Croisières

Sur l’eau, la vie de château

À bord du S.S. Maria Theresa, croisière fluviale rime avec traitement royal. Compte rendu d’une croisière sur le Danube, entre la Hongrie et l’Allemagne, avec Uniworld.

UN DOSSIER DE STÉPHANIE MORIN

Séjour sur
le S.S. Maria Theresa

À bord du S.S. Maria Theresa — Le contraste est frappant. Amarré au quai de Budapest, le S.S. Maria Theresa arbore une allure on ne peut plus moderne : lignes épurées, coque d’un blanc immaculé, larges vitres teintées… Une fois la porte franchie, c’est le choc. Adieu la sobriété, vive le baroque assumé !

L’intérieur du bateau n’est que dorures, fioritures, papiers peints et draperies. Si elle revenait d’entre les morts, l’archiduchesse Marie-Thérèse d’Autriche, qui veille sur la réception depuis son immense cadre doré, ne serait pas dépaysée.

Le S.S. Maria Theresa est l’un des 12 bateaux de la flotte qui sillonne l’Europe pour l’entreprise de croisières boutiques Uniworld. Et c’est l’un des plus richement décorés.

Les 75 cabines (dont 11 suites) ne font pas exception. Un balcon à la française permet de profiter de la vue sur l’eau en toute intimité. La cabine n’est pas grande, comme c’est souvent le cas en croisière. Deux adultes doivent s’y sentir un peu à l’étroit lorsqu’ils s’y déplacent en même temps. Mais tout est bien pensé pour offrir un maximum de commodité. Et de confort.

« Vous allez voir, le lit est moelleux comme de la guimauve », nous a d’ailleurs lancé un couple d’Américains croisé alors qu’il quittait le bateau à Budapest, car son séjour sur le Danube était terminé alors que le nôtre commençait à peine.

« Vous avez aimé votre croisière ?

– Elle a dépassé nos attentes ! Vous allez vite comprendre pourquoi. Le personnel nous traite aux petits oignons [“they spoiled us”]... »

Les jours qui suivront leur donneront raison. Le personnel est serviable au possible, mais sans être obséquieux. Ici, le tablier et la chemise blanche sont de mise ; certains ajoutent même des gants blancs à l’uniforme, mais le service – en anglais seulement – est toujours chaleureux, jamais empesé.

Le sourire est sincère quand Alexandru, le barman roumain, nous sert un verre de mousseux ou un cocktail. Ibi, la directrice de croisière, pousse chaque soir la chansonnette – hongroise ! – avant son breffage pour planifier la journée du lendemain. Même le capitaine vient parfois accueillir ses passagers au retour d’une visite guidée !

Il faut savoir que chez Uniworld, le pourboire est inclus dans le prix de la croisière. Du coup, le personnel (de l’équipe de nettoyage jusqu’aux guides ou aux conducteurs d’autocar) n’a pas besoin de multiplier sans fin les courbettes ni les regards lourds de sous-entendus, la main tendue.

Cela n’est pas dans les habitudes de la maison, qui opte davantage pour un service personnalisé. D’ailleurs, dès la première soirée, les membres du personnel connaissaient le nom des quelque 120 passagers à bord. Et les besoins particuliers de chacun.

Ainsi, le chef s’est avancé vers une passagère végétarienne dès le premier souper. Il voulait être certain qu’elle trouverait au menu tout ce qu’il lui fallait. Et sinon, il pouvait toujours lui concocter quelque chose… Un bouillon de légumes pour remplacer la soupe au poulet, peut-être ?

L’itinéraire au menu

Le menu à bord – qu’il soit servi à la carte ou sous forme de buffet – varie au gré des journées et des pays où le S.S. Maria Theresa est ancré. Le premier soir, c’est la Hongrie qui s’est invitée dans l’assiette : padlizsankrem (un caviar d’aubergines grillées), soupe goulash au paprika, esterhazy torte (un gâteau hongrois fait de plusieurs couches de meringue à la noix et de crème au beurre) et vins du pays. D’autres soirs, le menu sera inspiré de la Slovaquie, de l’Autriche, de l’Allemagne… Pour les palais plus conventionnels, il y avait souvent des pâtes, une viande et un poisson au menu.

