Festival Metro Metro

Ne pas reproduire le flop du Fyre festival

Au son des camions qui reculent et des perceuses, tout le monde s’active sur l’esplanade du Stade olympique. Des ouvriers suspendent les éclairages, d’autres sécurisent les tentes de la section V.I.P., tandis que d’énormes fourgons déchargent du matériel. Le festival Metro Metro a lieu en fin de semaine. Le pari est risqué : une première édition à 4 millions de dollars, près de 40 000 festivaliers attendus et une équipe qui n’a jamais organisé d’évènements de cette ampleur. Immersion dans les préparatifs du festival de musique urbaine. 

En terrain inconnu

Mardi, quatre jours avant le festival. Il pleut et il fait froid à Montréal. « Il vaut mieux maintenant que ce week-end », se répètent les employés. Sur l’esplanade, pluie ou pas, il faut s’atteler à la tâche. Monter les deux scènes. La zone V.I.P. Les aires de détente. Une vingtaine d’ouvriers travaillent dans le calme sur le site bétonné de 300 000 m2. Une gigantesque murale affiche les couleurs du festival, mais sinon, rien ne laisse présager l’évènement qui se prépare. Des barricades s’élèvent tout autour du stade. « On a dû les ajouter pour bloquer l’accès et la vue aux gens qui n’ont pas de billets », explique Nicolas Archambault, directeur marketing du festival. Habituée à organiser des évènements sur son territoire, à Pointe-Calumet, l’équipe du Beachclub est en terrain inconnu au Stade olympique. C’est le grand défi de l’organisation de cette première édition : apprivoiser le site. Metro Metro mobilise les employés, qui enchaînent des journées de 15 heures depuis le vendredi précédent. 

Le pari d’Olivier Primeau 

Une voiturette de golf beige s’arrête à côté de nous, devant le squelette de la scène principale. Lunettes teintées sur le nez, manteau de pluie brodé du logo du Beachclub et souliers jaune fluo, Olivier Primeau est tout sourire derrière son volant. « Ça se passe extrêmement bien », affirme l’initiateur du festival. L’équipe est dans les temps. Aucun accroc majeur jusqu’à maintenant. La tâche à accomplir est immense et, de son propre aveu, Oliver Primeau ne savait pas dans quoi il s’embarquait quand ses partenaires et lui ont décidé de créer un festival, il y a six mois à peine. « Ça s’est décidé sur un dix cennes, en prenant une bière au restaurant, raconte-t-il. Le lendemain, on a appelé les gérants des artistes. En janvier, on a sorti le line-up. » Le Beachclub a embauché « une légende du monde de l’événementiel » : Patrick Fortaich, ancien directeur de production d’evenko. « Grâce à lui, Metro Metro ne sera pas un Fyre Festival 2.0 », promet Olivier Primeau, en faisant référence à ce festival de musique qu’avait tenté de créer le promoteur américain Billy McFarland en 2017. L’organisation avait viré au cauchemar, et McFarland a été condamné pour fraude.

Les coûts 

Attablé dans l’entrée du Stade olympique, plus tard ce jour-là, Olivier Primeau regarde sans cesse l’écran de son téléphone, qui clignote. « Je suis dans le jus, dans le jus, dans le jus, dit-il. C’est l’histoire de ma vie. » Placide et souriant, le promoteur est serein. Le festival Metro Metro est « un énorme risque financier ». L’évènement devrait coûter un peu plus de quatre millions, confie-t-il. « C’est beaucoup moins que les autres festivals d’envergure. Ça inclut la programmation, le montage du site et environ un million consacré aux imprévus, comme les barricades ou les 34 personnes qui accompagnent Cardi B », dit Primeau. Assurer la présence de la reine du rap a coûté 500 000 $. Mais les organisateurs ont fait des économies grâce à une programmation « quatre fois moins chère qu’ailleurs », assure celui qui rêve de « booker » un jour la mégavedette Drake. Le Beachclub et son partenaire, l’entreprise ontarienne de production DNA Live, financent Metro Metro. « Les premières années, tu ne gagnes pas d’argent avec un festival, soutient Olivier Primeau. On n’a pas beaucoup de commanditaires, mais on a vendu beaucoup de billets. Je ne pense pas faire de l’argent, je ne pense pas en perdre. »

