Analyse des 31 clubs de la LNH

Les Sabres de Buffalo

Au cours des prochaines semaines, nous vous offrirons une analyse détaillée des 31 clubs de la LNH : le travail du directeur général, le repêchage, les échanges, les joueurs autonomes, les perspectives d’avenir. Aujourd’hui, les Sabres de Buffalo.

SITUATION ACTUELLE

Les Sabres de Buffalo forment sans doute la pire équipe de la dernière décennie dans la LNH. Ils se dirigeaient ce printemps vers une neuvième exclusion de suite des séries éliminatoires. Ils n’en ont jamais été proches. Depuis huit ans, ils se situent entre le 12e et le 16e (et dernier) rang dans l’Association de l’Est. Les Sabres ont pourtant repêché trois fois parmi les deux premiers entre 2014 et 2018. Ils ont obtenu sept choix dans le top 10 lors des sept derniers repêchages. Ils en auront un huitième en juin.

Les Sabres et leur propriétaire Terry Pegula croyaient avoir trouvé leur coupable en novembre 2013 en congédiant leur directeur général Darcy Regier. Pegula a nommé une ancienne gloire de l’équipe, Pat Lafontaine, au poste de président, puis Tim Murray, anciennement de l’organisation des Sénateurs d’Ottawa, et neveu de Bryan, a été élu à la succession de Regier.

Quatre mois plus tard, Lafontaine quittait l’organisation avec fracas. Selon les rumeurs, il s’opposait à l’échange du gardien Ryan Miller dans une tentative de réinitialisation entamée par Murray. La suite constitue une accumulation de mauvaises décisions. D’où les insuccès des Sabres. 

On a longtemps cherché un gardien pour remplacer Miller. Le premier choix obtenu pour Miller a servi (avec Tyler Myers, Joel Armia, Brendan Lemieux et Drew Stafford) dans une transaction pour acquérir Evander Kane et Zach Bogosian, un coup d’épée dans l’eau de Murray.

En bref, les Sabres ont une fiche de 183-326-70 depuis le congédiement de Regier. Murray a été congédié à son tour en 2017. Jamais un directeur général n’aura été en poste moins de quatre ans à Buffalo. Son successeur, Jason Botterill, a tenté plusieurs coups d’éclat lui aussi. 

Mais les Sabres sont encore coincés dans les abysses du classement. Ils ont de bons jeunes autour de qui bâtir – Jack Eichel, Rasmus Dahlin, Sam Reinhart, Rasmus Ristolainen, Dylan Cozens – mais la sauce ne semble pas prendre. Ils ont peut-être enfin trouvé un gardien, Linus Ullmark, 26 ans, impressionnant cet hiver avant de se blesser. Comme chaque printemps depuis 10 ans, il faudra se dire : l’an prochain, peut-être ?

REPÊCHAGE (2009-2019)

Il y a eu autant d’instabilité parmi les recruteurs des Sabres depuis 10 ans que derrière le banc ou parmi les gestionnaires. L’équipe a changé quatre fois de directeur du recrutement amateur depuis 2012. Regier a procédé à un premier changement en 2013, puis Murray a nommé son homme, Greg Joyce, en 2014. Botterill lui a succédé, a congédié Joyce, puis embauché Mark Jankowski, anciennement du Canadien et de Hockey Canada, en 2017. Jankowski est toujours en poste aujourd’hui. Même si le propriétaire Pegula a doublé le nombre de recruteurs entre 2008 et 2012, les Sabres n’ont pas eu de succès pour autant à ce chapitre.

Le repêchage de 2012 a fait mal. Les Sabres comptaient deux choix de premier tour parmi les 15 premiers. Ils ont opté pour Mikhail Grigorenko (12e) et Zemgus Girgensons (14e). Tom Wilson, Teuvo Teravainen, Tomas Hertl, Andrei Vasilevskiy et Brady Skjei étaient encore disponibles. Les Sabres croyaient avoir trouvé en Grigorenko leur futur centre numéro un. Regier clamait même qu’il s’agissait du joueur le plus convoité par ses recruteurs. À peine trois ans plus tard, Grigorenko passait à l’Avalanche du Colorado avec Nikita Zadorov et J.T. Compher dans l’échange pour Ryan O’Reilly. Il est retourné en Russie en 2017.

Tim Murray a fait les mêmes promesses aux fans des Sabres en 2014, avec Sam Reinhart, deuxième choix au total, derrière Aaron Ekblad. Reinhart n’est pas un vilain joueur. Il a amassé 65 points l’an dernier et s’acheminait vers une récolte de 59 points cette saison. Mais il joue désormais à l’aile droite, et un certain Leon Draisaitl a été repêché un rang après lui. On ne peut reprocher aux Sabres ce choix, mais en rétrospective, cette décision a fait mal.