Le véritable luxe, comme le diable, est souvent dans les détails. Ici, ces détails ajoutent du miel à une expérience déjà douce pour le corps et l’esprit. Les jus vitaminés fraîchement pressés servis au petit-déjeuner. Les coffres remplis de couvertures pour se réchauffer le soir venu sur le pont supérieur. Les plats de bonbons qui sont accessibles en tout temps dans le grand salon, baptisé salon Habsgurg. Les pâtisseries et viennoiseries laissées à notre disposition dans le petit Café viennois. Les petits cadeaux laissés chaque soir sur l’oreiller…

Mais parfois, le luxe ultime reste de paresser sur une chaise longue, le Danube à ses pieds. Le pont supérieur, immense et ombragé par de grandes toiles tendues écrues, a été pensé exactement pour ça.

Une partie des frais de ce voyage a été payée par Uniworld, qui n’a exercé aucun droit de regard sur le contenu du reportage.

Le S.S. Maria Theresa en chiffres

Capacité : 150 passagers

Cabines : 75, dont 11 suites (et 1 suite royale) avec majordome

Membres du personnel : 57

Longueur : 135 m

Largeur : 11,43 m

Nombre de ponts : 4, en incluant le pont supérieur

Inauguration : mars 2015

Carnet de bord

Compte rendu, jour par jour, d’une semaine sur le Danube.

Jour 1

Budapest

Bienvenue à bord !

La première journée d’une croisière est toujours un peu spéciale. Il règne dans l’air une sorte de fébrilité collective. Certains passagers passent d’un pont à l’autre pour découvrir le bateau avec l’enthousiasme d’un enfant le jour de Noël. D’autres filent directement au bar pour faire connaissance avec le barman et commander leur premier verre de champagne du voyage.

D’autres encore (j’en suis !) ont choisi de commencer tout de suite l’exploration en profitant d’un après-midi libre pour visiter la capitale hongroise. Le taxi-navette, fourni par Uniworld, nous a laissés au cœur de Budapest, près du square Vörösmarty. La place était animée, avec des stands qui vendaient des plats typiques, comme des langos, des galettes frites frottées à l’ail servies avec de la crème sure et du fromage. On était dimanche : les rues grouillaient de vie.

Le soir, après le souper, tous les passagers se sont retrouvés sur le pont supérieur. Le bateau devant changer de port d’ancrage, c’était l’occasion de faire une croisière nocturne pour voir Budapest tout illuminé. Le clou de la soirée : le spectacle du parlement mis en lumière par des milliers d’ampoules blanches qui se reflétaient sur le Danube, tranquille comme une mer d’huile…

Jour 2

Budapest

Buda à vélo… Pest à pied

En croisière, les activités au sol s’avèrent souvent des visites guidées. Uniworld ne fait pas exception. Toutes les visites se font en anglais. Aujourd’hui, la grande question reste de choisir le moyen de transport qui nous sied : à pied, à vélo ou en autocar climatisé.

La visite à pied (et en métro) nous a menés dans des coins moins touristiques, fréquentés par les habitants. C’est ainsi qu’on a découvert le marché public Feher Vari, à Buda, sur la rive ouest du Danube.

Ici, on peut trouver des montagnes de choucroute, du porc sous toutes ses coupes, mais, surtout, s’offrir un lunch pour une poignée de forints. Un repas trois services pour l’équivalent de 5 $ ! Une aubaine, si on accepte de communiquer par le langage des signes, car l’anglais est fort peu pratiqué dans le quartier. Le grand marché couvert, du côté Pest, est, lui, plus fréquenté par les touristes. C’est le lieu pour faire provision de paprika hongrois !

