Sortie du livre de Bob Woodward

Portrait d’un président qui fait peur

Les extraits les plus explosifs du nouveau livre de Bob Woodward, Fear : Trump in the White House, ont déjà été publiés et commentés. Mais ce best-seller assuré – 1 million d’exemplaires ont été mis en vente hier, selon l’éditeur Simon & Schuster – recèle plusieurs autres anecdotes et détails qui approfondissent le portrait brossé par le légendaire journaliste d’un président inquiétant. Morceaux choisis.

Rudy le « bébé »

Deux jours après la diffusion de la vidéo d’Access Hollywood dans laquelle Donald Trump se vantait de se comporter en prédateur sexuel, Rudolph Giuliani a été le seul membre de son entourage à le défendre à la télévision. Épuisé après un marathon de cinq émissions d’affaires publiques dominicales durant lequel il n’a pas cherché à minimiser la gravité de la situation, l’ex-maire de New York a rejoint le candidat républicain à bord de son avion de campagne. Ce dernier s’est aussitôt mis à l’enguirlander, selon Bob Woodward : « Rudy, tu es un bébé ! Je n’ai jamais vu une pire défense de ma personne de ma vie. Tu es comme un petit bébé dont on doit changer la couche… Quand seras-tu un homme ? »

Les minéraux d’Afghanistan

Les membres de l’équipe de sécurité nationale de Donald Trump tentaient de le convaincre que les États-Unis ne pouvaient pas tourner le dos à l’Afghanistan. Mais aucun de leurs arguments ne semblait atteindre le président, qui a fini par détourner le débat vers un sujet qui l’intéressait davantage. « Le premier ministre Modi de l’Inde est l’un de mes amis. Je l’aime beaucoup. Il m’a dit que les États-Unis n’avaient rien retiré de l’Afghanistan. Rien. L’Afghanistan a d’énormes richesses minérales. Nous ne prenons rien, contrairement à d’autres pays, dont la Chine. Les États-Unis doivent obtenir leur part des minéraux d’Afghanistan en échange de toute aide », a déclaré Donald Trump lors d’une réunion, selon Bob Woodward. Cette proposition est restée lettre morte.

Sa propre réalité

Rex Tillerson, Gary Cohn et plusieurs autres membres de l’administration Trump se sont butés à un problème particulier en servant le 45e président : ce dernier crée sa propre réalité et rejette les faits contradictoires. À son ancien secrétaire d’État qui lui a expliqué tant et plus que l’Iran se conformait à l’accord sur son programme nucléaire, Donald Trump a répondu autant de fois, selon Woodward : « Ils sont en violation ! » Le président n’a pas davantage changé d’avis lorsque son ancien conseiller économique lui a répété jusqu’à plus soif que les déficits commerciaux n’étaient pas un problème en soi. « J’ai cette opinion depuis 30 ans », a-t-il expliqué à Cohn. Et tant pis si cette opinion ne correspond pas à la réalité.

Comme Richard Nixon

Fear comporte une allusion saisissante à une scène célèbre de The Final Days, livre coécrit par Bob Woodward et publié en 1976. Rob Porter, secrétaire du personnel de la Maison-Blanche, « n’avait jamais vu le président si visiblement perturbé. Il savait que Trump était un narcissique qui voyait tout en fonction de son impact sur sa personne. Mais les heures de rage ont rappelé à Porter ce qu’il avait lu au sujet des derniers jours de Nixon comme président – les prières, les poings martelant le tapis et les monologues devant les portraits des anciens présidents accrochés aux murs. Le comportement de Trump était entré dans le territoire de la paranoïa », a écrit Woodward en évoquant la réaction du président à la nomination de Robert Mueller comme procureur spécial chargé de l’enquête russe.

L’obsession de Melania

Malgré les supputations médiatiques sur la solidité de leur union, Donald et Melania Trump se vouent « une sincère affection », selon Bob Woodward, qui fonde ce jugement sur l’opinion de membres du personnel de la Maison-Blanche et de proches du couple présidentiel. Or, si la première dame prend parfois le repas du soir avec son mari, elle mène largement une vie indépendante de lui, en plus de faire chambre à part au 1600 Pennsylvania Avenue. De l’avis général, son fils Barron constitue sa préoccupation principale. « Elle est obsédée par Barron. C’est le centre de sa vie à 100 % », a déclaré une des sources de Bob Woodward.

La peur de paraître faible

Tout au long de son livre, Bob Woodward multiplie les exemples de ce qui semble être la plus grande peur de Donald Trump, celle de paraître faible. Une peur qui l’incite à contre-attaquer aussitôt qu’il admet une erreur, comme il l’a fait en citant les fautes de Bill Clinton après s’être excusé pour ses propos obscènes immortalisés dans la vidéo d’Access Hollywood. Une peur qui lui fait renier certains discours, comme celui qu’il a prononcé au surlendemain des violences de Charlottesville. Une peur qui lui a fait dire à un ami accusé d’inconduites sexuelles, selon Woodward : « Tu dois nier, nier, nier et combattre ces femmes. Si tu admets quoi que ce soit, tu es mort… Tu dois être fort. Tu dois être agressif. »

Enquête sur les crimes de guerre

La CPI maintient le cap malgré les pressions américaines

La Cour pénale internationale (CPI) n’entend pas se laisser détourner de ses objectifs par les attaques de l’administration américaine, aussi virulentes soient-elles.

