allusion à la répression de Tiananmen, sujet tabou dans le pays, pour expliquer qu’une éventuelle intervention armée à Hong Kong ne serait pas une répétition du carnage commis en juin 1989 à Pékin par les militaires. « Pékin n’a pas décidé d’intervenir par la force afin de mater les émeutes à Hong Kong, mais cette option est à l’évidence à sa disposition », écrit dans un éditorial le quotidien de langue anglaise Global Times. Mais même si le régime communiste décidait d’envoyer l’armée contre les manifestants, « l’incident à Hong Kong ne serait pas une répétition de l’incident politique du 4 juin en 1989 », poursuit le quotidien qui émane du Quotidien du peuple, l’organe du Parti communiste chinois (PCC) au pouvoir. Aucun bilan officiel de la répression sanglante de Tiananmen n’a été publié, mais les experts évoquent généralement de plusieurs centaines à plus d’un millier de morts. — Agence France-Presse

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