Laurence Jalbert

Le courage de ses convictions

Le cap de la soixantaine récemment franchi, Laurence Jalbert demeure plus fidèle que jamais à sa quête d’authenticité. Si elle prend toujours autant de plaisir à exercer son métier, c’est d’abord et avant tout pour apporter du bonheur à ses fans aux quatre coins du Québec.

Aller à la rencontre du monde, c’est ce qui la fait vibrer. « Ça fait 45 ans que je chante et je sais pour qui et pourquoi je le fais : pour donner, pour voir les sourires et les yeux pétiller, pour sentir que je sers à quelque chose. »

Quelques instants avant d’aller se faire photographier à l’extérieur du restaurant où l’interview se déroule, la rouquine chanteuse ne cachait d’ailleurs pas son inquiétude pour les gens de sa Gaspésie natale, touchée par les derniers soubresauts de l’ouragan Dorian. Cette Gaspésie si chère à son cœur qu’elle a quittée à l’âge de 15 ans pour Montréal, son clavier sous le bras.

« Je ne suis pas politicienne, mais le Québec, je l’ai fait au complet. Partout, je rencontre les gens. Ils me racontent leur quotidien, leur vie. Je ne chante pas pour rester assise sur mon divan et me voir à la télé. De toute façon, rester assise, c’est une perte de temps pour moi, je suis TDAH… » — Laurence Jalbert

Du monde, Laurence Jalbert en a croisé un maximum pendant le Festival western de Saint-Tite, où elle s’est produite à quatre reprises. L’événement lui a donné l’occasion de monter sur scène pour le spectacle Pionnières, avec une bande de filles « folles » comme elle les aime – Brigitte Boisjoli, Luce Dufault, Martine St-Clair, Annie Blanchard et Cindy Bédard –, mais aussi de promouvoir par la bande son dernier album où elle apprête à la sauce country les plus grands succès de Nana Mouskouri.

Cet album est arrivé comme un cadeau du ciel, elle qui avait « mis une croix sur la création ». Lorsque son agent a été mis au parfum du projet de Mario Pelchat de revisiter le répertoire de la célèbre chanteuse grecque, elle s’est dit qu’il fallait que ce soit elle et personne d’autre qui le fasse.

Elle s’est revue, gamine, à Rivière-au-Renard, avec sa défunte mère, qui travaillait comme une forcenée à l’extérieur du domicile familial, six jours par semaine. Le dimanche, après la messe, elle prenait le temps de se poser pour écouter « sa musique », celle de George Moustaki et de Nana Mouskouri.

« Demande-moi n’importe quelle chanson de Nana Mouskouri et la mémoire de la petite fille de 7 ans va te la chanter du début à la fin. C’est symbolique. Chaque fois que j’en entendais une, quelque part, je sentais que c’était pour moi. Je pensais à ma mère, je sentais sa poudre Chanel, j’entendais sa belle voix grave. »

L’un des airs les moins connus de Nana Mouskouri, La vague, lui a permis de vivre de grandes émotions. « Pouvoir faire cette chanson, c’est la seule chose que j’ai demandée à Mario [Pelchat]. Je l’ai si souvent chantée à mes deux enfants et je la chante à mes six petits-enfants. »

La résilience faite femme

Laurence Jalbert a reçu « plusieurs claques dans la face » au cours de son existence. Une kyrielle de problèmes de santé (dépression, bactérie mangeuse de chair, fibromyalgie) l’ont mise à rude épreuve. Au lendemain de la fin de l’enregistrement d’Au pays de Nana Mouskouri, le printemps dernier, elle entrait en salle d’opération pour traiter un cancer des ovaires. Cette fois-là, comme toutes les autres, elle s’est relevée, plus forte que jamais.

De cette résilience, il sera question dans un livre à paraître en novembre, Tout porte à croire. Il sortira quatre ans après la parution de son essai biographique À la vie, à la mort, dans lequel elle se raconte à travers une douzaine de ses chansons.

« Comment se fait-il que j’aie pu rebondir ? Personne ne m’a posé de springs en dessous des talons. Maintenant, je peux l’expliquer : il n’y a pas une terreur qui était plus grande que le courage que j’avais à l’intérieur. Comme à 15 ans, quand je suis partie pour Montréal, morte de peur, terrorisée par la timidité, complexée, avec une bande d’inconnus pouilleux et drogués. »

Fille de caractère

Laurence Jalbert n’a jamais eu la langue dans sa poche, au point d’être perçue un certain moment comme la « porte-étendard des filles de caractère ». Elle revient sur la conférence de presse d’un spectacle de la fête nationale où un photographe lui avait demandé de se mettre à genoux, elle, seule fille présente (Diane Dufresne avait quitté les lieux), devant Gilles Vigneault, Paul Piché et Michel Rivard. La « maudite grande gueule » qu’elle était, dans la trentaine, avait carrément refusé de s’agenouiller.

« Je ne donnais pas toujours dans la dentelle, mais à travailler dans les bars pendant 15 ans, dans un monde d’hommes, je n’avais pas le choix d’avoir de la fougue. » — Laurence Jalbert 

« J’ai des principes que j’applique dans ma vie, poursuit-elle. J’ai le courage de mes convictions. Je crois à des éléments de base comme la confiance et la loyauté. Quand tu as ça, tu as la liberté de choisir ta vie. »

Pour que ça change

Sa fougue, elle la déploie aussi à tenter de convaincre les diffuseurs de spectacles de faire davantage confiance aux chanteuses. « Les shows de femmes comme Pionnières, il n’y a pas si longtemps, on se faisait dire que ça ne vendait pas de tickets. Ça prend toujours l’assurance que ça va marcher. Les diffuseurs ne font pas beaucoup de promotion, alors ça devient un cercle vicieux. Je leur dis seulement : “Aidez-nous à vous aider.” »

Même combat pour la diffusion des chansons sur les ondes radiophoniques. La chanteuse doute fort que son nouvel album, même s’il connaît du succès, y trouve une niche. « Je dis aux gens : “Si vous voulez les chansons que vous aimez, demandez-les, envoyez des courriels, faites que ça change, n’attendez pas qu’une seule personne décide pour le Québec au complet.” »

Country

Au pays de Nana Mouskouri

Laurence Jalbert

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