Dans une courte déclaration écrite, le tribunal établi à La Haye a rappelé hier qu’il était « indépendant et impartial » et continuerait à ce titre de traquer les responsables de crimes contre l’humanité sans égard aux critiques.

La mise au point se voulait une réponse aux menaces de John Bolton, conseiller à la sécurité nationale du président américain Donald Trump.

Dans un discours prononcé lundi à Washington, l’ex-ambassadeur des États-Unis a fustigé la CPI en relevant qu’il s’agissait d’un tribunal « inefficace » et « carrément dangereux » pour la souveraineté américaine.

Il a souligné que Washington ne collaborerait d’aucune façon avec ses représentants et n’hésiterait pas à user de sanctions pour contrer toute enquête ciblant des ressortissants américains ou ceux de pays alliés, incluant Israël.

M. Bolton a précisé que les juges et les procureurs du tribunal se verraient refuser l’accès au territoire américain et pourraient même être ciblés par la justice du pays.

Le conseiller américain, critique de longue date de la CPI, a aussi indiqué que les États-Unis sanctionneraient tout pays qui collaborerait avec le tribunal pour faire arrêter l’un de ses ressortissants.

Faire pression

Jamil Dakwar, qui dirige le programme des droits de la personne de l’American Civil Rights Union (ACLU), estime que la sortie américaine vise à faire pression sur le tribunal avant l’annonce d’une décision importante sur l’Afghanistan.

La procureure générale de la CPI, Fatou Bensouda, a demandé l’année dernière l’autorisation d’ouvrir une enquête formelle sur les crimes de guerre survenus dans le pays qui pourrait cibler notamment des militaires et des agents du renseignement américains, et une réponse est attendue sous peu.

« Les États-Unis ont voulu répondre à l’avance en envoyant un message menaçant », souligne M. Dakwar, qui relève par ailleurs la volonté de l’administration américaine de protéger Israël contre toute enquête de la CPI. Les dirigeants palestiniens ont fait plusieurs demandes en ce sens.

Le représentant de l’ACLU souligne que l’impact de la menace américaine dépendra notamment de la réponse que lui apporteront les pays qui soutiennent le tribunal, particulièrement en Europe.

La France a réitéré hier son soutien à la CPI en relevant qu’elle « doit être en mesure d’agir et d’exercer sans entrave ses prérogatives ».

Une lourde incidence

L’intensité des pressions que les États-Unis pourraient exercer sur des pays tiers pour empêcher toute collaboration avec le tribunal risque aussi d’avoir une lourde incidence sur une éventuelle enquête, relève M. Dakwar.

Alors que John Bolton était membre de l’administration de George W. Bush, les États-Unis ont conclu des ententes bilatérales avec des dizaines de pays pour empêcher que ses ressortissants puissent être transférés au tribunal.

Le pays avait accru sa collaboration avec la CPI sous la gouverne de l’ex-président Barack Obama, sans pour autant ratifier le traité ayant mené à sa création.

« Quelle que soit l’administration, la position a toujours été que le personnel américain – les militaires, les agents de la CIA et même des entrepreneurs privés travaillant pour les États-Unis – devait être protégé du tribunal », relève M. Dakwar.

Le retour à une rhétorique musclée envers la CPI, prévient-il, coupera les États-Unis de plusieurs pays alliés soutenant le tribunal et constituera un encouragement pour les « criminels de guerre et les régimes autoritaires qui cherchent à se soustraire » à toute forme de responsabilité internationale.

États-Unis

Le fils aîné de Trump dit ne pas craindre d’être envoyé en prison

Le fils aîné du président américain, Donald Trump Jr., affirme ne pas craindre d’être envoyé en prison à cause de l’enquête sur les soupçons de collusion entre Moscou et l’équipe de campagne de Trump, dans un entretien diffusé hier sur ABC. Il assure également que le président américain a, depuis la publication d’une tribune anonyme dévastatrice signée d’un « haut responsable » de son gouvernement, réduit le cercle des collaborateurs en lesquels il a confiance à la Maison-Blanche à « un groupe beaucoup plus restreint que ce [que Trump Jr. aimerait] ». Donald Trump Jr., 40 ans, intéresse le procureur spécial Robert Mueller, chargé d’enquêter sur les soupçons de collusion entre l’équipe de la campagne présidentielle de Donald Trump et la Russie, à cause de sa rencontre avec une avocate russe en juin 2016 à la Trump Tower, à New York. — Agence France-Presse

États-Unis

« Je pense que se souvenir aujourd’hui de ce qu’il s’est passé peut probablement tous nous aider à remettre les négociations [sur l’Accord de libre-échange nord-américain] en perspective et à remettre dans une perspective historique l’importance et la portée de la relation entre les États-Unis et le Canada. »

— Chrystia Freeland, ministre des Affaires étrangères, présente à Washington lors de la journée de commémoration des attentats du 11 septembre 2001

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