L’après-midi a été l’occasion de découvrir à mon rythme Buda à vélo : une large piste cyclable passe devant les églises, au pied du palais royal et jusqu’à l’île Marguerite, poumon vert et fleuri de la ville. Le S.S. Maria Theresa transporte 15 vélos qu’on peut emprunter gratuitement. Une bien belle idée ! Peu importe à quoi les passagers auront occupé leur journée, pour plusieurs, Budapest restera la ville coup de foudre du voyage.

Jour 3

De Budapest à Vienne

Du yoga aux arias

Preuve a été faite aujourd’hui qu’en croisière, on peut multiplier les activités jusqu’à l’essoufflement. Entre le yoga matinal de 7 h 30 dans le salon Habsburg (fourchette d’âge des participants : de 21 à 87 ans) et le concert de fin de soirée à Vienne, la journée a passé à la vitesse grand V. Déjà, le bateau a navigué dans 3 pays en moins de 12 heures : la Hongrie, la Slovaquie – où nous avons fait une visite éclair de Bratislava – et l’Autriche !

En après-midi, alors que le bateau mettait le cap sur le pays de Mozart, on a eu droit à un programme éclectique à souhait, dans le grand salon : conférence sur l’histoire des Juifs de Vienne et cours de valse ! « Un-deux-trois, un-deux-trois… »

Après le souper à bord, les passagers étaient conviés à un concert de musique classique dans une salle du quartier historique. Sept musiciens, deux sopranos et un ténor ont interprété les airs les plus connus de Mozart, Strauss, Offenbach. Au retour, le chef nous attendait avec une surprise : champagne, hot-dogs et bretzels pour tous !

Jour 4

Vienne

En groupe

Vienne ne se visite pas en une journée, encore moins en une matinée. C’est pourtant le tour de force que doivent accomplir les croisiéristes.

La journée débute au Musée d’art avec une visite privée, au petit trot, de certaines salles avant l’ouverture des guichets. Vite, vite, un cocktail sous la coupole, les guides nous attendent pour la visite du district historique. Ici, le Hofburg, la résidence des Habsbourg. Là, le musée d’histoire naturelle, plus loin la cathédrale Saint-Étienne (Stephansdom)…

Retour au bateau pour le lunch, puis rebelote. Cette fois, la visite se passe au Versailles viennois, le château de Schönbrunn. Le terrain est presque grand comme Monaco, le palais compte 307 pièces, dont 40 sont ouvertes au public. Il faudrait trois jours pour en faire le tour : on a deux heures, top chrono. Forcément, c’est frustrant. Surtout que la visite de Schönbrunn est un supplément – 49 euros par personne – que j’ai choisi d’ajouter à l’horaire. Essoufflant !

Jour 5

Dürnstein-Melk

Le droit de dire non

Assez de visites guidées ! Pendant que la quasi-totalité du bateau est partie en autocars climatisés visiter qui un vignoble, qui une safranière, je décide de rester à Dürnstein, où le bateau est ancré pour la matinée. Direction : les ruines du château qui domine le village en compagnie de Szandra, l’entraîneuse du S.S. Maria Theresa.

L’histoire du lieu est fascinante (Richard Cœur de Lion a été emprisonné ici au XIIe siècle) et le point de vue sur le Danube et les toits de Dürnstein est à couper le souffle. Presque autant que la vallée de Wachau, qu’on traversera au fil de l’eau tout l’après-midi : vignobles en terrasse d’un côté, châteaux et églises de l’autre.

À bâbord comme à tribord, tout n’est que collines verdoyantes. Le site fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2000 et il se laisse admirer sans effort, bien installé dans une chaise longue sur le pont supérieur.

Point final de cette autre journée bien remplie : visite de l’abbaye de Melk et de sa célèbre bibliothèque.

Jour 6

Linz

Choisir la proximité

Salzbourg ou Linz, telle était la question. La première est certes grandiose, mais voilà, elle est située à deux heures d’autocar du bateau. Quatre heures de bus dans une journée, c’est un gros morceau de la journée qui s’envole. À Linz, le bateau est situé en face d’un des musées de nouveaux médias les plus célèbres d’Europe. Mieux, sa partie historique se visite aisément à pied. Tant pis pour la ville natale de Mozart !

