Ouragan Michael

« C’est le désastre »

« On a vu, de nos yeux, les arbres se déraciner. » En pleine expédition à travers les États-Unis, Martin Trahan a canoté depuis l’Oregon jusqu’à la Floride. Quand il a mis le cap vers Panama City, un peu plus tôt cette semaine, le Québécois ne pouvait s’imaginer que sa trajectoire croiserait l’œil de l’ouragan Michael, le plus puissant jamais enregistré dans le Nord-Ouest floridien.

L’ouragan Michael a frappé de plein fouet la région appelée le « Panhandle de Floride » en soufflant des vents de 250 km/h hier après-midi. Il a touché terre vers 13 h 30 près de la ville balnéaire de Mexico Beach, voisine de Panama City, avec une force à la limite de passer à la catégorie 5, la plus élevée de l’échelle de Saffir-Simpson.

« Il n’y a à peu près aucun arbre qui a tenu, ils ont cassé ou ont été déracinés. » Au bout du fil, Martin Trahan constatait l’ampleur des dégâts autour de lui. « C’est le désastre », affirme-t-il. Le canoteur d’expérience, qui achevait son ambitieux périple de traverser le continent américain d’une côte à l’autre en sept mois, a pu trouver refuge, un peu miraculeusement, chez un résidant du secteur.

« Il y a six jours, je canotais sur l’eau », a-t-il relaté, encore ébranlé. Il a rencontré ce bon samaritain, David Erdman, qui était en bateau. Il lui a donné son numéro. « Il faut dire que les gens croyaient que ce serait une tempête tropicale », a-t-il expliqué. À Apalachicola, un peu plus à l’est, l’aventurier de 37 ans n’a plus eu d’autre choix que de s’arrêter.

« Il est venu me chercher »

« Je ne savais pas trop quoi faire, je l’ai appelé et il est venu me chercher pour me ramener chez lui, il a fait environ une heure et demie de route », dit-il. L’ouragan Michael a laissé dans son sillage des destructions, des dégâts importants et des inondations sur des kilomètres de littoral. Les autorités ont signalé une première victime « liée à l’ouragan » en soirée.

Le quartier où le Québécois s’est réfugié n’a pas été épargné par la puissance des vents et les pluies diluviennes qui ont sévi. Lui et la famille de M. Erdman se sont mis à l’abri dans une petite pièce de la maison.

« Tout s’est mis à trembler. Je croyais que les fenêtres allaient éclater, que les portes allaient arracher. »

— Martin Trahan

« On essayait de voir dehors, mais on ne voyait rien tellement il ventait et qu’il y avait des débris qui volaient. Quand on a vu un arbre mature tomber sur la maison pour détruire le toit, là, on a vraiment compris l’ampleur de la situation », a poursuivi Martin Trahan.

Deux arbres se sont finalement abattus sur le foyer des Erdman, brisant le toit de leur maison et laissant entrer l’eau des pluies torrentielles. « Je suis dans un quartier assez huppé, les résidences sont solides, construites en brique », a-t-il précisé. Derrière, on pouvait déjà entendre le bruit des scies à chaîne qui résonnait.

« Il n’y a pas de courant, les routes sont bloquées par les arbres. Là, on essaie de se faire un chemin pour au moins pouvoir sortir », a ajouté l’homme originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui s’activait lui aussi sur le terrain. Il estime avoir été réfugié avec M. Erdman, sa femme et leurs deux garçons pendant « un bon deux heures ».

Le secteur où il se trouvait n’était pas visé par un ordre d’évacuation, a-t-il expliqué, puisque le quartier est « un peu reculé » dans les terres. M. Trahan n’avait pas idée des dégâts ailleurs à Panama City ou le long du littoral. « C’est d’une grande, grande tristesse. C’est toute une région qui est dévastée. Il y a des gens qui vont tout perdre », a-t-il déploré.

Maisons immergées

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montraient une partie de Mexico Beach sous plusieurs mètres d’eau avec des maisons immergées jusqu’au toit, parfois partiellement arraché. Des photos des habitants de villes environnantes montraient des bâtiments éventrés ou réduits à un tas de planches entremêlées.

Cet ouragan dévastateur est le plus puissant à toucher terre sur la partie continentale des États-Unis depuis l’ouragan Andrew en 1992.

Les météorologues avaient prévenu du caractère « potentiellement catastrophique » de Michael, avec de dangereuses inondations, notamment côtières, et de fortes précipitations.

Quelque 375 000 personnes, dans plus de 20 comtés de Floride, avaient reçu l’ordre d’évacuer ou avaient été incitées à le faire. L’état d’urgence a été décrété dans 35 comtés floridiens, ce qui a permis de débloquer des moyens matériels supplémentaires ainsi que des fonds fédéraux pour faire face aux conséquences de l’ouragan.

En Floride seulement, au moins 388 000 foyers étaient privés de courant, selon CNN. Ce nombre s’élevait à près de 500 000 en ajoutant les résidences touchées en Alabama et en Géorgie, où s’est déplacé l’ouragan Michael en soirée. Les autorités ont déjà fait savoir que les résidants pourraient être sans électricité « pendant plusieurs semaines ».

Prêt à aider

Accueilli chez les Erdman, Martin Trahan a affirmé à La Presse être prêt à mettre la main à la pâte pour les prochains jours. « Je ne sais pas ce que je vais faire. J’ai envie de donner un coup de main pour l’instant. Il y a tellement d’Américains qui m’ont aidé, j’ai l’occasion de redonner », a-t-il admis. « Dans mon cas, c’est aussi peut-être la fin de mon expédition. »

Martin Trahan entamait la dernière étape de son périple devant le mener jusqu’aux Keys, après avoir traversé quelque 8000 km. « Je n’ai pas vu mon canot encore, il est sous un arbre. […] Toute la rive est dévastée, l’eau potable sera rare aussi », a-t-il expliqué.

« Les dommages sont tels qu’il y en a pour des semaines, voire des mois. »

— Martin Trahan

Le Québécois a pu passer la nuit dernière toujours chez les Erdman, alors que le « tiers » de la maison était habitable. Le groupe avait aussi pu faire le plein de vivres en se rendant en Géorgie lundi dernier pour se procurer une génératrice, de l’essence et de l’eau embouteillée, notamment. «  [À Panama City], tout était vide », a-t-il précisé.

L’ouragan Michael avait perdu considérablement de sa force en fin de soirée hier, alors qu’il avait été rétrogradé à la catégorie 1. Michael devait passer dans la soirée sur le sud-est de l’Alabama et le sud-ouest de la Géorgie, où il devait perdre progressivement son statut d’ouragan, puis s’éloigner en direction de l’Atlantique demain.

— Avec l’Agence France-Presse

Les autorités en état d’alerte

Les autorités de la Floride, de l’Alabama et de la Géorgie étaient toutes en état d’alerte hier à mesure que l’ouragan s’approchait. « Nous avons des camions prêts à partir, chargés de tonnes de nourriture, d’eau et d’autres fournitures cruciales », dont 1,5 million de repas préparés, a indiqué le gouverneur de la Floride, Rick Scott.

Le président américain Donald Trump a aussi assuré que le pays « était bien préparé » à faire face à l’ouragan, précisant qu’il devrait se rendre sur place dimanche ou lundi.

— Fanny Lévesque, La Presse

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