Immobilier

Le peintre René Gagnon vend son domaine au bord du fjord

« Quand j’ai vu l’endroit, j’ai dit : "Je vais mourir ici." » L’artiste peintre René Gagnon a 91 ans. Il n’est pas à l’aube de la mort – il peint toujours et parcourt son domaine à dos de motoneige –, mais le temps est venu de passer le flambeau. Il y a deux semaines, celui qui se décrit comme « un chasseur de paysages » a mis en vente, au prix de 7,8 millions de dollars, une partie de sa propriété qui surplombe le fjord du Saguenay.

Les photos témoignent de la beauté majestueuse du paysage. Entouré du parc national du Fjord-du-Saguenay, le domaine de René Gagnon, artiste peintre du paysage reconnu mondialement, et de sa conjointe, Claire-Hélène Hovington, se trouve au cœur de la nature, à Sacré-Cœur, une petite municipalité de la Côte-Nord située au nord-ouest de Tadoussac. La résidence principale est nichée sur ce qu’ils appellent « le plateau bas », à 225 pieds au-dessus du niveau de la mer. De là, on peut apercevoir et entendre les bélugas, ainsi qu’un petit rorqual qui vient souvent nager devant leur maison.

Le terrain s’étend sur un total de 700 acres. Les 350 acres qui sont mis en vente abritent la résidence principale, l’atelier de l’artiste, une galerie d’exposition, un garage, un pavillon de chasse, trois miradors pour observer la nature et 14 km de chemins forestiers carrossables. Tout a été construit et aménagé par René Gagnon, avec l’aide d’un artisan « aux mains en or ».

Lorsqu’il a acquis le terrain d’un cultivateur en 1969 (pour 10 000 $, de gré à gré, avec des paiements étalés sur 10 ans), il n’y avait que la vue. Les gens le disaient fou de s’y installer, mais il était tombé amoureux de ce coin de pays qui a été très bien nommé « L’Anse-de-Roche ». Puis, il est tombé une deuxième fois amoureux, cette fois de Claire-Hélène, qu’il a invitée à vivre dans les bois, sans électricité.

« J’ai commencé à couper des arbres, raconte-t-il au téléphone. Je me suis acheté une petite scierie. J’ai commencé à faire du bois. »

« Et avec les pierres de la montagne, on a construit plusieurs parties de la maison, avec un artisan. »

— René Gagnon

« Comme il était fort, on prenait chacun notre bout et on montait pierre par pierre. Après, c’étaient les pièces de bois. Et ce n’était jamais assez grand. Jamais assez haut et ainsi de suite. » « C’est une maison évolutive, poursuit Mme Hovington. On partait à Montréal vendre des tableaux et on revenait avec l’argent qu’on réinvestissait dans la maison. »

Une réserve et du gibier

Sur le plateau « haut » du domaine se trouve une réserve naturelle avec un lac. La chasse à l’original, au lièvre, à la perdrix et au chevreuil est permise. Alors, pendant que l’artiste peint, sa conjointe part à la chasse. « J’ai commencé à chasser à l’arbalète l’automne dernier, relate-t-elle. On a vécu huit semaines au pavillon de chasse, à 20 minutes de la maison. »

La nature est au cœur de la propriété, qui a bien failli être expropriée lors de la création du parc national du Fjord-du-Saguenay, dans les années 80. Ne voulant pas laisser aller les plus belles parties de ses terres, le couple s’est battu et a gagné. Résultat : son voisin est aujourd’hui le parc national. « Le sentier pédestre pour aller à Tadoussac débute dans notre cour ! », précise M. Gagnon.

« On ne vend pas un domaine, on vend une vie. »

— René Gagnon

« C’est quelque chose qui est en moi, observe-t-il. C’est difficile à décrire avec des mots, l’émotion est plus grande que les mots. Mais avec l’âge, il faut prendre des décisions. » Le couple ne partira toutefois pas bien loin. Il est trop attaché à son coin de pays. Il conservera donc une partie de ses terres pour y construire une maison de plain-pied, plus adaptée à ses besoins.

« C’est pour ça que j’ai eu autant de succès à l’international, à cause de notre coin de pays qui est unique au monde, dit René Gagnon. Unique pour la lumière, unique pour les formes, unique pour sa majesté. On l’appelle le royaume avec raison. »

L’artiste rêve que le domaine et les œuvres d’art qu’on y trouve deviennent un bien patrimonial et que l’endroit reste accessible au public et aux artistes. « Je suis arrivé dans cet endroit avec une paire de culottes, j’aimerais repartir avec une paire de culottes », illustre-t-il.

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