Le bras droit de Murray, Greg Joyce, ne pouvait se tromper avec Jack Eichel au deuxième rang en 2015. Mais le directeur général des Sabres a failli perdre connaissance le soir de la loterie en apprenant que les Oilers d’Edmonton l’emportaient et le privaient du droit de repêcher Connor McDavid au premier rang…

À son dernier repêchage avant d’être congédié, Joyce a choisi Alexander Nylander au huitième rang en 2016. Mikhail Sergachev, Charlie McAvoy et Jakob Chychrun étaient encore disponibles. Nylander a été échangé l’été dernier par Jason Botterill pour obtenir un jeune défenseur de talent des Blackhawks, Henri Jokiharju. Tout n’est pas perdu.

À son premier repêchage, en 2017, Mark Jankowski a choisi le centre Casey Mittelstadt au huitième rang. On a pris la décision douloureuse de le renvoyer dans les mineures. On va lui donner le temps. Rasmus Dahlin a constitué le premier choix au total l’année suivante. Stevie Wonder l’aurait lui aussi repêché au premier rang.

MEILLEUR COUP Victor Olofsson (ailier) Septième tour (181e au total) en 2014 Olofsson était un bon candidat au trophée Calder remis à la recrue par excellence avant de se blesser. Il a 42 points en 54 matchs. Sans cette blessure, il aurait probablement amassé plus de points cette saison que Reinhart… deuxième choix au total de cette même cuvée !

PIRE COUP Mikhail Grigorenko (centre) Premier tour (12e au total) en 2012 Grigorenko constituait un probable premier choix au total au début de cette année de repêchage. Mais sa valeur a diminué au fil des mois. Les Sabres, eux, ont maintenu leur vif intérêt et croyaient avoir réussi un vol en le choisissant au 12e rang.

MEILLEUR ESPOIR Dylan Cozens (centre) Premier tour (7e au total) en 2019 De nombreuses rumeurs liaient Cozens aux Blackhawks de Chicago, détenteurs du troisième choix en 2019. Chicago a plutôt opté pour Kirby Dach. Cozens, un grand centre droitier, a obtenu 85 points en 51 matchs cet hiver dans la Ligue junior de l’Ouest et 9 points en 7 matchs au Championnat du monde junior.

ÉCHANGES

Au lieu d’entamer une vraie reconstruction, Tim Murray a choisi une réinitialisation accélérée à son arrivée en 2014. Il a tôt fait d’envoyer deux choix de deuxième tour aux Kings de Los Angeles pour Hudson Fasching, un espoir de la NCAA âgé de 20 ans, et Nicolas Deslauriers. Il a ensuite cédé un choix de deuxième tour pour Josh Gorges. Il a embauché Brian Gionta sur le marché des joueurs autonomes.

Dans l’année suivante, il a cédé un choix de premier tour pour obtenir le gardien des Sénateurs Robin Lehner. Il a échangé Nikita Zadorov, Mikhail Grigorenko, J.T. Compher et un choix de deuxième tour pour obtenir Ryan O’Reilly et Jamie McGinn. Il a pris un autre raccourci en février 2015 en cédant un autre choix de premier tour, Joel Armia, Brendan Lemieux et Tyler Myers pour obtenir Evander Kane et Zack Bogosian.

Les transactions n’étaient pas mauvaises en soi, mais elles contribuaient à mettre de la pression sur un club dont les fondations n’étaient pas encore solides. Entre 2014, date de l’arrivée de Murray, et le début de la saison 2016, presque tous les membres de l’équipe avaient été déracinés. On ne peut espérer du succès en collectionnant les joueurs à droite et à gauche.

Botterill, un jeune DG apparemment rempli de promesses, a semé de l’espoir, mais bientôt trois ans plus tard, la désillusion est de retour. Botterill est difficile à suivre. Il a échangé le premier centre Ryan O’Reilly aux Blues de St. Louis pour des choix de premier et de deuxième tour, l’espoir Tage Thompson (repêché en fin de premier tour en 2016), Patrik Berglund et Vladimir Sobotka, avant de lui-même sacrifier un choix de premier tour pour le défenseur Brandon Montour. Reconstruction ? Réinitialisation ? Raccourci ? On ne sait pas trop.

Avant d’envoyer O’Reilly aux Blues en juillet 2018, Botterill a discuté brièvement avec le Canadien. Il n’avait sans doute nulle intention d’envoyer son centre à une équipe de l’Est. Le prix exigé, selon une source bien au fait du dossier ? Ryan Poehling, Phillip Danault et le troisième choix au total du Canadien, devenu Jesperi Kotkaniemi. On comprend Marc Bergevin de ne pas avoir mordu pour un joueur qui, à 27 ans, n’avait pas encore obtenu une saison de 65 points.