Une fois l’exploration terminée, c’est l’occasion de profiter des chaises longues sur un bateau presque vide. Regarder passer les bateaux, c’est zen. Un verre de vin blanc sur un pont désert, avec le soleil qui chauffe l’air, ça ressemble beaucoup au bonheur.

Jour 7

Passau

Passau, ville assiégée

La superbe ville allemande de 50 000 habitants est située au confluent de trois cours d’eau, le Danube, l’Inn et l’Ilz. Presque toutes les sociétés de croisières qui naviguent sur le Danube s’y arrêtent : au cœur de l’été, on peut compter 28 bateaux amarrés en simultané, chacun déversant dans la ville historique entre 150 et 200 passagers. Faites le calcul.

Ça en fait, du monde, pour admirer la beauté des places (car elles sont magnifiques), le château à flanc de montagne, la cathédrale et, surtout, son orgue magistral, avec ses quelque 17 700 tuyaux. Le plus petit est aussi mince qu’un auriculaire. Le plus gros ? Son diamètre est de la taille d’un homme.

« Certains jours, il y a plus de touristes que d’habitants dans la ville », admet Tobias, notre guide. N’empêche, Passau conclut avec panache la croisière.

Jour 8

Au revoir

Depuis deux jours déjà, nous avons été informés des formalités pour le débarquement. Quelle étiquette accrocher à la valise, à quelle heure la mettre sur le pas de la porte ? Surtout, à quelle heure prendre la navette vers l’aéroport international de Munich (l’aéroport international le plus près, à deux heures de route) ou encore vers Prague, pour poursuivre le voyage, sur terre cette fois. Mon séjour s’arrête ici. Je quitte le bateau à contrecœur, jalouse de ceux qui y montent aujourd’hui pour faire le même trajet, à contresens…

Bon à savoir

Combien ça coûte ?

À partir de 4199 $ environ, par personne, en occupation double, pour une cabine classique. Pour la suite royale, le prix grimpe à 13 199 $ par personne. Pour ce prix, tout est inclus : alcool, repas, activités terrestres, pourboires. Plus besoin de mettre la main à la poche, sauf bien sûr pour payer le billet d’avion. Il est par contre possible de payer des suppléments pour des vins plus prestigieux, des sorties haut de gamme (comme un tour d’hélicoptère au-dessus de la vallée de Wachau), un massage au spa…

Pour qui ?

Puisque les visites guidées (et toutes les activités à bord) se font uniquement en anglais, il faut maîtriser la langue de Shakespeare. Cela explique d’ailleurs le haut ratio d’Américains, de Canadiens anglais et d’Australiens à bord. La moyenne d’âge oscillait entre 60 et 65 ans lors de ma croisière. Le soir, l’ambiance était assez tranquille…

En revanche, Uniworld a mis sur pied un programme appelé U by Uniworld, qui offre des croisières destinées aux croisiéristes plus jeunes, avec plusieurs activités sportives et immersives distinctes. Aussi : à certaines dates en Europe, des activités spéciales pour les familles s’ajoutent à la programmation habituelle.

En 2019

L’an prochain, 34 départs sont prévus entre Budapest et Passau, entre le 17 mars et le 3 novembre. La croisière se fait dans un sens ou dans l’autre, toujours à bord du S.S. Maria Theresa.

Danger, sécheresse

L’été particulièrement chaud et sec en Europe a eu des effets dévastateurs sur le niveau des cours d’eau. Le Rhin est actuellement à son niveau le plus bas depuis des décennies. La situation est aussi alarmante sur le Danube, et ce, pour toutes les entreprises de croisières du secteur. « Ces conditions climatiques perdurent depuis plus longtemps que prévu, peut-on lire sur le site d’Uniworld. Certains itinéraires pourraient être touchés dans les prochaines semaines. » Résultat : certains segments de croisières doivent parfois se faire en autocar plutôt qu’en bateau. Reste à voir, aussi, si les pluies de l’hiver feront monter l’eau à des niveaux plus navigables pour l’été prochain.

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