Accueillis comme des rois

Au deuxième sous-sol, là où se trouvent les loges des artistes internationaux, la coordonnatrice Olivia Nasr décharge sa voiture dans une grande salle vide, qui deviendra ce week-end la loge de Cardi B. Pour l’instant, elle y entrepose des piles d’articles : crème hydratante, alcool, mouchoirs, bonbons, bouteilles d’eau, savon, sous-vêtements. « Les équipes des artistes nous envoient leurs demandes, et on essaie de tout leur fournir », explique Olivia. Ce sont les organisateurs qui paient tout ça. Olivia Nasr et son équipe d’une dizaine de personnes se chargent aussi de gérer les déplacements des artistes sur le site. Il faut également coordonner les va-et-vient entre l’aéroport, les hôtels et le Stade olympique. S’assurer que les artistes seront présents. Et à l’heure. « Est-ce qu’ils vont tous passer les douanes ? », se demande Olivier Primeau. Bien des festivals doivent composer avec des retards, voire des annulations lorsque des artistes étrangers sont à l’affiche, comme Osheaga, l’an dernier, avec le rappeur Travis Scott. « On croise les doigts », dit Olivia.

Un festival « instagrammable »

Mercredi, trois jours avant le festival. Les scènes sont montées. Les deux écrans géants de la scène principale attendent d’être hissés. Le décor est idéal : la tour penchée du Stade olympique se dresse juste derrière la structure qui accueillera les prestations de Cardi B, de Snoop Dogg et de Dead Obies. Une antenne satellite a été plantée sur le site pour que les dizaines de milliers de festivaliers transmettent leur expérience en direct – la génération Instagram devrait être comblée. Des chapiteaux ont poussé comme des champignons depuis la veille. On installe des affiches aux entrées. « Idéalement, vendredi matin [hier], Cardi B pourrait donner son spectacle, et on serait prêts », indique le directeur marketing Nicolas Archambault. L’échéance approche, et ça se sent. Le calme a laissé place à l’agitation. Malgré la pression, l’atmosphère reste positive. « Ça se passe super bien », confirme Dominique Parisien, superviseure du montage de scènes. « Nos délais sont respectés, c’est ce qui compte. »

Alerte météo

Vendredi, veille du festival. Plus que quelques heures avant que les festivaliers ne débarquent. Certains d’entre eux sont en file à la billetterie du stade pour récupérer leurs passes. La faune du festival s’annonce : ils sont jeunes, prêts à faire la fête. Ils pouvaient aller récupérer leurs billets toute la semaine, mais il en reste 5000 à distribuer. « La plupart vont sûrement attendre la dernière minute », prévoit Nicolas Archambault. Mais l’hypothétique file d’attente ne provoque pas autant de sueurs froides à l’équipe que les prévisions météo du week-end. « On est très, très inquiets, avoue Nicolas, qui connait par cœur les probabilités de précipitations. On suit ça de près. » Le ciel est menaçant. Le soleil ne sera pas de la partie et on annonce des averses le dimanche. Le vent souffle fort sur l’esplanade, située en hauteur. Si les éléments se déchaînent, il faudra annuler des représentations.

Les derniers détails 

Parfait contraste avec le temps gris, des dizaines de palmiers tout juste arrivés de Floride se dressent sur l’esplanade. Les organisateurs les utilisent pour le festival avant de les acheminer à Pointe-Calumet, où on en plante chaque année. On sent la touche Beachclub. Le décor du site a pris forme : un mélange urbain tropical. « On apprend sur le tas, dit Nicolas. Certaines choses seront améliorées l’année prochaine. » Autour des scènes, on effectue les derniers tests d’écrans, d’éclairage et de jets de CO2. On complète l’aménagement des espaces V.I.P. et de la zone de restauration. Métro Métro mobilise 500 travailleurs. « On a voulu mettre la barre haute », affirme Nicolas. Lui aussi mentionne le flop du Fyre festival, un traumatisme dans le monde de l’événementiel. « Beaucoup de monde pensait qu’on allait finir comme ça. On veut leur donner tort. »

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