Québec

Deux fillettes abandonnées dans un logement

La mère et la grand-mère des jumelles ont été arrêtées et pourraient faire face à des accusations

Lundi après-midi, Lorraine Giguère admirait le soleil par la baie vitrée du dépanneur lorsqu’elle a vu deux jeunes enfants tanguer au bord de la fenêtre d’un immeuble d’appartements voisin.

« Ils étaient penchés vers l’avant. La moustiquaire était décollée du bas de la fenêtre. Les enfants, eux autres, ils jouaient. On leur a crié de rentrer, mais ils n’entendaient pas », raconte Mme Giguère, qui est gérante de ce dépanneur situé dans l’arrondissement de Charlesbourg, à Québec.

Une cliente a traversé la rue et est allée sonner pour avertir les parents. Pas de réponse. Mme Giguère a appelé le 9-1-1. « Je leur ai dit : ‟Il y a deux bébés, ils vont tomber ! Ils vont tomber !” »

La moustiquaire est tombée. Lorraine Giguère a vu un des enfants debout sur le cadre de fenêtre et l’autre qui le regardait. Un client s’est rendu dans le stationnement sous la fenêtre, essayant en vain de dire aux enfants de rentrer, raconte Mme Giguère.

« Je voulais mourir. J’avais peur de les voir tomber. »

— Lorraine Giguère

Mme Giguère pensait que le parent était au téléphone ou en train de cuisiner. Mais lorsque les policiers ont secouru les fillettes, il n’y avait pas d’adulte dans l’appartement. Les jumelles, âgées de 2 ans, se trouvaient dans une chambre verrouillée.

Sur place, les policiers ont aussi constaté que le logement était dans un état « d’insalubrité importante en observant notamment des excréments et des rebuts à plusieurs endroits », indique David Poitras, porte-parole du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ).

Les jumelles ont été immédiatement prises en charge par les policiers, qui leur ont offert de la nourriture. Les enfants ont été confiées au Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ).

La mère des deux enfants, âgée de 18 ans, et la grand-mère, âgée de 38 ans, ont été retrouvées par la police en soirée. Elles ont été arrêtées et interrogées. Puis, elles ont été libérées sous promesse de comparaître.

M. Poitras indique que les deux femmes pourraient être accusées d’infractions criminelles liées à l’abandon d’enfant, à ne pas leur avoir donné les soins nécessaires et à la séquestration.

Selon des voisins, lundi, la mère des jumelles a quitté l’appartement en matinée et la grand-mère est partie seule avant le dîner, vers 11 h 45. Les policiers ont reçu l’appel d’urgence vers 13 h 20. Les enfants auraient donc été laissés à eux-mêmes durant au moins 90 minutes.

Voisins inquiets

Ce n’était pas la première fois que des voisins s’inquiétaient pour les enfants. Une voisine, qui a préféré ne pas être nommée, affirme qu’elle a souvent vu les jumelles jouer nues sur le balcon avant de l’appartement, même lorsqu’il faisait froid.

« À partir du mois d’avril, elles sont toutes nues dehors [sur le balcon]. Ce n’est pas chaud au mois d’avril », dit-elle.

Ces derniers temps, ajoute la voisine, les jumelles avaient commencé à grimper sur la rambarde du balcon sans la surveillance d’un adulte. Elles pouvaient revenir dans la maison par un trou percé dans la moustiquaire, a-t-elle remarqué.

Dimanche, la voisine a remarqué que les enfants étaient montées sur une chaise, penchées sur la rambarde. « Je suis sortie, j’ai crié : ‟Vous allez tomber !” La madame les a ramassées et elle les a rentrées dans la maison », dit-elle à propos de la grand-mère de 38 ans, que les voisins croyaient être la mère.

Le lendemain, Lorraine Giguère appelait le 9-1-1.

Ce que dit le Code criminel

Les deux femmes arrêtées lundi soir s’exposent à des accusations relatives à l’abandon d’enfant, à la séquestration et au défaut de fournir les soins nécessaires à l’existence, a fait savoir la police de Québec. L’article 218 du Code criminel indique que « quiconque illicitement abandonne ou expose un enfant de moins de 10 ans, de manière que la vie de cet enfant soit effectivement mise en danger ou exposée à l’être, ou que sa santé soit effectivement compromise de façon permanente ou exposée à l’être » est passible d’un emprisonnement maximal de cinq ans. Il prévoit également un article sur le défaut de fournir les choses nécessaires à l’existence. « Toute personne est légalement tenue, en qualité de père ou mère [...] de fournir les choses nécessaires à l’existence d’un enfant de moins de 16 ans », dit l’article 215. La peine maximale prévue est là aussi de cinq ans. La séquestration d’une personne ou d’un enfant est aussi une infraction criminelle qui est passible d’un emprisonnement maximal de 18 mois.

— Élisabeth Fleury, Le Soleil

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