ENVIRONNEMENT

Que faire avec le pétrole de l’Alberta ?

Le pétrole de l’Alberta est au cœur de la campagne électorale. Faut-il en produire plus pour l’exporter et s’enrichir ? Ou faut-il se hâter de fermer le robinet pour pouvoir atteindre nos cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Il faut surtout réduire notre consommation, estime Claude Villeneuve, directeur de la chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi et grand spécialiste des changements climatiques.

Le professeur voit les choses par l’autre bout de la lorgnette : pour le bien de la planète, il ne faudrait pas produire plus de pétrole. Mais on ne peut pas empêcher une industrie légitime de produire quelque chose qu’on veut autant se procurer.

« Si l’industrie pétrolière est florissante, c’est parce que nous avons soif de pétrole, explique-t-il. Il ne faut pas demander à une industrie légitime qui répond à une demande de cesser de produire. Il faut déconstruire cette demande. »

Cesser la production de pétrole au Canada n’aurait pas beaucoup d’effet pour l’environnement. La production canadienne, qui équivaut à 5 % du pétrole produit dans le monde, serait facilement remplacée. « Le monde ne manque pas de pétrole », argue-t-il.

Une baisse de la demande est une meilleure avenue. Les moyens de la réduire sont nombreux, et à tous les niveaux, selon lui. Les gouvernements peuvent cesser de subventionner le secteur pétrolier, se donner des cibles de réduction et imposer des taxes pour atteindre ces cibles.

Il faut utiliser les énergies de transition, comme le gaz naturel renouvelable, partout où c’est possible. Et tout le monde devrait avoir un plan de réduction des émissions et des cibles à atteindre : les municipalités, les universités, les écoles et les hôpitaux, en passant par les habitations.

« C’est une bonne idée, par exemple, d’isoler notre maison pour arrêter de chauffer le dehors. »

— Claude Villeneuve, directeur de la chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi

« Si on est sérieux quand on décrète l’urgence climatique, comme le Québec vient de le faire, il faut réduire partout où on peut », dit celui qui se méfie autant du discours de l’industrie que de celui des environnementalistes. « Ce sont d’abord et avant tout des entreprises de communication », estime-t-il.

Utiliser les outils à notre disposition

Claude Villeneuve croit qu’iI ne faut pas non plus demander au gouvernement de faire le travail à notre place. « Les politiciens vont agir par obligation », dit-il.

La consommation de pétrole est plus polluante que sa production, et ce, partout dans le monde. Le pétrole rend encore des services indispensables dans le secteur du transport, mais il y a des moyens de s’en passer « en utilisant les outils qu’on a ».

« Marcher et pédaler, ça fait partie des outils qu’on a. Prendre les transports en commun et faire du covoiturage aussi. »

— Claude Villeneuve, directeur de la chaire en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi

Tous les véhicules immatriculés au Québec qui tournent 10 minutes au ralenti par semaine émettent 260 000 tonnes de GES par année. C’est plus que les émissions d’Hydro-Québec pour l’ensemble de la production annuelle d’électricité, a calculé le professeur.

La technologie permet facilement de couper les moteurs à l’arrêt. On pourrait la rendre obligatoire, dit Claude Villeneuve. Ça fait aussi partie des outils qu’on a, selon lui.

Le pétrole le plus sale au monde ?

Selon l’Association canadienne des producteurs de pétrole, le brut canadien ne produit pas plus d’émissions que le pétrole extrait en Californie, au Nigeria ou en Arabie saoudite. Selon Greenpeace, le pétrole canadien est au quatrième rang parmi les plus polluants, derrière l’Algérie, le Venezuela et le Cameroun. Il n’y a pas de pétrole propre, dit Claude Villeneuve. Le pétrole canadien issu des sables bitumineux n’est pas le plus sale du monde, mais il se classe quand même en haut de la liste des pires pollueurs.

Remplacer de l’énergie plus sale

L’industrie pétrolière a besoin de nouveaux pipelines pour exporter son pétrole. Son argument : le pétrole canadien pourrait remplacer avantageusement le pétrole produit dans des pays où les règles environnementales sont moins sévères qu’au Canada, ce qui serait un gain pour la planète, affirme l’industrie pétrolière. C’est faux, selon le professeur Villeneuve. À moins d’avoir des garanties que ce remplacement se fait réellement, ce qui est pratiquement impossible à prouver, on ne peut pas prétendre que la planète bénéficierait d’une augmentation des exportations de pétrole canadien.

Qui pollue le plus ?

C’est nous ! Peu importe l’origine du pétrole, la plus grande part des émissions de gaz à effet de serre est générée par sa combustion. C’est donc le consommateur de pétrole, comme l’automobiliste, qui est responsable de 70 à 80 % du total des émissions.

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