MEILLEUR COUP (Jason Botterill) Jeff Skinner, des Hurricanes de la Caroline, pour Cliff Pu, un choix de deuxième tour en 2019, un choix de troisième tour en 2020 et un choix de sixième tour en 2021. Skinner n’a presque rien coûté et marqué 40 buts l’an dernier. Pu a de la difficulté à s’accrocher même à la Ligue américaine. Le problème, c’est le monstrueux contrat offert à Skinner par la suite.

PIRE COUP (Darcy Regier) Jason Pominville au Wild du Minnesota pour Matt Hackett, Johan Larsson, un choix de premier tour en 2013 et un choix de deuxième tour en 2014, le 3 avril 2013. Les Sabres ont perdu leur âme en échangeant leur capitaine. On comprend le processus de reconstruction entamé par Regier, mais Hackett et Larsson, des joueurs d’avenir à l’époque, ne se sont jamais développés. On a repêché Nikita Zadorov avec le choix de premier tour, échangé à l’Avalanche. Le joueur repêché au deuxième tour n’a jamais atteint la LNH. Pominville avait 30 ans et venait de connaître sa meilleure saison en carrière avec 73 points.

JOUEURS AUTONOMES

À son arrivée à Buffalo, en 2011, le propriétaire Terry Pegula a annoncé ses couleurs : il allait dépenser pour redonner aux Sabres l’élan des beaux jours. 

Cet été-là, Darcy Regier a donné 40 millions pour 10 ans à Christian Ehrhoff et 27 millions pour six ans à Ville Leino. Les deux venaient de connaître de bonnes saisons avec leurs équipes respectives, les Canucks de Vancouver et les Flyers de Philadelphie, mais n’avaient pas un profil de supervedettes. Les Sabres ont raté les séries cette année-là et n’allaient plus y revenir. Les contrats d’Ehrhoff et de Leino ont été rachetés trois ans plus tard. On est tombé dans le même panneau par la suite. 

Tim Murray a offert un contrat de 42 millions pour sept ans à Kyle Okposo en juillet 2016. Okposo n’a jamais réussi de saison de plus de 45 points ou de 20 buts à Buffalo. Son rendement est en chute libre depuis deux ans. L’embauche du gardien Carter Hutton n’a pas donné les résultats escomptés non plus. Jason Botterill a suivi dans la même veine. Il a voulu retenir Skinner en lui accordant 72 millions pour huit ans l’été dernier. 

À force de voir les mêmes erreurs se répéter malgré les changements de direction, et en l’absence d’un président hockey pour faire le pont entre le propriétaire et le DG, on se demande si Pegula ne s’amuse pas à jouer les directeurs généraux depuis 2011. L’ancien propriétaire Tom Golisano a d’ailleurs reçu une longue ovation le 13 février lors d’une soirée spéciale au Keybank Center. Les fans des Sabres ne sont pas dupes, faut-il croire…

Meilleur coup (Darcy Regier) Jordan Leopold, défenseur, trois ans, 10 millions en juillet 2010. Dès sa première année avec les Sabres, Leopold a été le joueur le plus utilisé par son entraîneur, à plus de 23 minutes par rencontre. Il est demeuré un élément indispensable du top 4 défensif l’année suivante, avant d’être échangé comme joueur de location à la date limite des transactions en mars 2013 pour des choix de deuxième et de cinquième tour.

Pire coup (Tim Murray) Kyle Okposo, 42 millions pour sept ans en 2016. Okposo venait de connaître une saison de 64 points à la droite de John Tavares à Long Island. Il a marqué 19 buts à sa première année à Buffalo, 15 l’année suivante, 14 l’an dernier et 9 cet hiver. Compte tenu du salaire qu’on lui a versé jusqu’ici, ça fait 464 286 $ du but…

DIX SAISONS

(Aucune ronde éliminatoire remportée, neuf exclusions)

2010-2011 43-29-10 7es dans l’Est, Défaite premier au tour

2011-2012 39-32-11, 9es dans l’Est Exclus

2012-2013 21-21-6, 12es dans l’Est Exclus

2013-2014 21-51-10, 16es dans l’Est Exclus

2014-2015 23-51-8, 16es dans l’Est Exclus

2015-2016 35-36-11, 14es dans l’Est Exclus

2016-2017 33-37-12, 15es dans l’Est Exclus

2017-2018 25-45-12, 16es dans l’Est Exclus

2018-2019 33-39-10, 13es dans l’Est Exclus

2019-2020 30-31-8, 13es dans l’Est Vers une exclusion des séries

Mardi : les Flames de Calgary

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